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Les différents publics réunis autour de la scène de Connexion Kin les 28 et 29 juin derniers ont applaudi la prestation du chorégraphe et performeur mozambicain dansTime and spaces : The Marrabenta. Les Kinois qui avaient choisi de s'arrêter à l'Institut français les soirées de jeudi et vendredi n'ont pas regretté d'y avoir passé leur temps.
Au contraire, ils étaient visiblement satisfaits d'avoir découvert la marrabenta à la faveur du spectacle de Panaibra Gabriel Canda. En effet, le discours de l'artiste sur sa crise identitaire et la lutte intérieure en synchronie avec son expression corporelle a porté sur le public.
Le bref récit de Panaibra Gabriel sur ses origines a permis de placer le public dans le contexte de son « drame ». Sa crise d'identité, qui trouvait ses origines dans l'histoire même de son pays n'a pas laissé indifférent l'assistance. En effet, 400 ans de colonisation pendant lesquelles l'actuelle Mozambique était la « République du Portugal d'outre-mer », ça vous marque un peuple. À cela, s'ajoute qu'il faut tenir compte de son appartenance à la tribu Bitonga dont était originaire son père son pays. Ça ne s'arrête pas là car il y a d'autres considérations d'ordre idéologiques qui entrent en jeu. En 1975, avec son accession à l'indépendance la « République du Portugal d'outre-mer » devenue communiste prend le nom de « République populaire du Mozambique ». L'idéologie marxiste-léniniste avec l'avènement de la démocratie en 1990, c'est ainsi qu'on parlera désormais de la« République du Mozambique ».
Une expérience douloureuse
Quoique vivant dans son lieu d'origine, Panaibra Gabriel fait une expérience douloureuse. Outre le problème d'ordre culturel auquel il se trouve confronté entre le choix de la tradition et de la culture d'emprunt du colon, le passage du communisme à la démocratie a aussi laissé ces traces. Marqué par plusieurs stigmates, il est clair qu'il se sent comme perdu. Ses nombreuses conjectures qui le mènent à se poser la question cruciale de savoir « qui je suis ? » jugé amusant pour certains ont porté plusieurs à la réflexion.
Le sous-titrage en français du monologue de Panaibra Gabriel a été suivi avec attention. Sa lutte intérieure imposée par le fait qu'il n'arrivait pas à savoir s'il devait se considérer comme« un citoyen africain de langue portugaise », ou plutôt tel « un Bitonga , africain lusophone, démocrate communiste » ou encore se prendre pour « un démocrate, portugais, un lusophone Bitonga » n'était pas chose inconnue pour plusieurs. Aucune assertion ne lui semblait bonne car on l'entendait à chaque fois dire non et se proposer une autre possibilité sans jamais trouver celle qui lui convenait le mieux. À la fin du spectacle, une bonne frange du public s'est dite touchée et interpellée.
En conclusion il se reconnait « restant du colonialisme, échec du communisme, expérience de la démocratie et résultat de l'indépendance négociée. Le petit portugais à la peau noire. Je suis : je suis ». Bref, un « corps africain d'aujourd'hui. Un corps postcolonial et pluriel un assemblage des idéaux du nationalisme, de la modernité, du socialisme et de la liberté d'expression ». « Mon corps, soutient-il, en définitive, est ma Patria Amada (hymne national du Mozambique) ». Plusieurs ont avoué s'être reconnus à travers les différentes déclinaisons de l'artiste, somme eux aussi de plusieurs brassages. Au rythme de la marrabenta, cette forme musicale née dans les années 1950 d'un mélange d'influences locales et européennes, accompagné du guitariste Jorge Domingos, Panaibra Gabriel a dansé son histoire. Appréciée à juste valeur, elle a été accueillie par une salve d'acclamations.
Nioni Masela
Photo : Une vue de la prestation de Panaibra Gabriel rythmée au son de la guitare de Jorge Domingos