

Le Beach Ngobila d'où partent et accostent les embarcations qui assurent la traversée sur le fleuve Congo entre Brazzaville et Kinshasa, est un haut lieu de commerce, mais aussi de la triche et de la corruption. Le rouleau compresseur de la politique de Tolérance zéro devrait y passer, estime une R-dCongolaise qui revoyait Kinshasa après 35 ans passés en Europe. Désabusée par la scène. En moins de 5 minutes, elle avait déjà gagné Kinshasa en provenance de Brazzaville à bord d'un canot rapide. La rade de Ngobila grouille de monde, tous se
mêlent : voyageurs, porteurs, agents d'immigration, policiers, douaniers, marchands, mais aussi des filous. On se perd dans cette marée et on a de la peine à y rester plus longtemps.
FOURMILIÈRE HUMAINE.
Tout le monde veut se faire de l'argent sur les voyageurs et les commerçants. La triche et la corruption à ciel ouvert. Le spectacle est décevant. A l'entrée, des policiers et agents DGM, sans scrupule, racolent les voyageurs, demandent de l'argent sous prétexte de contrôle des papiers. Les barrières jonchent le Beach Ngobila, il faut laisser quelque chose à tous les niveaux. Le plus grand perdant, c'est le Trésor public, mais aussi le beach lui-même : de vieux bateaux échoués depuis belle lurette constituent le décor, des herbes sauvages poussent aux alentours... Le désordre est tout simplement inquiétant. La traversée par canot rapide coûte 25 dollars. La Société congolaise des transports et des ports (SCPT), ex-ONATRA, exploite le grand bac Matadi qui se remplit des personnes vivant avec handicap. Ceux-ci se ravitaillent à Brazzaville en textiles et autres biens contre les produits vivriers écoulés de l'autre côté du fleuve Congo. Selon des experts, le Beach Ngobila peut générer plus de 500.000 dollars par an. Les canotiers se plaignent des taxes et autres frais. Selon le rapport mensuel de la sous-direction du Pool Malebo de l'ex-ONATRA, le bac Matadi transporterait plus de 10.000 voyageurs de Kinshasa vers Brazzaville et plus de 4.000 voyageurs de Brazzaville vers Kinshasa.
Concernant les marchandises, la SCPT transporte plus de 1.000 tonnes par mois dont plus de 700 tonnes au départ de Kinshasa et plus de 500 tonnes au départ de Brazzaville. Environ 19.000 personnes traversent chaque mois le Pool Malebo par le Beach Ngobila. Quand le bac Matadi tombe en panne, le trafic entre Kinshasa et Brazzaville est perturbé au Beach Ngobila. Par exemple, lorsque ce bac a été retiré du trafic pour réparation, le département des ports de l'ex-ONATRA, fait mention d'un manque à gagner important. A la Régie des voies fluviales (RVF), on apprend que cette unité fluviale de la SCPT doit naviguer avec au moins 3 moteurs afin d'éviter d'éventuels accidents. Il y a aussi le bac de l'Agence transcongolaise de communication (ATC) du Congo Brazzaville qui assure la traversée entre Kinshasa et Brazzaville, à côté des armateurs privés. Les unités flottantes de la SCPT et de l'ATC exploitent conjointement le trafic sur le Pool Malebo conformément aux accords entre les deux pays. Dune capacité de 120 tonnes, le bac Matadi assure le trafic de passagers et de biens. Selon des sources à l'ex ONATRA, la baisse du tonnage au Beach Ngobila s'accentue depuis octobre 2009 par rapport aux prévisions.
Cette baisse d'activité serait essentiellement la conséquence du regain de trafic entre les deux rives du fleuve dans les beachs privés, notamment NOCAFEX et SICOTRA. Selon le rapport mensuel de la sous-direction du Pool Malebo de l'ONATRA, le bac Matadi de l'ex-ONATRA transporte de moins en moins des voyageurs. Vraisemblablement, le trafic a baissé d'au moins 5%, indique la même source. Concernant les marchandises, l'ex-ONATRA enregistre une baisse d'au moins 15% par rapport aux prévisions mensuelles. L'option levée par Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales les plus rapprochées du monde, de mettre en place le mécanisme de guichet unique et de séparer le trafic de passagers de celui de marchandises de part et d'autre du fleuve Congo est perçue comme une solution aux problèmes décriés. C'est en tout cas l'une des recommandations de la session extraordinaire de la Commission de concertation de la convention d'exploitation du Pool Malebo, tenue du 24 au 25 juillet 2012, au secrétariat général de la Commission internationale du Bassin Congo-Oubangi-Sangha (CICOS) à Kinshasa. Cette session qui fait suite aux recommandations adoptées à la dernière réunion de la commission de concertation sur la convention de l'exploitation du Pool Malebo, a réuni les délégués des services commis aux frontières des beaches de la République du Congo et de la R-dC. Elle intègre également la politique du gouvernement r-dcongolais dans la lutte contre les tracasseries aux postes frontaliers. En rapport avec la séparation du trafic de passagers de celui de marchandises, les deux parties ont présenté l'état d'avancement de cette activité ainsi que les difficultés rencontrées dans sa mise en oeuvre.
ALAIN DIAVITA