

Dans cadre du conflit armé qui se développe dans le Nord Kivu, Martin Kabwelulu, ministre congolais des Mines, vient d’adresser à son collègue du Gouvernement, Raymond Tshibanda Ntungamulongo (des Affaires Etrangères) une correspondance particulière. Dans ce courrier, le ministre précité demande au second - en sa qualité de premier diplomate - de saisir le Conseil de Sécurité des Nations Unies à New York
à l’effet d’obtenir un embargo international contre les exportations minières en provenance du Rwanda. De l’avis du ministre congolais des Mines, le Rwanda exporterait des produits miniers issus des activités criminelles des groupes armés opérants dans l’Est du Congo. Du point de vue du gouvernement congolais, il s’agit d’obtenir de la communauté internationale une coopération agissante contre le Rwanda, pays par lequel transiteraient des minerais pillés au Congo.
Pour Kinshasa, il ne faut plus se tromper sur la nature de ses ressources naturelles exportées via le Rwanda. Il s’agit bel et bien des minerais de sang obtenus grâce aux violences perpétrées contre les populations congolaises du Kivu et de l’Ituri par les groupes armés soutenus et financés par Kigali. Une source bien informée relève que le courrier adressé au ministre des Affaires Etrangères ferait suite à un autre envoyé par le même expéditeur à l’Américaine Mary Shapiro, présidente de la SEC, Securities and exchange commission. La SEC est un bureau du gouvernement américain chargé de contrôler les activités des sociétés américaines cotées en bourse.
A Mme Mary Shapiro, Martin Kabwelulu lui demande de mettre en place tin embargo sur les exportations minières effectuées par le Rwanda. Dans son argumentaire, Martin Kabwelulu affirme que Kigali aide les groupes armés opérant au Congo à passer des minerais en contrebande pour les exporter par la suite. « Pour mettre fin à cette situation, l’une des solutions consisterait à imposer un embargo sur tous les minerais en provenance du Rwanda jusqu’à la mise en oeuvre d’une paix durable dans les provinces du Nord et du Sud Kivu», écrit-t-il à la responsable américaine.
Dans sa démarche, le ministre des Mines demande en outre à la SEC d’imposer aux entreprises américaines de ne plus acheter des minerais extraits du sous-sol congolais et qui transitent par le Rwanda. Aux Etats-Unis d’Amérique, la loi Dodd Frank requiert aux sociétés cotées en bourse de s’assurer que les minerais acquis au Congo et dans les 9 pays voisins n’aient pas servi à alimenter le conflit. Or, selon Global Whitness -une ONG britannique- « tout indique que Kigali est impliqué dans des opérations de blanchiment des profits issus de la vente illégale des minerais». Pourtant, l’an dernier, le gouvernement rwandais a retourné au Congo près de 80 tonnes des produits miniers saisis par des douaniers rwandais au motif de contrebande, note l’ONG britannique. Mais, le mardi 18 septembre 2012, Global Whitness a rendu public un communiqué dans lequel elle rapporte que le gouvernement rwandais restait activement impliqué dans le blanchiment des profits de la vente des minerais de sang au bénéfice des groupes armés qui écument l’Est de la RD Congo.
Roger Yenga