Kasaï Central-procès meurtre experts de l’ONU : chef Bula Bula se décharge et charge Vincent Manga

Le procès du meurtre des experts de l’ONU et de leurs accompagnateurs congolais assassinés en 2017 près de Tshimbulu dans le Kasaï Central s’est poursuivi jeudi 30 août devant le tribunal militaire garnison de Kananga. L’audience était essentiellement consacrée à l’audition de deux prévenus poursuivis jusque-là par défaut.

Devant la justice pour dire la vérité,
Constantin Tshidime dit «Bula Bula», chef du village Moyo Musuila où Zaida Catalan et Michael Sharp ont été tués en mars 2017, et Vincent Manga comparaissent pour la première fois. Ils ont été interpellés respectivement en décembre 2017 et mars 2018. Ils sont notamment poursuivis pour crimes de guerre par meurtre et par mutilation.

Après leur identification lundi dernier, le tribunal a commencé par l’audition du chef du village.
Invité à prendre la parole après la lecture de son acte d’accusation, Bula Bula a déclaré ne pas être impliqué ni de près ni de loin dans ce meurtre.
« il n y’a que Vincent Manga qui est impliqué », a-t-il indiqué.

Alors que l’accusation le considère comme faisant partie des principaux acteurs du meurtre des experts de l’ONU et de leurs accompagnateurs, le chef de village nie toute participation à ce crime.
Il met en cause l’autre prévenu Vincent Manga qu’il a présenté comme le chef milicien ayant installé le mouvement Kamuina Nsapu dans son village en 2017.

Bula Bula affirme s’être opposé à l’arrivée des miliciens dans son village. Une opposition qui, selon lui, lui a coûté d’être conduit au «tshiota» (foyer initiatique de la milice Kamuina Nsapu) pour y être tué.

Le chef de village indique avoir eu la vie sauve après avoir versé une amende de 35 000 francs congolais (environ 21 dollars actuellement) à Vincent Manga, chef local de la milice.

Dans son récit, Bula Bula évoque le meurtre de deux experts de l’ONU. Là encore, il met en cause Vincent Manga. Selon lui, c’est le chef milicien qui a apporté la nouvelle de leur arrivée au village.
A en croire Bula Bula, Vincent Manga lui a rapporté avoir reçu un appel téléphonique « des autorités à Kananga », l’informant de l’arrivée des blancs envoyés pour mettre le feu dans le territoire de Dibaya.

Bula Bula affirme que Vincent Manga a décidé de son propre chef d’envoyer des miliciens intercepter « les blancs » en route.
Il ajoute que M. Manga, accompagné de ses miliciens, lui ont emmené deux blancs dans sa parcelle.

Alors qu’il dit ne pas savoir lire puisqu’il n’a pas été à l’école, le chef de village précise que les « deux blancs » ont présenté leur feuille de route aux miliciens.
Après la lecture de la feuille de route, Bula Bula affirme avoir demandé à Vincent Manga de laisser les « blancs » partir mais le chef milicien poursuit-il aurait refusé d’obtempérer avant de conduire les deux étrangers dans le «tshiota» installé près du village.

C’est là qu’ils auraient été tués par les miliciens. Bula Bula affirme avoir appris la mort des deux personnes par un milicien qui revenait du foyer initiatique.
Ignorant la date, le chef de village explique que la scène s’est déroulée « un dimanche entre 15 heures et 16 heures ».

En deuxième lieu, c’est sera le tour de Vincent Manga d’être entendu par le tribunal, qui pour sa part, ne reconnait avoir participé à ce meurtre des experts de l’ONU.
Une réaction mal digérée par le témoin du ministère public Jean Bosco Tshikamu qui dit avoir toutes les preuves de l’assassinat de ces deux experts par le chef milicien Vincent Manga.

L’audience a été suspendue et se poursuivra dans les jours qui suivent au tribunal de garnison militaire de Kananga.

Sylvain Mukendi