Quid de l’occidentalisation de la démocratie congolaise (tribune de Néhémie Miguel Kiams)

La politique a déçu notre peuple, les questions fondamentales de notre société (les enjeux du développement: l’eau, l’électricité, l’amélioration des conditions sociales, la santé, etc) sont quotidiennement déclassées parce que les uns et les autres cherchent à avoir le pouvoir. Oui, nous avions tous voulu que ce Congo soit démocratique mais cela ne veut nullement dire que les élections qui ne sont qu’un élément de prestige démocratique soient mis au dessus des enjeux du développement, qui en réalité sont la mission centrale de l’action politique. La Chine aujourd’hui qui est devenue un excellent modèle de développement pour des pays initialement pauvres, n’a pas connu des cycles démocratiques à l’occidentale pendant ses 40 dernières années. Pourtant, elle enregistre présentement des progrès économiques et technologiques énormes dépassant même l’occident.
Je ne peux me résoudre à voir le gouvernement congolais dépenser autant de milliards de dollars pour orchestrer des élections qui se solderont par des divisions le lendemain de la publication des résultats. C’est une coutume électorale dans des pays en construction comme le notre, le camp vaincu n’accepte jamais avec sportivité sa défaite pour consolider les acquis de la démocratie. Des milliards dépensés, des moyens logistiques énormes déployés, la nation brutalement divisée par des confrontations atroces des sympathisants des leaders politiques, alors pourquoi organiser des élections pour cette finalité? Dans une démocratie, les élections ont la mission de renouveler les institutions étatiques et surtout de cimenter l’unité de la nation afin d’aboutir au bien être de tous par le travail et la justice sans oublier la tolérance. Les élections qui ne réalisent pas cette mission sacrosaintes de la démocratie ne méritent nullement d’être organisées car étant une simple formalité.
L’Afrique est un continent en reconstruction et tous les pays occupant son territoire sont émaillés de cette réalité. Le système démocratique, au delà de limite territoriale d’un pays, est surtout lié à une culture en dehors de laquelle il sera difficile de l’instaurer. La démocratie est étroitement attachée à la culture, à l’histoire, au comportement du peuple, à la civilisation et aussi la mentalité du territoire dans lequel elle s’exerce. Etant donné que, le monde occidental n’a pas les mêmes réalités sociopolitiques que nos pays africains, il est inconcevable qu’on occidentalise nos systèmes démocratiques. D’ou, l’impérieuse nécessité de les repenser et surtout les adapter à nos réalités africaines dans l’optique de toucher aux questions fondamentales de notre société.

Avant l’arrivée des colonisateurs occidentaux dans nos sociétés africaines, le règlement des différends s’exerçait par l’arbre à palabre, cette vision de chose amenait aussi au bien être de la population. De nos jours, nos démocraties se sont occidentalisées sans nécessairement amener au bien être, peut-on continuer à l’exercer au détriment de nos populations? Devons-nous continuer avec cette occidentalisation de nos démocraties, quelle attitude devons-nous prendre pour l’adapter à nos réalités africaines? La réflexion autour de la reforme et l’adaptation du modèle démocratique aux réalités africaines mérite son pesant d’or.

Kinshasa, septembre 2018
Néhémie Miguel Kiams Assistant et chercheur en Sciences Pô/Unikin, communicateur du PPRD