Nord-Kivu : Une coopérative minière fantôme sème la terreur à Masisi

Lundi 22 mai dernier, une rencontre de conciliation a réuni autour du ministre des Mines Martin Kabwelulu, les responsables de la Société minière de Bisunzu(SMB Sarl) et de la Coopérative des Exploitants Artisanaux Miniers de Masisi (Cooperamma). Cette rencontre faisait suite à une demande expresse de la société civile du Nord-Kivu auprès du ministre des Mines, consécutive à l’aggravation du conflit qui oppose ces deux entités, et qui a déjà entrainé mort d’hommes et qui serait susceptible de dégénérer en conflit communautaire.

Le conflit qui oppose SMB à Cooperamma est illustratif des pratiques maffieuses et d’exploitation illégale des matières précieuses dans la partie Est du pays. La SMB est une entreprise minière de droit congolais, détentrice d’un permis d’exploitation minère sur le site de Bisunzu, dans la Chefferie de Baunde, territoire de Masisi dans la province du Nord-Kivu. Elle est actuellement sous la direction de Monsieur Ben Mwangachuchu son Directeur Général et s’adonne à l’exploitation et à l’exportation des minerais précieux comme le coltan, le wolframite et la cassitérite dans son carré minier de Bisunzu. Face aux pressions incessantes des populations riveraines du site de Bisunzu, la SMB avait accepté en son temps que les creuseurs artisanaux travaillent à leur propre compte sur sa concession, moyennant certaines obligations notamment celles de vendre leurs minerais en exclusivité à SMB, de se soumettre à des mesures de sécurité dans l’exercice de leur travail, et de se soumettre aux lois et règlements en vigueur sur la traçabilité des minerais d’extraction artisanale. C’est sur ces entrefaites qu’est apparue dans les mois qui ont suivi la Cooperamma, officiellement une coopérative des creuseurs artisanaux, mais qui en réalité est une sorte de conglomérat dans lequel se retrouvent outre des creuseurs de profession, des militaires en activité, des officiers, dont deux Généraux, des autorités locales et d’autres opérateurs politiques.

A titre d’exemple, cette fameuse coopérative est dirigée par le Député provincial du Nord-Kivu, un nommé Seninga. Et contrairement à la loi minière congolaise qui organise des zones exclusives réservées aux creuseurs artisanaux, Cooperama a investi de force le site de Bisunzu, pourtant couvert par un permis d’exploitation industrielle délivré par l’Etat congolais. Mais le pire restait à venir. Dans l’ombre de Cooperamma, est apparue une entreprise étrangère immatriculée dans des paradis fiscaux, connue sous le nom de CDMC, qui a ouvert des comptoirs d’achat des minerais et une usine de traitement des minerais achetés auprès des creuseurs de Cooperamma, qui eux-mêmes, travaillaient sur le site de SMB. Un cas avéré de recel, orchestré par deux sujets étrangers à la tête de CDMC, les sieurs Jhon Crawley, un américain d’origine britannique, et Christoph Huber, un suisse domicilié à Cape Town en Afrique du Sud. Comme pour mieux tromper son monde, la CDMC s’appelle aussi à l’occasion Star Dragon. Cette nébuleuse entreprise était déjà connue dans la partie Est du pays, pour avoir ouvert des comptoirs d’achat des minerais dans l’ex-Katanga, à Goma et à Bukavu, alors que son rayon d’action en tant que comptoir d’achat se limitait à la province du Maniema, où elle aurait été en contrat avec l’entreprise minière SAKIMA. Parmi ses actionnaires identifiés, deux sujets congolais, dont un certain Serge Mulumba, son actuel DG, et un nommé Denis Mukalay Matondo, qui se prétend Grand-frère du ministre des Mines et qui détiendrait 25% des actions de CDMC. Dans sa correspondance  au ministre Kabwelulu, la société civile demandait la résolution rapide de ce conflit qui selon elle, risquait de dégénérer en conflit communautaire, étant donné que des sociétaires de Cooperamma se seraient organisés en milices armées et qu’il a déjà eu des cas de mort d’hommes dans cette affaire.

La société civile du Nord-Kivu reproche à Cooperamma dans sa missive au ministre, notamment le non-respect de la procédure de traçabilité pour avoir introduit dans la chaîne d’approvisionnement des personnes non- reconnues par le manuel de procédure, d’entretenir un climat de confusion dans ses droits miniers, de favoriser la fraude massive des minerais, de violation des droits humains, avec notamment l’assassinat d’une dame dans la nuit du 6 au 7 juillet 2016. Dans une autre correspondance au ministre Kabwelulu en date du 24 mars 2018, la SMB protestait par ailleurs contre l’exportation illégale par CDMC de 75.000 tonnes de minerais sous couvert de Star Dragon, alors que ce colis faisait l’objet d’une saisie par le Parquet de Goma, suite à une plainte de SMB, encore en instruction auprès de cette juridiction.

SMB, détentrice légale de la concession de Bisunzu, qui a dû momentanément suspendre ses activités sur le site, demande à l’Etat congolais de décanter une situation créée de toutes pièces par des intérêts maffieux, surtout que la concession minière de Bisunzu est le plus important site minier du territoire de Masisi et fait vivre des milliers des creuseurs artisanaux dans cette contrée.

CP

 

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