Voyage au fond du Kasaï avec Mukenge Sha Bantu

A 90 ans, Barthélemy Mukenge Sha Bantu Nsumpi, premier Gouverneur rd-congolais du Kasaï (1960-1962) à l’accession de la RD-Congo à la souveraineté internationale en 1990, l’homme se tient droit sans appui et n’a pas besoin des lunettes pour lire. Depuis qu’il s’est retiré de la vie politique en 1974, le patriarche comme le surnomme des «kanangais» est sortie de sa réserve pour parler du découpage territorial au cours d’une interview accordée aux confrères du Chef-lieu du Kasaï-Occidental scindé à deux au terme de l’Ordonnance présidentielle. Contrairement à ceux qui défendent le démembrement des provinces, Mukenge Sha Bantu indique que ça ne sert à rien d’avoir une province qu’on ne sera pas en mesure de développer. Ancien Inspecteur d’Etat (1970-1972) puis membre du bureau politique du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) et du Conseil législatif, le tout premier Gouverneur noir du Kasaï s’occupe depuis 1974 de sa ferme située à 40 Km de
Kananga. Barthélemy Mukenge Sha Bantu Nsumpi loue la manière avec laquelle, Alex Kande, Gouverneur de
la province du Kasaï-Occidental gère en combinant ambitions et pragmatisme. Interview. Quelle était la
c o n f i g u r a t i o n géographique du Kasaï Occidental lorsque vous aviez succédé aux belges en 1960 en tant que Gouverneur ?

La configuration était l’ensemble de tout le Kasaï, ce n’était pas le Kasaï Occidental seulement. Je
n’ai jamais été Gouverneur du Kasaï Occidental. J’étais gouverneur du Kasaï tout court. Le Kasaï Oriental sous-
entendu ?

Oui.

Comment en est-on arrivé à deux provinces?C’était à la suite du conflit Lulua-Baluba que vous connaissez. Comme
conséquences de ce conflit, les Baluba ont jugé bon d’aller chez eux et les Lulua sont restés. Ainsi, deux
entités ont été créées, l’une était reconnue et l’autre non. Mais elle a fini par être reconnue. C’est ainsi qu’on a eu deux provinces, le Kasaï Occidental et le Kasaï Oriental. Et la province qu’on
a appelée l’Unité Kasaienne ?

En ce moment là, cinq provinces ont été créées. Il y avait l’Unité Kasaienne, qui devient province du Kasaï, les provinces de Lomami, du Sankuru, et celle du Kasaï Oriental sans oublier le Kasaï Occidental. Puis, on redevient Kasaï Occidental et Kasaï Oriental comment ?

Cela a eu lieu suite à un constat, avec les cinq provinces créées, rien n’allait ! Les choses allaient de mal en pire et l’anarchie s’était installée ! Les autorités ont résolu de procéder à l’unification du Kasaï Oriental, Lomami et Sankuru pour en faire le Kasaï Oriental actuel ; l’Unité Kasaienne qu’on voulait
créer a été rattachée au Kasaï Occidental.Le Kasaï Occidental a connu depuis 2006 plusieurs crises avec changement des Gouverneurs.

Avez-vous joué un rôle pour dévier toutes ces tempêtes?

Je ne peux pas dire que j’avais un rôle à jouer moi. Je sais par moment, il y avait des consultations de part et d’autre par certaines personnes. Il leur arrivait de me voir quand elles voulaient avoir mon avis. Je le leur donnais. Par exemple, pour le cas du gouverneur Kapuku, la crise était assez grave. Vous savez que Kapuku avait fini même par démissionner. Les autres l’ont remplacé. D’abord Kabasu Babu et ensuite Alex Kande qui est gouverneur maintenant.

Quelle lecture faites- vous de la gestion du Kasaï Occidental sur le plan de son développement ?

Le développement du Kasaï Occidental me préoccupe sur deux points. Les routes et l’électricité. Je suis content
que le gouverneur Kande ait fait de ces deux points son principal cheval de bataille. Je l’encourage et il a tout notre soutien. Car, à voir l’avancement des travaux de la centrale hydroélectrique de Katende, je reste convaincu que la fin des travaux va déclencher le développement de la province. Ce travail de titan nous permettra d’avoir le courant électrique non seulement au Kasaï Occidental mais au Kasaï Oriental et au Maniema et attirera les investisseurs. Le deuxième point est la route de Kalambambuji en construction. Cet
ouvrage permettra à la province d’avoir accès à l’Océan Atlantique en passant par l’Angola. Nous soutenons ce travail et nous attendons de toutes nos forces l’achèvement de ces ouvrages.

Comment vous analysez le découpage éclate le Kasaï Occidental en deux provinces?

Le découpage? Eh bien ! Les gens ont voulu avoir leur province, on le leur a donné et moi je n’en peux rien !
Ils ont voulu leur unité, leur rapprochement, je n’ai rien à redire.

Qui ont voulu leur province ?

Ceux qui sont déjà dans la province du Kasaï. Ils ont voulu avoir leur province, et cela a débouché sur la
partition du Kasaï Occidental en deux provinces. A votre avis, quels sont les défis majeurs qui attendent les deux provinces (Kasaï Central et le Kasaï)? La cohabitation pacifique entre les différentes tribus, la construction des routes et l’électricité.

Un Conseil à ceux qui vont diriger les deux provinces?

Tout dépend de ceux qui prendront la gestion de ces deux provinces. D’emblée, je ne les connais pas ! Sinon,
je leur demande de faire de leur mieux pour diriger. Cela sous-entend beaucoup d’efforts pour développer nos deux provinces. Car ça ne sert à rien d’avoir une province qu’on ne sera pas en mesure de développer. Par développement, j’entends la construction des routes qui sont indispensables pour le développement. Ensuite,
créer des activités à même de procurer le bien-être à la population et par ricochet le développement.

PIERRE SOSTHENE KAMBIDI