RDC - Violences sexuelles : Tatiana Mukanire appelle les survivantes à briser le silence et attire l'attention sur les retards dans la prise en charge au Kasaï Central

7SUR7

 

 

À l'occasion du mois dédié à la lutte pour le respect des droits des femmes, Tatiana Mukanire, coordonnatrice nationale du Mouvement national des survivantes des violences sexuelles en RDC et membre du Comité de pilotage du projet-pilote du Fonds mondial de réparation pour les survivantes de violences  sexuelles (Global Survivos Fund) a au cours d'une interview accordée dimanche à 7SUR7.CD appelé les survivantes des violences sexuelles à briser le silence et à dénoncer les violences autour d'elles.

Le Mouvement national des survivantes aux violences sexuelles basé en RDC mène depuis 2017 des plaidoiries en  faveurs  des  victimes des violences sexuelles auprès des organisations locales et internationales et conscientise ces survivantes à briser le Silence.

Sa coordonnatrice déplore notamment l'abandon des survivantes des violences sexuelles dans le Kasaï Central lors du conflit coutumier Kamwena Sapu. '' Il est peut-être trop pour certaines qui doivent subir des interventions chirurgicales'', se désole-t-elle.

Ci-dessous l'intégralité de l'interview réalisée avec Tatiana Mukanire 

7SUR7.CD:  vous coordonnez  le Mouvement national des survivantes des violences sexuelles en RDC, depuis 2017 comment se passe la prise en charge des femmes violées ?

Tatiana Mukanire : Notre mouvement réunit les survivantes des violences sexuelles en temps de conflit pour les aider financièrement à devenir des actrices principales dans la société. Nous essayons aussi de voir les organisations qui peuvent aider les survivants à s'orienter vers la prise en charge médicale, psychologique et juridique.

7SUR7.CD: Quelles  sont les réalisations de votre structure jusque-là en faveur des survivantes des violences sexuelles ?

Depuis 2017, nous organisons des réunions de sensibilisation dans des communautés, de réunion des plaidoiries, nous participons à des activités, à des projets de réparation accompagnés par la Fondation Panzi et financé par le Fonds global pour les survivantes aux violences sexuelles. Nous sommes en partenariat avec Médecins du monde à Bukavu pour le projet "une commune sans viol " qui aide à la lutte contre les violences.

7SUR7.CD: Quelles sont les difficultés rencontrées jusque-là au sein de votre structure ?

Tatiana Mukanire : Il  ya des milliers des survivantes qui n'arrivent même pas à avoir des soins médicaux depuis le processus de la prise en charge. Au Kasaï Central à Kananga par exemple, suite aux massacres occasionnés par la milice Kamuina Nsapu, les femmes de cette province n'ont jamais obtenu une prise en charge médicale. Il est peut-être tard pour certaines qui doivent subir des interventions chirurgicales. Et nous de notre côté, nous continuons à mener des plaidoiries en leur faveur pour qu'elles obtiennent leur droit.

7SUR7.CD: Quel commentaire faites vous du thème choisi pour la célébration du mois dédié à la femme ?

Le mois de la femme est un mois de changement , c'est un mois où on doit dire que jusque-là la femme n'a pas  encore obtenu ce qu'elle devrait obtenir. C'est important qu'on puisse donner à cette femme sa place même dans la politique, dans le ménage et partout. Et pire encore les survivantes des violences sexuelles sont des personnes rejetées par leurs maris, par la communauté. Parlons plutôt de l'année de la femme, puisque celle-ci travaille toute l'année pour survivre et pour que la communauté s'améliore. Parler du mois de la femme, c'est de l'hypocrisie.

7SUR7.CD: Un mot aux survivantes des violences sexuelles

Tatiana Mukanire :
Désolée, ce sont des choses qu'on a pas voulu , c'est arrivé et pour ça on a pas le droit de baisser les bras , on a le devoir de briser le silence  et dénoncer tout ce qui se passe autour de nous.

Interview réalisée par Christel Insiwe