Au croisement de la route du Golf et de l’avenue de la Révolution, à quelques mètres du centre-ville de Lubumbashi, un marché atypique des animaux vivants dont des chiens, perroquets, tortues, paons s’est imposé depuis quelques années. Certaines espèces sont domestiques. D’autres, en revanche, relèvent de la faune protégée.
D'après maître Parfait Katayi Kazadi, qui l'a alerté dans Les Brèves juridiques n° 286 de ce lundi 5 mai 2025 et dont une copie est parvenue à 7SUR7.CD, le spectacle quotidien sur ce croisement de ces avenues se déroule à ciel ouvert, sous le regard indifférent des autorités et des passants alors que ce commerce est loin d’être légal.
À l’en croire, ce qui n’était au départ qu’un petit marché d’animaux de compagnie s’est transformé en une véritable animalerie informelle. Aujourd’hui, on y retrouve des espèces menacées comme la tortue verte, le perroquet gris ou le paon, toutes protégées par la loi congolaise. Ces espèces figurent sur la liste des animaux interdits à la vente, au transport et à la détention sans autorisation spéciale.
« La vente de ces espèces s’effectue en toute illégalité, et ce, au vu et au su des services compétents », souligne Maître Katayi Kazadi Parfait.
Il rappelle que l'article 53 de la Constitution de la RDC impose à l’État la protection de l’environnement, y compris de la faune. Cette disposition est renforcée par la loi n°14/003 du 11 février 2014 sur la conservation de la nature, qui interdit formellement toute transaction sur les espèces protégées (article 14). À cela s’ajoutent les engagements de la RDC au niveau international, notamment via la Convention de Washington (CITES), que le pays a ratifiée en 1976.
Ainsi, selon le cadre légal en vigueur, poursuit ce juriste, les pratiques observées à Lubumbashi relèvent sans équivoque du trafic illégal.
Au-delà de la question juridique, maître Parfait Katayi Kazadi relevé la question du bien-être animal. Les chiens, par exemple, sont exposés en plein soleil, souvent attachés ou enfermés pendant des heures, sans eau ni soins. Les perroquets et les tortues, quant à eux, survivent tant bien que mal dans des conditions précaires.
« Les conditions d’exposition, chaleur, bruit, pollution, manque de soins, constituent des facteurs de stress et de maladies graves pour ces animaux », précise Maître Katayi qui dit que le décret du 27 novembre 1934 sur la protection des animaux condamne de tels actes de maltraitance, assortis de sanctions pénales… qui ne sont pratiquement jamais appliquées.
Pour de nombreux vendeurs, ce commerce est une question de subsistance. Dans un contexte économique difficile, vendre un perroquet ou une tortue peut représenter une source de revenu vitale. Mais ce besoin ne saurait justifier le non-respect des lois environnementales et éthiques.
« Il revient aux autorités de faire respecter la loi tout en tenant compte des réalités sociales. Ce trafic ne peut perdurer sans une réponse adaptée, à la fois répressive et sociale », conclut Me Parfait Katayi.
Ce marché informel met en lumière les limites de la gouvernance environnementale en RDC. La protection de la faune ne peut être effective sans volonté politique, ni sans éducation citoyenne, estime la même source.
Patient Lukusa, à Lubumbashi