Carte blanche No 193
Salus populi suprema lex esto
Cette antique formule latine traverse les millénaires pour venir frapper à la porte de notre conscience collective. Elle proclame que le salut du peuple, sa sécurité, sa survie, son espérance, constitue la loi suprême, celle qui s’impose à toutes les autres.
Dans la Rome antique, ce principe fondait la res publica : l’intérêt général primait sur les appétits particuliers, et face au péril, la sauvegarde de la cité justifiait les décisions d’exception. Elle nous enseigne que la finalité de toute loi, de toute constitution, de tout pouvoir, est d’abord et avant tout le bien-être de l’homme. Lorsque ce bien-vivre est menacé par le fer et le feu, lorsque les larmes n’ont que trop coulé, alors tout le reste, débats byzantins, calculs politiciens, ambitions personnelles, doit s’effacer devant l’urgence vitale : sauver le peuple.
En RDC, nous faisons face à une agression étrangère qui dure depuis plus de trois décennies. Nous avons connu les régimes de Mobutu, de Kabila père, de Kabila fils, puis celui de Tshisekedi. L’insécurité persiste dans l’Est, véritable plaie vive de notre histoire contemporaine. Pourtant, Félix Tshisekedi a apporté une touche singulière à cette tragédie nationale. Il a scellé un partenariat gagnant-gagnant : les États-Unis exploitent nos minerais, et en retour, ils garantissent la paix, soutiennent l’investissement, créent de l’emploi et participent à l’industrialisation du pays.
Visiblement, les lignes bougent.
Pendant des siècles, nos aïeux furent assis sur ces mêmes trésors miniers, vivant dans la précarité et l’abandon. Ces richesses ont attisé la convoitise du monde entier : un voisin fut armé, choyé, instrumentalisé pour nous agresser, nous piller, nous décimer. Bilan : plus de dix millions de morts – un holocauste africain dont les plaies suppurent encore.
Sous Félix Tshisekedi, une lueur d’espérance se dessine à l’horizon. Le dossier a été géré avec fermeté et lucidité. L’agresseur a été publiquement nommé, condamné et contraint de plier bagage. Le régime de Kigali, jadis arrogant, se voit aujourd’hui acculé et sanctionné de toutes parts. Sur le terrain, nos forces armées reprennent du poil de la bête et restaurent, pierre après pierre, la dignité militaire de la nation.
Bientôt, la paix reviendra. Les jeunes trouveront du travail, la reconstruction s’amorcera, et, malgré les écueils et les imperfections, la volonté de mieux faire anime visiblement la gouvernance actuelle. Le patriotisme, tangible, se lit dans le style et la manière du président Tshisekedi.
Le bon sens nous invite à concentrer nos forces sur l’essentiel : le bien-être du peuple et le retour de la paix. C’est pourtant à ce moment décisif que certains compatriotes choisissent de détourner l’opinion vers des querelles dérisoires. Il faut hiérarchiser les priorités. L’heure n’est pas aux débats constitutionnels, mais à la défense de notre intégrité territoriale. La sécurité d’abord, les lois viendront ensuite.
Lorsque nous aurons mis fin à la guerre, lorsque les partenaires étrangers auront investi dans notre économie et offert des perspectives à notre jeunesse ; lorsque les routes se traceront, que les écoles ouvriront et que la vie s’améliorera dans les provinces oubliées , alors, les aboiements de la classe politique perdront de leur écho.
Le peuple souverain tranchera, en son temps, sur la question des réformes constitutionnelles : sur la possibilité pour le président de briguer un troisième mandat ou non. Car ce dont le peuple a soif, ce n’est ni d’élections ni de textes, mais de dignité et d’abondance.
Ce qu’il réclame, ce n’est pas la tête d’un président, mais un emploi, un toit décent, des soins accessibles, une éducation digne pour ses enfants, des infrastructures solides et une sécurité retrouvée. Et sur ce chemin, Félix Tshisekedi a ouvert la voie.
Vu sous cet angle, il faut renvoyer dos à dos les zélotes des deux camps, ceux qui, de façon inopportune, font tomber le débat constitutionnel comme un cheveu dans la soupe.
Chaque chose a son temps. Aujourd’hui, c’est le temps de l’intégrité territoriale, de la sécurité et de l’investissement. Oui, salus populi suprema lex esto : le salut du peuple demeure la loi suprême.
Le moment venu, ce même peuple décidera. Réviser, changer ou non la Constitution. Changer ou garder l’équipe qui gagne.
Halte à la cacophonie actuelle.
Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (PT)