Vingt organisations de la société civile du Nord-Kivu ont exprimé vendredi leur « profonde indignation » face aux tragédies humaines répétées sur le site minier de Rubaya, en territoire de Masisi, appelant à des mesures urgentes pour mettre fin à l’exploitation artisanale jugée dangereuse et anarchique dans cette zone de l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration rendue publique à Beni, ces organisations affirment qu’un nouvel éboulement de terre est survenu le 7 mars 2026 sur le site minier de Gakombe, dans la mine de Rubaya, située dans le groupement Matanda, village Luundje. Selon elles, l’incident aurait enseveli plusieurs creuseurs artisanaux qui travaillaient dans un ravin localement appelé « mufereji », tout en détruisant des habitations dans la localité voisine de Gatabi. Des femmes et des enfants figureraient également parmi les victimes.
Pour la société civile, la répétition de ces drames illustre les conditions « extrêmement précaires et dangereuses » dans lesquelles se déroule l’exploitation artisanale des minerais dans la région. Elle évoque notamment la pression démographique autour des sites miniers, l’absence de formation des exploitants ainsi que le manque de mesures de sécurité.
Les organisations affirment également, citant des sources locales, que plusieurs creuseurs seraient des militaires rwandais et d’anciens combattants des FDLR rapatriés dans le cadre d’un programme de désarmement. Selon elles, ces derniers seraient déployés dans les carrés miniers sans formation adéquate afin d’accélérer l’extraction des minerais.
La déclaration dénonce par ailleurs des pratiques assimilées à un système d’exploitation forcée dans la zone, précisant que de nombreux travailleurs, majoritairement issus d'une seule communauté, seraient contraints de travailler dans des conditions difficiles, sans rémunération ni accès à la nourriture. Elle affirme également que des enfants seraient impliqués dans les activités minières, au détriment de leur scolarité.
La société civile accuse en outre certains opérateurs économiques de privilégier une extraction accélérée des minerais, en ignorant les normes de sécurité, ce qui fragiliserait davantage les sites. Elle ajoute que le circuit commercial des minerais serait largement orienté vers le Rwanda, privant les communautés locales des bénéfices de leurs ressources naturelles et alimentant des réseaux économiques parallèles.
Face à cette situation, les 20 organisations recommandent la fermeture immédiate du site minier concerné, l’ouverture d’enquêtes pour établir les responsabilités dans ces catastrophes répétées et la prise de sanctions contre les acteurs impliqués dans l’exploitation illégale des minerais.
Elles appellent également la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour protéger les populations civiles et mettre fin à l’exploitation des ressources naturelles qui, selon elles, contribue à alimenter l’insécurité dans l’Est de la RDC.
« Il est urgent d’agir pour éviter que d’autres familles continuent d’être endeuillées par ces drames évitables », conclut la déclaration.
Il sied de rappeler que, selon ces organisations signataires, il s’agit du troisième incident majeur enregistré en l’espace d’un peu plus d’un mois dans cette zone et qu’un glissement de terrain survenu le 28 janvier 2026 aurait fait plus de 400 morts parmi les creuseurs artisanaux, tandis qu’un autre éboulement signalé le 3 mars aurait causé la mort de plus de 300 personnes. Une catastrophe similaire avait déjà coûté la vie à plus de 700 personnes en juin 2025, selon la même source.
David Lupemba