Débats sur le dialogue en RDC : « Aucun compromis politique, aussi inclusif soit-il, ne peut à lui seul démanteler les groupes armés soutenus ou instrumentalisés par des intérêts étrangers » (Steve Mbikayi)

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Dialogue politique : une illusion face à la crise multiforme en RDC

En République démocratique du Congo, la crise actuelle ne relève pas d’un simple différend politique susceptible d’être résolu autour d’une table de négociation. Elle s’inscrit dans une dynamique systémique, profonde et interdépendante, qui dépasse largement le cadre des rapports entre majorité et opposition.

En sciences politiques, une crise multiforme se caractérise par la simultanéité et l’imbrication de plusieurs vulnérabilités : sécuritaires, humanitaires, sanitaires, économiques et sociales. Ces dimensions ne coexistent pas de manière isolée ; elles s’alimentent mutuellement dans un enchaînement de causalités circulaires qui fragilise l’ensemble de l’État.
C’est précisément la situation que traverse aujourd’hui notre pays.

Dans un tel contexte, le dialogue politique conserve sa valeur démocratique. Il peut contribuer à décrisper les tensions entre acteurs politiques. Mais le présenter comme la solution centrale revient à poser un diagnostic incomplet, et à proposer une réponse inadéquate.
Car la réalité est plus complexe.

Aucun compromis politique, aussi inclusif soit-il, ne peut à lui seul :
•neutraliser les ingérences régionales et les rivalités géopolitiques qui alimentent l’insécurité à l’Est ;
•démanteler les groupes armés soutenus ou instrumentalisés par des intérêts étrangers ;
•répondre à la détresse humanitaire de millions de déplacés internes ;
•reconstruire des infrastructures détruites par des décennies de conflits et de catastrophes ;
•contenir des urgences sanitaires récurrentes telles que  la Mpox, le choléra ou Ebola ;
•relancer durablement une économie structurellement fragilisée.

Réduire la crise congolaise à un affrontement politique interne revient donc à ignorer sa nature hybride et en partie exogène.

L’expérience des dialogues dits « inclusifs » est, à cet égard, éclairante. Ils débouchent souvent sur des arrangements politiques, des gouvernements d’union nationale ou l’intégration de groupes armés dans l’armée. Ces compromis peuvent répondre à des équilibres immédiats, mais ils laissent intactes les causes profondes de la crise.
Pire, ils produisent de nouveaux exclus.
Frustrés du partage du pouvoir, certains acteurs, de l’opposition et de la majorité actuelles, reconstituent des dynamiques d’opposition, parfois armées, recréant ainsi les conditions d’un nouveau cycle de contestation.

Quelques années plus tard, un autre dialogue est convoqué pour résoudre une nouvelle « crise multiforme ».
C’est le piège de l’éternel recommencement.

Comme dans toute démocratie, la RDC a besoin d’un dialogue permanent. Mais elle a surtout besoin d’une stratégie nationale cohérente, capable d’articuler simultanément les réponses sécuritaires, diplomatiques, économiques, humanitaires et sanitaires.

À défaut, chaque dialogue ne sera qu’une parenthèse politique dans une crise qui, elle, restera entière.

Carte blanche no 292 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste