Le dialogue politique annoncé par le président de la République, Félix Tshisekedi, traduit « une évolution dans la posture du pouvoir ». Toutefois, « la question de son caractère véritablement inclusif demeure en suspens ». C’est l’analyse formulée par Christian Moleka, coordonnateur de la Dynamique des politologues de la République démocratique du Congo (DYPOL), dans une interview accordée à 7SUR7.CD ce lundi 20 juillet 2026 à Kinshasa.
Pour l’analyste politique, cette évolution traduit un changement de position par rapport aux premières prises de position du chef de l’État.
« Cela peut être perçu comme une avancée significative, comparativement aux postures initiales du président de la République qui, au début, s’était refusé au dialogue avant de l’accepter dans des conditions bien définies. Celles-ci semblent désormais s’orienter vers une ouverture plus large », a-t-il déclaré.
Toutefois, Christian Moleka estime qu’il est encore prématuré de conclure à un dialogue totalement inclusif.
« Cette ouverture reste à confirmer, car l’annonce devra être suivie de précisions supplémentaires. Les évêques l’ont rappelé dans leur communiqué : d’autres étapes de mise en œuvre sont attendues. Il est donc trop tôt pour dire si cette ouverture sera totale ou si elle évoluera par étapes. Les différentes communications laissent penser qu’un autre cap reste à franchir pour parvenir à un dialogue pleinement inclusif », a-t-il expliqué.
Évoquant les réactions enregistrées après les consultations, il relève également des nuances dans les différentes prises de position.
« Les propos du ministre Patrick Muyaya ont semblé constituer non pas un rétropédalage, mais plutôt un recadrage de la position exprimée par les évêques. À l’issue du dialogue, le cardinal Mbongo a parlé d’un dialogue inclusif. Cependant, qu’il s’agisse des déclarations d’Évariste Ejiba Yamapia ou de Patrick Muyaya, une nuance a été apportée sur la question de l’inclusivité. Il demeure donc une incertitude sur la nature exacte de cette inclusivité, même si l’évolution des positions semble aujourd’hui assez évidente », a-t-il analysé.
Abordant les thèmes qui devraient, selon lui, structurer les discussions, Christian Moleka plaide pour un dialogue centré à la fois sur les enjeux internes et régionaux.
« De mon point de vue, le dialogue devrait s’articuler autour des deux dimensions de la crise congolaise. D’abord, la dimension interne : rassembler les Congolais autour d’un consensus sur le processus politique à venir, la stabilité des institutions et un front républicain commun face à la guerre. Ensuite, la dimension externe, qui ne manquera pas d’être évoquée si, par exemple, le M23 y participait. Ces deux volets – interne et régional – doivent être au cœur des discussions », a-t-il soutenu.
Poursuivant son analyse, il estime que les échanges devront également porter sur les réformes politiques et institutionnelles.
« Sur le plan interne, il faudra revenir sur la question constitutionnelle, sur l’avenir du processus politique de 2028, sur les procédures électorales à venir et sur les conditions d’une gouvernance démocratique ouverte, respectueuse de la diversité et de l’ordre constitutionnel. Les Églises ont proposé une feuille de route, le pacte social, comme cadre de discussion. Leur rôle principal sera d’assurer la médiation à travers ce pacte, élargi aux Églises de réveil, en jouant les bons offices », a-t-il poursuivi.
Christian Moleka met cependant en garde contre le risque de voir le dialogue déboucher sur un simple partage des postes.
« Reste à savoir si le gouvernement évitera de transformer ce processus en un simple partage de postes. Car, à chaque occasion de dialogue, les politiciens congolais ramènent souvent un agenda personnel. Tant que le jeu politique reposera sur des crises servant des intérêts particuliers, cette question demeurera », a-t-il prévenu.
S’agissant du rôle des Églises, le coordonnateur de la DYPOL appelle à attendre les prochaines étapes avant d’en apprécier la portée.
« Il est trop tôt pour définir quelle sera la conduite des Églises. Il faudra attendre la fin des premières consultations et, éventuellement, l’élaboration d’une feuille de route pour mesurer les marges de manœuvre des évêques. Les premières déclarations des différents parrains apparaissent en décalage, parfois en disharmonie, ce qui impose de patienter », a-t-il affirmé.
Il ajoute que la médiation reste encore en construction.
« La volonté de jouer un rôle de médiation est réelle, mais il est trop tôt pour en définir les contours. L’histoire politique récente du Congo montre qu’à chaque fois que les acteurs se réunissent autour d’une table, un consensus national émerge sur les enjeux, mais des dynamiques liées aux intérêts personnels subsistent », a-t-il observé.
Revenant sur les précédents dialogues politiques en RDC, Christian Moleka estime que les intérêts des acteurs ont souvent influencé leur issue.
« Que ce soit Sun City 1, Sun City 2 ou la CNS, cette logique s’est perpétuée : la classe politique a souvent utilisé des crises comme espaces de positionnement et de négociation. Le jeu coopératif qui s’installe débouche généralement sur un partage des responsabilités. Sa limitation dépendra de la volonté des acteurs et des enjeux. Si 2028 devient une échéance majeure, une partie de l’opposition, en quête de ressources pour les élections, pourrait être tentée d’intégrer les institutions afin de renforcer sa position financière, tandis que d’autres préféreront rester en dehors », a-t-il estimé.
Enfin, l’analyste politique considère que les appels au dialogue et les manifestations annoncées s’inscrivent dans un rapport de force entre le pouvoir et l’opposition.
« La date du 8 a été précédée par des consultations menées par le président Ndayishimiye, celle du 22 par les appels de la CENCO. Pour l’opposition, il s’agit d’une surenchère destinée à pousser le chef de l’État à poser un geste de bonne foi. Une opposition qui se désarme sans contrepartie perd en même temps ses capacités de mobilisation. L’appel au dialogue peut donc être perçu comme un stratagème visant à gagner du temps et à affaiblir les mobilisations. La volonté de l’opposition est de maintenir la pression, de pratiquer la surenchère et d’obtenir un gain qui justifierait un éventuel changement de position », a-t-il conclu.
Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a annoncé l’organisation d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain », destiné à renforcer la cohésion nationale dans le respect des institutions et de la Constitution. L’annonce a été faite le vendredi 17 juillet 2026 par le cardinal Fridolin Ambongo, à l’issue de l’audience accordée par le chef de l’État aux représentants des principales confessions religieuses de la RDC.
Raphaël Kwazi