Nord-Kivu : une présumée intoxication à la farine de manioc fait au moins 7 morts et près de 40 malades dans un état critique à Visiki

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Au moins 7 personnes ont déjà perdu la vie et près de 40 autres se trouvent dans un état critique à Visiki, dans le groupement Baswagha-Madiwe, en territoire de Beni, après une présumée intoxication liée à la consommation du fufu de manioc. Alors que le drame dure depuis plus d'une semaine, Jules Kaseraka Vayikehya, expert en santé publique et secrétaire général du parti politique AVRP, a lancé un SOS au gouverneur militaire du Nord-Kivu pour réclamer une intervention urgente en faveur des victimes.

Selon des informations recueillies à ce sujet, les victimes avaient consommé le fufu lors d'une cérémonie familiale organisée à l'occasion du 40e jour après un deuil. La farine consommée avait été faite à partir des cossettes de manioc qui étaient étalées en brousse. Peu après leur consommation, plusieurs personnes ayant partagé le repas sont tombées malades et 2 d'entre elles sont aussitôt mortes le lendemain.

« La situation est assez critique. C'est une famille à Visiki qui avait un deuil en famille qui s'est réunie pour célébrer le 40e jour. Ils ont recouru aux cossettes de manioc qui étaient étalés en brousse. Avant ce fufu, ils mangeaient. Mais la nuit de la consommation de la farine soupçonnée, tous sont tombés malades et 2 d'entre eux sont morts le lendemain. On compte aujourd'hui près de 40 malades dans un état critique. Jusqu'au lundi dernier, on a enregistré le 7e décès. Tous présentent les mêmes signes : la diarrhée, le vomissement; certains, la fièvre et presque tous, l'anémie. On a pensé que c'était une contamination de la maladie à virus Ebola. Curieusement le résultat est sorti négatif pour tous les échantillons prélevés par les experts. C'est là que l'hypothèse de l'empoisonnement est restée », explique à 7SUR7.CD, Jules Vayikehya.

A l'en croire, les malades sont actuellement pris en charge au Centre de santé de référence de Mambingi. Mais leur état nécessite, selon cet expert en santé publique, des examens plus approfondis et une expertise médicale plus poussée pour déterminer avec précision la cause de cette maladie. Dans son appel adressé au gouverneur militaire du Nord-Kivu, il demande notamment le transfèrement des patients les plus gravement atteints vers des structures sanitaires disposant d'un plateau technique approprié.

Il sollicite également le renforcement de l'assistance médicale et en médicaments, une prise en charge nutritionnelle des personnes hospitalisées ainsi que le déploiement, si nécessaire, d'une équipe médicale spécialisée. Dans sa note, il salue toutefois les efforts du personnel du Centre de santé de référence de Mambingi et de l'Hôpital général de référence de Mabalako qui, malgré ses faibles moyens, assure la prise en charge des victimes.

Sept jours après le début de cette tragédie, Jules Vayikehya regrette cependant l'absence d'une implication sérieuse des autorités administratives à presque tous les niveaux.

« Curieusement et c'est ce qui inquiète, jusque-là, il n'y a aucune enquête des autorités, ni au niveau du groupement, ni au niveau du secteur jusqu'au territoire et au gouvernorat. Il n'y a aucun travail d'enquête des autorités, hormis les professionnels de la santé qui ont déjà fait leur part », regrette-t-il.

Dans son SOS, l'un des notables de la région estime que la population de Visiki est restée abandonnée à son sort malgré la gravité de la situation. Il appelle ainsi le gouvernement provincial à agir rapidement pour éviter de nouveaux décès. Il interpelle également les députés nationaux et provinciaux ainsi que les sénateurs du Grand Nord afin qu'ils apportent leur assistance aux familles affectées.

Par ailleurs, bien que la maladie à virus Ebola ne soit pas à l'origine du drame, l'hypothèse criminelle n'est pas écartée. Selon Jules Vayikehya, y compris des sources civiles sur place, la piste d'un empoisonnement présumé est évoquée. Un suspect aurait déjà été appréhendé et remis aux services compétents. Celui-ci aurait été interrogé avant d'être relâché. Pour Jules Vayikehya, notable de cette région, l'absence d'une enquête approfondie ne permet pas encore d'établir les circonstances exactes de cette tragédie qui a plongé plusieurs familles de Visiki dans le deuil.

Pour lui, en attendant les résultats d'éventuelles investigations, l'urgence reste la prise en charge des dizaines de personnes encore hospitalisées, dont plusieurs dans un état critique. Le secrétaire général de l'AVRP appelle les autorités à ne pas attendre que le bilan humain s'alourdisse pour apporter une réponse à cette situation sanitaire qui continue d'inquiéter à Visiki et ses environs.

Isaac Kisatiro, à Butembo