L’ancien ministre de la Pêche et de l’Élevage, Adrien Bokele Djema, a rejeté les critiques formulées autour de l’acquisition et de l’exploitation de plusieurs bateaux de pêche destinés à la République démocratique du Congo. Face à la presse, mardi 22 septembre 2026, il a notamment contesté les accusations faisant état d’une mauvaise adaptation des navires aux eaux congolaises ainsi que les montants avancés dans le débat public sur leur coût.
Selon Adrien Bokele, les difficultés rencontrées dans la mise en exploitation de ces bateaux ne seraient pas uniquement liées à leurs caractéristiques techniques. L’ancien ministre pointe notamment le retard dans la mise en place de la chaîne de froid, la formation des équipages ainsi que l’absence de certaines infrastructures nécessaires à l’exploitation et à la commercialisation des produits de pêche.
« Les études ont été faites. De toute façon, n’allons même pas loin, vous êtes journaliste. Vous utilisez mieux l’outil informatique que moi. Allez, ce que je disais, même à l’IA, demandez, posez la question : est-ce que nous avons le même courant marin que l’Angola ? Les mêmes bateaux qui travaillent en Angola, ce sont ces mêmes bateaux-là qu’on a commandés ici en République démocratique », a déclaré Adrien Bokele.
L’ancien ministre affirme ainsi que les navires avaient fait l’objet d’études techniques avant leur acquisition et rejette l’idée selon laquelle ils auraient été commandés sans tenir compte des réalités des eaux congolaises. Il estime également que les conditions d’exploitation doivent être prises en compte dans l’évaluation des difficultés actuelles.
Adrien Bokele insiste notamment sur la nécessité de disposer d’une chaîne de froid fonctionnelle pour accompagner l’arrivée des bateaux. Il cite la construction de chambres froides à Moanda et à Boma, ainsi que la mise en place d’infrastructures de conservation à Kinshasa.
« Nous devrions savoir que lorsque les bateaux de pêche vont arriver, nous aurons besoin de la chaîne de froid. La chaîne de froid, c’est quoi ? Il faudra avoir des chambres froides à Moanda, par exemple, ou à Boma, des chambres froides ici à Kinshasa, les infrastructures de débarquement des produits ici à Kinshasa », a-t-il expliqué.
L’ancien ministre évoque également les moyens de transport frigorifiques et les unités de transformation comme des éléments nécessaires au développement d’une véritable chaîne de valeur dans le secteur de la pêche.
La formation des équipages fait également partie des conditions évoquées par Adrien Bokele. Il affirme que des capitaines égyptiens étaient présents en République démocratique du Congo et que la formation des équipages congolais devait être menée parallèlement à la construction et à la livraison des bateaux.
Sur le coût du projet, l’ancien ministre conteste par ailleurs les montants de 12 ou 15 millions de dollars évoqués dans le débat public. Il affirme que certaines catégories de bateaux avaient été acquises pour des montants inférieurs.
« La facture, y compris avec la taxation, a coûté 7 877 250 dollars. Et quand vous prenez les cinq bateaux qui sont sur le fleuve, nous arrivons autour de 8 000 700. Parce que j’entends des gens parler de 12, de 15 millions, mais ces chiffres sont venus d’où ? », a-t-il déclaré.
Désormais député national et président de la commission parlementaire chargée de la pêche, Adrien Bokele estime que les difficultés actuelles peuvent encore être résolues grâce à une meilleure coordination entre les différents acteurs du secteur. Il affirme notamment travailler en synergie avec son successeur, Jean-Pierre Tshimanga Buana.
« C’est la raison pour laquelle moi, je minimise ça. Je dis, nous pouvons encore nous rattraper avec le ministre. De toute façon, moi, je travaille en synergie avec lui parce que moi, je suis à l’Assemblée nationale comme président de la Commission chargée de la pêche », a-t-il indiqué.
En 2023, le ministère de la Pêche et de l’Élevage, alors dirigé par Adrien Bokele, avait annoncé l’attribution de marchés portant sur 15 bateaux de pêche industriels neufs. Le programme prévoyait trois bateaux de 27 mètres et trois de 16 mètres destinés à la côte atlantique, quatre bateaux de 12 mètres pour les lacs Albert et Tanganyika, ainsi que cinq embarcations de huit mètres pour le fleuve Congo et ses affluents.
Les marchés avaient été attribués à la société espagnole ARESA Shipyard, ainsi qu’aux établissements congolais YETU, en partenariat avec la société turque Pirlant Shipyard, à l’issue d’une procédure de passation des marchés publics présentée à l’époque comme ayant été menée avec la Direction générale du contrôle des marchés publics.
Chançard Sindani