En poussant le grand projet d'extension Kinshasa Kia Mona et le corridor de Lobito, la République démocratique du Congo tente de tirer parti de la rivalité stratégique entre grandes puissances. Mais entre le duel sino-américain pour le contrôle des minerais, la RDC peut tirer parti des offres des autres puissances comme l’Inde, la France et la Russie à condition d’évaluer concrètement la plus value de chacun, et de toujours continuer à réformer pour rendre le pays attractif.
La compétition sino-américaine
La Chine demeure le partenaire économique prédominant de la RDC. Maître d'œuvre incontesté du secteur minier et premier constructeur d'infrastructures publiques, à l'instar de la future cité industrielle de Kia Mona, Pékin séduit par sa capacité à mobiliser rapidement des capitaux sans poser de conditionnalités politiques. Ce modèle montre toutefois des limites évidentes : l'absence quasi totale de transformation locale des minerais, des transferts de technologies restreints et d'importants impacts environnementaux.
Face à cette hégémonie minière, les États-Unis tentent de riposter en soutenant le corridor ferroviaire de Lobito pour sécuriser l'approvisionnement occidental en cobalt et en lithium. Washington utilise l'argument des normes ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) et de la traçabilité financière comme un levier commercial pour disqualifier les contrats chinois. Mais cette approche agace à Kinshasa : la diplomatie américaine reste jugée trop passive face au soutien du Rwanda au M23, tandis que le secteur privé américain hésite toujours à prendre des risques en dehors du domaine extractif.
Co-partenariat européen, mirage russe, secteur privé indien
En marge de ce duel de géants, la France a désormais une approche pro-business, à l’image du sommet Africa Forward, promouvant la co-industrialisation et la création de valeur sur place comme la plupart des pays européens. Des partenariats technologiques, à l'image des récents accords avec Dassault Systèmes ou des mécanismes d'appui de Bpifrance, concrétisent cette volonté de monter en gamme. Cependant, l'exigence de conformité et la rigueur des processus d'instruction européens demandent un temps de maturation qui doit encore s'harmoniser avec le calendrier d'urgence affiché par Kinshasa.
Sur le plan sécuritaire, la Russie se positionne comme une option tactique en fournissant des armes sans exigences administratives ni politiques. Mais l'offre de Moscou s'arrête là : sans capacités financières pour financer des usines ou des routes, la Russie n'incarne aucune alternative économique. Les retours d'expérience en Centrafrique et au Sahel ont douché les illusions : loin de stabiliser la région, l'intervention moscovite s'est traduite par une captation de ressources minières et un affaiblissement des institutions locales.
L'Inde, enfin, privilégie un ancrage concret dans l'économie réelle (médicaments génériques, télécommunications avec Airtel, commerce), mais via des initiatives privées morcelées, sans grands projets d'État à État.
Ce que les investisseurs internationaux attendent de la RDC
Si la diversification des alliances offre à Kinshasa des marges de manœuvre diplomatiques, la communauté internationale rappelle que l'attractivité du pays dépend d'abord de réformes internes. L'ambition de la RDC de raffiner ses ressources sur place pour intégrer la chaîne de valeur mondiale des batteries électriques exige un environnement des affaires assaini et prévisible.
Le premier chantier concerne la fiscalité. La superposition des taxes prélevées par une multitude de régies financières asphyxie les entreprises du secteur formel et décourage l'investissement direct étranger. À ce fardeau fiscal s'ajoute une insécurité juridique persistante, alimentée par des décisions de justice imprévisibles.
De même, si la réglementation sur la sous-traitance gérée par l'ARSP vise à promouvoir le secteur privé national, sa mise en œuvre actuelle est jugée trop rigide par les opérateurs établis. Enfin, le déficit criant d'infrastructures de base, en particulier dans la fourniture d'électricité et d'eau industrielle, renchérit considérablement les coûts de production.
Pour pouvoir pleinement tirer les bénéfices de l’attrait des investisseurs internationaux pour son économie, la RDC doit d’abord se bâtir une réputation de partenaire crédible.