Les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, génèrent entre 1 et 1,6 million de dollars américains par an grâce à l’exploitation et au trafic illicites de l’or dans les zones aurifères de Manguredjipa, dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu. C’est ce que révèle une enquête de l’organisation américaine The Sentry, publiée mardi 27 octobre 2026.
Selon ce rapport, l’or illicite est devenu la principale source de financement de ce groupe armé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où il contrôle ou exerce son influence sur plusieurs zones riches en ressources aurifères.
« L’or illicite est désormais la principale source de financement du groupe terroriste affilié à l’État islamique en RDC », affirme Sasha Lezhnev, conseiller principal à The Sentry.
D’après l’enquête, l’or extrait dans les zones contrôlées ou influencées par l’ADF est acheminé par différents réseaux commerciaux vers l’Ouganda, où il intègre des circuits de négoce, de raffinage et d’exportation.
Cette évolution marque un changement dans le mode de financement du groupe. Auparavant davantage dépendante du soutien financier de l’État islamique, l’ADF s’est progressivement tournée vers des ressources générées localement depuis la fin de 2024, notamment après les sanctions américaines visant certains facilitateurs.
« L’ADF s’est adaptée à la pression militaire et aux sanctions en trouvant de nouvelles façons de financer ses opérations, notamment à travers l’or et le trafic d’autres ressources », explique Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry.
Outre l’or, le groupe armé tire des revenus de la production de cacao, du racket et des enlèvements. Ces derniers lui permettent également de se procurer de la main-d’œuvre et de recruter de nouveaux membres.
The Sentry estime qu’en février 2026, l’ADF comptait encore entre 600 et 700 combattants opérationnels, auxquels s’ajouteraient environ 2.000 personnes à charge. Malgré les opérations militaires menées par les forces congolaises et ougandaises, le groupe n’a pas été démantelé.
Les offensives conduites dans le cadre de l’opération conjointe congolo-ougandaise « Shujaa » auraient plutôt contraint l’ADF à se disperser dans des zones plus reculées et riches en ressources, notamment au Nord-Kivu, en Ituri et, de plus en plus, dans la Tshopo.
La pression militaire a ainsi déplacé le groupe sans parvenir à le démanteler, selon les conclusions du rapport, qui décrit une organisation devenue plus mobile, décentralisée et résiliente.
The Sentry souligne également le rôle des réseaux commerciaux reliant les zones minières de l’est de la RDC aux marchés régionaux. L’organisation recommande notamment aux acteurs internationaux d’enquêter sur les négociants, les intermédiaires, les raffineurs, les exportateurs et les facilitateurs financiers susceptibles de contribuer au commerce de l’or issu des zones de conflit.
Elle appelle également les autorités congolaises à rééquilibrer leurs priorités sécuritaires afin de lutter simultanément contre l’ADF et le M23. Selon l’organisation, la concentration des efforts militaires sur un seul front permet aux ADF de tirer parti des espaces laissés disponibles.
« Il faut s’en prendre aux financiers, aux négociants d’or et aux facilitateurs », insiste Justyna Gudzowska.
Pour The Sentry, la lutte contre l’ADF ne peut donc pas se limiter aux opérations militaires. Le démantèlement des circuits économiques qui permettent au groupe de tirer profit des ressources naturelles de l’est de la RDC constitue également un levier essentiel pour réduire ses capacités de financement et de nuisance.
Bienfait Luganywa