La troisième édition du RDC Transport Infrastructure & Logistics Investment Forum (RIF 2026) s’est clôturée mercredi 28 octobre 2026 à Kinshasa, au cours d’une soirée de gala dénommée « RIF Awards 2026 ». À cette occasion, plusieurs recommandations ont été formulées pour améliorer la compétitivité de la République démocratique du Congo, notamment à travers une planification cohérente des infrastructures de transport, le renforcement de la gouvernance des corridors et la dématérialisation des procédures.
Organisé par le Think Tank RDC Stratégie, ce forum international a réuni pendant trois jours des décideurs, des investisseurs, des dirigeants et des experts autour des enjeux liés aux infrastructures de transport, à la logistique et à l’intégration régionale en Afrique centrale. Les travaux étaient placés sous le thème : « Corridors stratégiques, souveraineté logistique et intégration régionale : bâtir la puissance infrastructurelle de l’Afrique centrale ».
Dans son intervention de clôture, le président du Think Tank RDC Stratégie, Bodom Matungulu, a insisté sur la nécessité pour la RDC de se doter d’une vision cohérente et durable pour le développement de son réseau de transport. Il a notamment recommandé de sélectionner les projets en fonction de leur contribution à la mise en place d’un système national intégré.
« Premièrement, la RDC doit se doter d’une vision cohérente et continue à long terme en matière de développement de son réseau de transport. C’est précisément l’exercice auquel nous nous sommes livrés en 2016. Cette vision doit constituer la grille de référence à partir de laquelle les projets proposés par les administrations, les collectivités, les partenaires au développement ou le secteur privé seront priorisés, en fonction de leur contribution à la mise en place d’un système national de transport intégré. Il s’agit de nous fixer un cap. Certains projets nous permettront d’atteindre plus rapidement que d’autres la destination que nous souhaitons ; d’autres pourraient, au contraire, nous entraîner dans une mauvaise direction. Il est donc essentiel de bien les choisir », a déclaré Bodom Matungulu.
Le président du Think Tank RDC Stratégie a également souligné les difficultés liées aux coûts logistiques élevés, à la fragmentation des procédures et à la multiplicité des taxes et prélèvements. Il a notamment évoqué le transport d’un conteneur de Matadi à Kinshasa, dont le coût peut atteindre environ 20 000 dollars américains pour une marchandise évaluée à quelque 32 000 dollars.
Pour remédier à cette situation, il a recommandé de poursuivre les réformes institutionnelles, de renforcer la gouvernance des corridors et d’accélérer la dématérialisation des procédures, notamment grâce à une interface intégrée facilitant la coordination des opérations et les échanges commerciaux.
« Deuxièmement, il faut améliorer la gouvernance institutionnelle, éliminer les chevauchements, combler les vides institutionnels et renforcer la gouvernance des corridors. Ce qui a fait jadis la force du système de transport en RDC n’est peut-être plus aussi pertinent aujourd’hui. Des réformes sont déjà engagées. Cette approche doit être poursuivie et rejoint directement les préoccupations de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), qui œuvre à la mise en place d’autorités capables de prendre à bras-le-corps les difficultés liées aux corridors de transit et de transport. Troisièmement, il faut aller plus loin dans la dématérialisation, notamment grâce à la mise en place d’une interface intégrée permettant de mieux coordonner les procédures et de faciliter les échanges », a-t-il souligné.

De son côté, le Vice-Premier ministre chargé des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo, a insisté sur la nécessité de traduire les recommandations issues du forum en actions concrètes. Il a souligné que le développement des infrastructures ne devait pas se limiter à la construction d’ouvrages, mais également intégrer la connectivité, la complémentarité des modes de transport, la facilitation des échanges et le développement des compétences locales.
« Je tiens à vous assurer que les recommandations issues de ce forum devront désormais dépasser le stade des échanges et des bonnes intentions. La première priorité concerne la gouvernance des corridors. Nous devons préciser les connexions prioritaires que la République démocratique du Congo entend développer, en tenant compte de ses intérêts stratégiques, de ses besoins économiques et de ses ambitions en matière d’intégration régionale. Notre pays dispose d’un potentiel exceptionnel, de vastes bassins de production, de ressources naturelles considérables et d’une position géographique qui lui confère une vocation naturelle de carrefour des échanges au cœur du continent. Mais ce potentiel ne pourra être pleinement valorisé que si nous sommes capables de mieux connecter nos territoires, de rapprocher les zones de production des marchés, de réduire les coûts et les délais logistiques et de développer des infrastructures modernes, sûres, résilientes et interconnectées », a-t-il affirmé.
Présentant le compte rendu des trois journées de travaux, Maïdadi Sahabana, ingénieur en transport et économiste nigérien, chercheur universitaire et expert international en infrastructures, a insisté sur l’importance d’une approche intégrée du développement des corridors. Selon lui, la connectivité nationale doit être renforcée parallèlement à l’ouverture de la RDC aux marchés régionaux et internationaux.
« Nos bassins agricoles, nos zones industrielles, nos centres miniers ainsi que nos pôles de consommation doivent être mieux interconnectés entre eux et avec les marchés régionaux et internationaux. C’est dans cette complémentarité entre la connectivité nationale et l’ouverture régionale que nos corridors contribueront pleinement à la diversification de notre économie, au renforcement de notre souveraineté logistique ainsi qu’à l’émergence d’une Afrique plus connectée, plus compétitive et plus souveraine, au service d’une prospérité partagée », a-t-il déclaré.
À l’issue de cette troisième édition du RIF, les recommandations portent notamment sur l’élaboration d’une vision nationale à long terme pour les transports, l’amélioration de la gouvernance institutionnelle et des corridors, la réduction des coûts logistiques, la coordination entre les secteurs concernés et la poursuite de la dématérialisation des procédures. Ces priorités visent à renforcer le désenclavement du territoire national, la compétitivité économique de la RDC et son intégration régionale.
Raphaël Kwazi