E.D. Kalwira : "Le procès 100 jours inspire curiosité et admiration, car il met en lumière un cliché de ce que sera le Congo de notre rêve" (interview)

Publié lun 08/06/2020 - 11:44
7sur7

 

La République Démocratique du Congo vit ces derniers jours un des moments particuliers de son histoire. D'un côté, la Covid-19 et la guerre interminable à l'Est continuent à sévir, de l'autre, le procès 100 jours et les problèmes de la coalition au pouvoir FCC-CACH, défrayent la chronique au pays. Des faits inédits qui ne laissent d'aucuns perplexes. 

Dans un entretien exclusif accordé à 7SUR7.CD ce lundi 8 juin 2020, Emery Damien Kalwira, coordonateur de la Coalition des Congolais pour la Transition (CCT), est revenus sur ces sujets d'actualité. Quant au procès 100 jours, par exemple, il estime que cette affaire inspire "curiosité" et "admiration". 

(Ci-dessous l'intégralité de l'interview) 

7SUR7.CD: Que vous inspire le procès 100 jours ?

E. D. Kalwira: J’aimerais tout d'abord, au nom de la Coalition des Congolais pour la Transition (CCT) et au mien propre, saluer la mémoire héroïque du juge Président Raphaël Yanyi Ovungu, première victime de cette saga.

Revenons au procès lui-même. D'une manière apparente cette affaire de 100 jours inspire curiosité et admiration, car elle met en lumière un cliché de ce que sera le Congo de notre rêve demain pour la postérité. Elle a, pour la première fois de notre histoire nationale, permis au monde et au peuple congolais tout entier de se faire une idée fixe sur la culture de corruption et de l’impunité. Et encore pire, ce que vous appelez "le procès 100 jours" démasque l’ascension prise par l'opacité, le trafic d’influence, la mafia financière, la criminalité d'affaires et la géopolitique de l'illicite qui accablent la République Démocratique du Congo et est à la base de cette misère croissante et permanente dans laquelle croupissent près de 97% de populations congolaises appauvries par la mauvaise gouvernance depuis de très longues années. Cependant, pour ne pas confondre politique de justice et intention de justice, en ce qui est du Congo actuel, il faut savoir que lorsqu'on veut aller à la pêche pendant la saison des très fortes vagues et tempêtes, il est fortement conseillé d'avant tout être très sûr de l'équilibre du navire pour ne pas se noyer et devenir la bouffe du crocodile. La justice relève et dépend d'une volonté politique. La volonté politique requiert une légitimité. Dans le cas présent, il faut, pour être rassuré et rassurant sur le lendemain, rassembler les acteurs nouveaux pour amorcer, avec sérénité, les actions nouvelles.

7SUR7.CD:Les bisbilles FCC-CACH, notamment la dernière en date qui a abouti à l’éviction de Kabund de son poste au bureau de l’assemblée nationale, sont provoquées par quoi ?

La CCT (Coalition des Congolais pour la Transition) n’est pas surprise. Nous sommes en train de baigner dans un désordre institutionnel programmé et prémédité par ceux qui ont encouragé et soutenu la tenue d’élections contestées et contestables depuis décembre 2018. La cacophonie anarchique actuelle est le décor d’un chaos planifié par les ennemis qui avancent masqués pour jouer le «Pêcheur dans les eaux troubles » au détriment du Congo et de tous les congolais. La vérité est têtue, elle casse n’importe quelle barrière. L’enchaînement de tous ces événements déplorables est le fait logique et le résultat qui donne raison au peuple et à la CCT qui avaient prévenu que les fausses élections conduiraient le Congo dans une spirale des violences meurtrières, des règlements de comptes, des attaques intercommunautaires, la recrudescence des conflits armés et au pire, la guerre civile. La combinaison FCC-CACH ressemble à la recette issue d’un mélange Riz-Sable qu’un sorcier offre aux festoyeurs. C’est un parlement monté de toutes pièces pour entretenir le mutisme, la confusion dans le but de créer un désordre inutile et permanent sans jouir, à l’origine, de la moindre caution populaire. Pour ne pas me répéter, sur cette question concernant la révocation de Jean-Marc Kabund et son remplacement prévu avant fin juin 2020, ils sont tous conscients de la manière très questionnable par laquelle ces deux chambres du parlement ont été fabriquées. On ne triche pas avec l'histoire et on peut bien mentir à tout le monde, sauf à sa propre conscience. Mon seul message à qui veut l'entendre est : dans la vie et tous ses domaines, vouloir tout gagner c'est vouloir tout perdre. On ne gagne jamais tout. C'est une loi de la nature et jamais démentie.

7SUR7.CD: Malgré des opérations militaires volontaristes impulsées par le président de la République, la paix tarde à revenir dans l’Est de la RDC. Que faire ?

Il faut maintenant une solution locale de défense et de sécurité (nationale) pour agir efficacement contre ces velléités persistantes de sécessions et de balkanisation de notre territoire national par les puissances obscures et mercantilistes qui se servent de quelques pays limitrophes pour accomplir leur mission diabolique. En effet, il ressort des informations crédibles à notre disposition que le risque de voir notre pays fragmenté et émietté en micro-Etats n’a jamais été aussi grand et alarmant qu’aujourd’hui. Les ennemis profitent des disputes et des chamailleries politiciennes internes ainsi que de la fragilité de l’Etat pour tenter de passer en force. Mais comme il s’agit d’une question stratégique, je pense qu’ici n’est pas l’endroit indiqué pour dévoiler ce que pense notre structure par rapport à une réponse durable contre cette menace persistante. Toutefois, sur le plan politique, la CCT et d’autres organisation de défense de notre souveraineté territoriale organiseront très bientôt une série des marches publique de mise en garde contre ces tireurs de ficelles. Je pense au fond que notre vraie fierté, notre grandeur et notre force identitaire se cachent derrière la forme cartographique et géographique de notre pays comme carrefour de l'Afrique. Les congolaises et congolais aux quatre coins du pays doivent s’unir et défendre, par tous les moyens, la RDC dans sa forme de « gâchette » au centre de l'Afrique. C’est le seul cadeau d’indépendance à offrir à notre peuple, de générations en générations sans briser la légende, sans jamais trahir ni transgresser. C’est aussi cela l’hommage aux Pères de l’indépendance nationale du Congo qui donnèrent de leurs vies en échange.  

7SUR7.CD: Félix Tshisekedi, plus d’une année après au pouvoir, son bilan est négatif, positif ou mitigé ? Et pourquoi ?
 
Vu le niveau très inquiétant de la crise politique dans notre pays, je pense qu’il est hasardeux de s’avancer sur un jugement ou parler d’un quelconque bilan. Félix Tshisekedi est un ancien compagnon dans l’opposition, plusieurs occasions personnalisées nous ont permises, lui et moi, de parler en profondeur de l’avenir de notre pays, néanmoins les conditions dans lesquelles il est arrivé au Palais de la Nation comme Président de la République étaient, dès le départ, et sont jusqu’à date très difficiles et complexes. Je peux même dire, sans apologie singulière, que c’est un courageux pour avoir accepté d’être à cette place et de cette manière-là. Le vin étant tiré, il faut le boire. C’est pour cela à la CCT nous pensons, après plus d’un an d’observation qu’il est d’une extrême urgence de réfléchir sur les faisabilités et les modalités pratiques d’agir pour sauver le Congo de l’effondrement. C’est encore possible. Il nous suffit d’adopter un comportement d’Hommes d’Etat, d’un peu de patriotisme, de taire nos divergences, d’oublier ce qui nous divise et de nous placer au-dessus de nos calculs en mettant le Congo, son peuple et son avenir au cœur de nos priorités pour sortir de cette situation socio-politique délétère, de non-état et d’immobilisme gouvernemental patent. C’est cela aussi une autre façon choisir le bon côté de l’histoire.

7SUR7.CD: Comment mettre fin à la crise politique en RDC ?

Écoutez, le monde nous regarde, nous devons nous ressaisir. Même les malvoyants peuvent constater que la République Démocratique du Congo est maintenant entraînée dans une course effrénée vers une impasse qui frise le suicide collectif. Si rien n'est fait ici et maintenant, ce sera le déclin du grand Congo, la fin d'un rêve, la destruction d'un destin national et continental. Devons-nous pour autant, tous, acteurs politiques et intellectuels congolais, pour des calculs égocentriques, par frustrations, par vengeance ou de rancunes individualistes inavouées laisser mourir notre mère patrie ? Par ma voix, la CCT dit NON. Après que tous les conciliabules : Elections, dialogues, concertations et autres arrangements taillés sur mesure, depuis ces 19 dernières années ont échoué ; et que leurs résultats sont à la fois obsolètes et désuets aujourd’hui ; Deux choix de dernière minute s'offrent à MM Joseph Kabila et au Président Félix A. Tshisekesi Tshilombo qui, ayant entre leurs mains respectives le destin de ce beau et grand pays, se doivent de prouver leur minimum d'amour et d’estime envers la RDC et son peuple. Savoir qu’ils sont aussi de passage et qu’ils peuvent encore se rattraper en marquant leur passage au profit des générations futures :

1. Instaurer un gouvernement ad hoc d'ouverture et de cohésion nationale, représentatif de toutes les tendances pour repartir sur des nouvelles bases. C'est avec ce cadre institutionnel de concorde nationale que se préparent sereinement et dans la paix les élections crédibles et inclusives. C'est le choix salvateur qui ferme la parenthèse de cette logique législatrice inopérantes.

2. Le choix du peuple : Il s'agit de tenir compte de l’usure du pouvoir, du blocage et tirer les conséquences qu'impose l'échec des élections de 2018. Engager notre pays sur une voie de Transition exceptionnelle de restauration, pour une durée de 12 mois. Elle est dirigée par une autorité impartiale et neutre, encadrée par la société civile, les représentants des entités territoriales et des délégués de patriotes congolais exilés. Faute d’envisager l'une de deux options, péremptoirement c'est vers le chaos général que s'achemine notre pays au profit des prédateurs, manipulateurs et autres trafiquants de tout bord.
 
Nous devons absolument anticiper. C'est pour cette raison que la Coalition des Congolais pour la Transition (CCT) a mis fin à sa trêve et refait surface pour sauver le Congo.