RDC : « Le corps de la femme ne peut pas continuer à être considéré comme un champ de bataille », (Julienne Lusenge) 

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Lauréate du 6ème prix annuel « Aurora for Awakening Humanity » décerné au cours de la cérémonie intitulée « Reviving Together », à Venise (Italie), Julienne Lusenge, présidente de l'ONG Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI) et directrice exécutive du Fonds pour les Femmes Congolaises (FFC), s'engage à intensifier « sans relâche » sa lutte pour l'éradication des atrocités dont font l'objet les femmes en RDC. 

Au cours d'une conférence de presse animée le vendredi 15 octobre 2021 à Kinshasa, cette activiste des droits humains a invité le gouvernement à enrayer le cycle infernal de violences et tueries pour rétablir l'autorité de l'État dans l'Est et sur l'ensemble du territoire national.

« Nous prenons des risques parce que nous voulons la paix. Nous voulons un pays où nos enfants vivent en paix. Un pays où les hommes et les femmes peuvent se promener sans risquer leurs vies. Nous voulons le développement de notre pays. C'est la motivation qui nous pousse à dénoncer ce qui ne marche pas. Le corps de la femme ne peut pas continuer à être considéré comme un champ de bataille. Quand les groupes armés mènent leurs attaques, ils se rabattent sur les femmes et les jeunes filles. Je suis allée trois fois au Conseil de sécurité de l'ONU pour dénoncer. J'ai sillonné les grandes capitales du monde pour le même travail. J'ai rencontré le Pape François, je lui ai parlé de la situation de la RDC. Je fais de mon mieux pour apporter ma contribution pour que la paix revienne dans notre pays. Cette lutte, je ne la mène pas seule. Il y a plusieurs femmes qui m'accompagnent », a-t-elle affirmé. 

Pour J. Lusenge, la situation actuelle de la femme congolaise demeure alarmante à cause notamment de la persistance de l'insécurité dans plusieurs contrées du pays. 

« Le souci qui m'anime est que les violences s'arrêtent. Il faut que ça s'arrête. Nous encourageons les décideurs à s'impliquer à fond pour la fin des massacres. Il faut aussi encourager toutes les femmes qui prennent des risques d'aider les victimes. Ce prix me donne encore une occasion de dénoncer », a déclaré la gagnante du prix Aurora 2021. 

Par ailleurs, elle a fait remarquer que cette reconnaissance internationale est le résultat d'un travail acharné. 

« Aurora n'était pas facile. Nous étions en compétition. Il y avait 5 finalistes. Je n'ai pas remporté ce prix parce que je suis connue. C'est le résultat d'un travail dur. Il fallait postuler, remplir plusieurs documents. Il fallait qu'il y ait aussi de personnes qui reconnaissent votre travail. Notre dossier a été retenu et il  fallait le défendre devant l'assistance. Avant de prendre la parole, je ne savais même pas quoi dire, j'ai demandé à Dieu de me mettre les paroles dans la bouche. C'était un moment de stress. À la fin, Dieu a fait grâce et m'a permis de remporter le prix Aurora 2021. Je l'ai accueilli avec beaucoup d'émotions », a souligné J. Lusenge tout en exhortant les femmes congolaises à œuvrer dans l'amour, l'unité et le partage. 

En ce qui concerne la subvention d’un million de dollars, la directrice exécutive du FFC a précisé que ces fonds vont contribuer à la mise en œuvre des projets à caractère social. 

« C'est un prix qui vient avec un financement pour les projets. Dans notre dossier, nous avions déjà soumis les propositions des projets qui seront mis en œuvre. La cagnotte va être distribuée entre 3 organisations pour soutenir les veuves, les orphelins et autonomiser les femmes », a-t-elle indiqué. 

À titre de rappel, J. Lusenge a été auréolée de plusieurs autres prix dont Ginetta Sagna, délivré en 2016 par Amnesty International USA et International Women’s Rights Award délivré durant le sommet de Génève pour les droits de l’homme et la démocratie en 2018. Elle est aussi chevalière de la Légion d’honneur (France).

Merveil Molo