RDC : une structure déplore la persistance des tueries au Nord-Kivu et en Ituri malgré l’état de siège

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Dans un communiqué publié le 17 mai 2026 à l’occasion de la 29e commémoration des Forces armées de la RDC (FARDC), la Société civile Forces vives de la RDC (SCFV-RDC) déplore la persistance des massacres en Ituri et au Nord-Kivu, malgré l’instauration de l’état de siège depuis plus de cinq ans.

Selon cette organisation, les autorités refusent d’aborder cette question, « oubliant qu’on peut empêcher une personne de rire, mais qu’il est impossible de lui interdire de pleurer ».

La SCFV-RDC affirme que, vers 3 heures du matin le 28 avril 2026, après une attaque de la CRP contre une position des FARDC au village Ndje, dans le groupement Mayalibo, chefferie des Mambisa, un « carnage » ayant fait plus d’une centaine de victimes civiles s’en est suivi. Plusieurs corps n’auraient toujours pas été enterrés à ce jour.

« Bien que les FARDC soient présentes dans la région, la population continue de craindre pour sa sécurité. Des cadavres seraient encore sur le lieu du drame, faute d’accès à la zone. Grâce à l’appui de la MONUSCO, et à la demande insistante du médecin-chef de zone de Fataki, environ cent corps ont pu être ensevelis », indique le communiqué.

La structure cite également un autre massacre survenu le vendredi 15 mai 2026 à Maze, dans le groupement Ucha/Bahema-Nord. Par ailleurs, elle dénonce les incursions répétées des ADF dans le territoire de Mambasa, autrefois considéré comme relativement stable sur le plan sécuritaire.

« Biakato, Makumu et Lwemba constituent aujourd’hui le triangle de la mort, alors qu’ils regorgent de prétendus wazalendo venus du Nord-Kivu. Un bilan provisoire de plus de 50 civils tués a été enregistré. L’administration militaire prétend toujours avoir déjoué les attaques ou promet d’intensifier les opérations », poursuit le document.

Les forces vives s’indignent aussi du silence observé par les autorités nationales. Elles soulignent que ni lors de la conférence de presse du chef de l’État du 3 mai 2026, ni pendant les Conseils des ministres des 8 et 15 mai, ces événements n’ont été évoqués. Selon elles, l’administration militaire de l’Ituri chercherait à dissimuler ce drame.

Face à cette situation, la SCFV-RDC réitère son exigence d’une enquête mixte, indépendante et urgente afin d’établir les responsabilités, d’assurer l’inhumation des victimes et de traduire les auteurs devant la justice.

« Même après trois semaines, malgré toutes les informations reçues, le gouvernement provincial de l’Ituri demeure silencieux sur ce qui s’est réellement passé dans la région de Mayalibo et B’assa le 28 avril 2026. Lorsqu’il s’agit de l’asphaltage des voiries urbaines de Bunia, tous les communicateurs sont mobilisés. On ne se moque pas indéfiniment des morts », dénonce l’organisation.

La société civile affirme également soutenir les autres organisations de la société civile ayant dénoncé, dans un communiqué du 16 mai 2026, le rétrécissement de l’espace démocratique à travers des intimidations et menaces d’arrestation visant plusieurs acteurs de la société civile et défenseurs des droits humains.

Parmi eux figurent l’ingénieur Dieudonné Lossa, coordonnateur provincial de la Société civile Forces vives de l’Ituri, ainsi que son adjoint, poursuivis par l’auditorat militaire de Bunia en collaboration avec l’administration militaire provinciale pour avoir dénoncé le carnage de Djugu. Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO, aurait ainsi reçu des menaces en raison de ses prises de position.

La SCFV-RDC appelle enfin les autorités à prendre des mesures urgentes pour mettre fin à l’insécurité qui frappe les populations concernées.

L’organisation évoque aussi la résurgence d’Ebola en Ituri, qui aurait déjà causé plus de 60 décès, ainsi que plusieurs cas suspects. Elle exhorte les groupes armés actifs dans la province à respecter un cessez-le-feu et à déposer les armes afin de permettre le retour des déplacés dans leurs villages d’origine.

« Ebola pourrait provoquer des dégâts humains considérables s’il venait à se déclarer dans l’un des quelque 70 sites de déplacés qui accueillent plus de 100 000 personnes autour de Bunia, Lopa, Gina et Bule », avertit-elle.

La société civile demande enfin au gouvernement congolais ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers de venir en aide aux populations de Djugu et Mambasa, confrontées à une grave crise humanitaire. Elle appelle également le président Félix Tshisekedi à empêcher toute initiative susceptible de compromettre les enquêtes et de faire disparaître les preuves des crimes commis.

Christian Dimanyayi