Le professeur Félicien Kalala, spécialiste en droit constitutionnel, a estimé que la Constitution du 18 février 2006 ne répond plus entièrement aux réalités actuelles de la République démocratique du Congo. Il s'est exprimé ce vendredi 3 juillet à Kinshasa, lors d'un débat sur une éventuelle réforme de la Constitution organisé par le Conseil national de la jeunesse (CNJ).
Dans son intervention, articulée autour de trois notions (l'éveil patriotique, le volontariat et le patriotisme constitutionnel), l'ancien directeur de cabinet de la ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, a plaidé pour une réflexion sur l'évolution de la Loi fondamentale.
« Ces trois concepts replacent la jeunesse au cœur du débat sur l'avenir de l'État. La Constitution est l'âme juridique de la République et son évolution ne peut laisser les jeunes indifférents. À mes yeux, la Constitution du 18 février 2006 est aujourd'hui en décalage avec les réalités de la société congolaise et mérite d'être repensée », a-t-il déclaré.
Le constitutionnaliste a toutefois souligné que le principal défi demeure l'application effective des dispositions de la Constitution.
« Nous disposons d'une Constitution ambitieuse, mais l'État fonctionne souvent sur la base d'un ordre constitutionnel informel. Plus de 150 dispositions demeurent inappliquées. Par ailleurs, parler de l'accès des jeunes aux postes de décision suppose d'abord une démocratie réellement fonctionnelle. Aujourd'hui, beaucoup d'entre eux peinent même à être investis comme candidats par leurs partis politiques », a-t-il ajouté.
Cette prise de position est intervenue lors d'un débat ayant réuni plusieurs leaders de mouvements de jeunes aux opinions divergentes sur l'opportunité d'une révision constitutionnelle. Les partisans des réformes estiment que les jeunes, qui représentent près de 65 % de la population congolaise, doivent être davantage associés aux grandes orientations institutionnelles du pays.
À l'inverse, le coordonnateur de la plateforme Biso Peuple et membre de la C64, Gauthier Kasongo, a réaffirmé son opposition à toute réforme de la Constitution dans le contexte actuel.
« Engager une révision de la Constitution alors qu'une partie du territoire national, notamment le Nord-Kivu et l'Ituri, demeure sous état de siège serait contraire à l'esprit de la loi fondamentale. Notre priorité doit être son application effective. C'est pourquoi nous restons fermement opposés à toute révision dans le contexte actuel », a-t-il soutenu.
Ouvrant les travaux, le président du Conseil national de la jeunesse, Claude Mbuyi, a expliqué que cette rencontre visait à offrir aux jeunes un cadre d'expression sur les enjeux institutionnels. Il a rappelé que le débat sur la Constitution devait se dérouler dans un esprit de dialogue, de transparence et dans le respect de l'intérêt général.
À l'issue des échanges, Claude Mbuyi a annoncé que d'autres consultations seront organisées afin de recueillir les propositions de la jeunesse, lesquelles seront transmises aux autorités compétentes.
Junior Ika