Les résultats de l'Enquête démographique et de santé en République démocratique du Congo (EDS-RDC 2023-2024) révèlent qu'environ 8 % des accouchements sont réalisés par césarienne.
Bien qu'il soit faible par rapport aux besoins de la population, ce taux s'accompagne de nombreux préjugés autour de cette intervention chirurgicale qui consiste à pratiquer un accouchement en extrayant un fœtus viable à travers une incision de l'abdomen et de l'utérus de la mère.
Parmi ces préjugés figurent notamment l'enrichissement illicite des médecins, l'idée d'un échec de la femme qui n'a pas pu accoucher par voie basse, la limitation du nombre de grossesses, une prétendue malédiction sur la famille ou encore une période de récupération excessivement longue.
C'est dans ce contexte que la rédaction de 7SUR7.CD a rencontré un professionnel de santé ainsi que des femmes ayant accouché par césarienne afin d'échanger autour de cette autre voie d'accouchement, dite « par voie haute ».
Le Dr Kazadi Nkashama Bienvenu,Gynécologue-Obstétricien aux Cliniques universitaires de Kinshasa et au Centre Hospitalier de Bagnols-sur-cèze en France, affirme que la césarienne est indiquée lorsque l'accouchement par voie basse est impossible ou présente un risque important pour la mère, le fœtus ou les deux. Elle peut être programmée pendant la grossesse ou réalisée en urgence en cas de complication pendant le travail ou l'accouchement.
Le médecin souligne que cette intervention comporte de faibles risques pour le bébé, notamment une détresse respiratoire transitoire ou une dépression néonatale transitoire. En revanche, son principal avantage est qu'elle permet de sauver la vie de la mère et de l'enfant.
S'agissant des préjugés autour de cette intervention, le Dr Bienvenu Kazadi tient à les déconstruire.
« Il est important de rappeler qu'aucun médecin responsable ne propose une césarienne sans indication médicale. Cette décision repose sur des critères scientifiques et sur les recommandations des sociétés savantes. Il peut exister des comportements isolés, comme dans toute profession, mais il serait injuste de généraliser. La grande majorité des gynécologues-obstétriciens prennent cette décision uniquement dans l'intérêt de la mère et du bébé. Une césarienne inutile expose la patiente à des risques que nous cherchons justement à éviter. Il est donc essentiel de renforcer l'information du public et la confiance entre les soignants et les familles », a-t-il indiqué.
Cependant, précise le médecin, la césarienne ne limite pas le nombre de grossesses. En revanche, chaque césarienne augmente progressivement les risques chirurgicaux. C'est pourquoi une contraception est conseillée au couple après plusieurs accouchements, notamment à partir de quatre.
En ce qui concerne l'âge, ce gynécologue-obstétricien note que la césarienne peut concerner toute femme en âge de procréer, généralement entre 15 et 49 ans.
« Elle ne dépend pas de l'âge, mais d'une indication médicale. Toutefois, les grossesses précoces et celles survenant à un âge avancé sont davantage exposées aux complications pouvant conduire à une césarienne », soutient-il.
Le Dr Bienvenu invite par ailleurs les autorités sanitaires à renforcer les plateaux techniques des maternités, à assurer la disponibilité permanente des médicaments, du sang sécurisé, des anesthésistes et d'équipes qualifiées, à améliorer le système de référence des urgences obstétricales, à rendre les soins obstétricaux d'urgence plus accessibles financièrement et à renforcer les consultations prénatales.
Il encourage ainsi les femmes programmées pour un accouchement par voie haute à considérer cette intervention comme une manière différente de donner naissance, et non comme une simple opération chirurgicale.
De la décision médicale à l'acceptation
La rédaction a également rencontré des femmes ayant accouché par césarienne et qui en sont sorties saines et sauves.
Mme Grâce Issekama, mère de trois enfants nés par césarienne en raison d'un bassin rétréci diagnostiqué à la suite d'un scanner pelvien, explique que l'accouchement par voie haute était la solution la plus sûre. Elle raconte ses premiers instants après l'intervention.
« Mes premiers instants après l'intervention ont été marqués par deux sentiments totalement opposés : la douleur et la joie. La douleur parce que j'étais encore sous l'effet de l'anesthésie et que je ne pouvais ni me lever ni bouger normalement. Mais, en même temps, j'étais remplie de bonheur en découvrant mon bébé et en le prenant pour la première fois dans mes bras. C'est un moment que je n'oublierai jamais. Étant professionnelle de santé, j'ai toujours considéré la césarienne comme une véritable chance pour les femmes qui ne peuvent pas accoucher par voie basse. C'est une intervention qui permet de préserver la vie de la mère et de l'enfant. Après l'avoir vécue personnellement, cette conviction n'a fait que se renforcer. La récupération demande un peu de patience. En ce qui me concerne, après trois à six mois, j'ai retrouvé progressivement mes forces et j'ai pu reprendre mes activités normalement. J'avais bien sûr un peu peur, mais mon mari a su trouver les mots pour me rassurer. Il m'a dit : "Reste calme. Dieu est au contrôle de tout. L'intervention se passera très bien." », a-t-elle relaté.
De son côté, Nadine Mbuyi, mère de deux enfants nés par césarienne en raison de myomes empêchant un accouchement par voie basse, raconte son expérience.
« C'était un moment difficile après l'intervention. J'ai fait de fortes fièvres par la suite. Ce n'était pas facile. J'avais constamment besoin de l'assistance de quelqu'un, car je ne pouvais rien faire seule. Pour mon premier accouchement, les raisons étaient la présence de myomes et le dépassement du terme. À 42 semaines, je ne ressentais toujours pas de contractions et le col ne s'était pas dilaté. La césarienne était la seule option, d'autant plus qu'avant cette grossesse, j'avais fait deux fausses couches. Mon mari et moi étions bien préparés psychologiquement, au regard de tout ce que j'avais vécu auparavant. Les médecins et la famille nous avaient déjà préparés moralement. J'ai repris mes activités six mois après mon premier accouchement. Je n'arrivais plus à porter des talons ni à m'accroupir », a-t-elle dit à 7SUR7.CD.
Et de poursuivre : « En revanche, après mon deuxième accouchement, j'ai récupéré plus rapidement, en seulement deux mois. J'encourage les femmes programmées pour une césarienne, même si les salles qui vous accueillent ne sont pas les mêmes, à accepter cette situation, car nos cas ne se ressemblent pas. »
Les professionnels de santé recommandent aux femmes ayant accouché par césarienne de respecter les prescriptions médicales, de maintenir une bonne hygiène de la cicatrice, de consulter rapidement en cas de fièvre, de douleur importante ou de saignement anormal, de reprendre progressivement la marche afin de réduire le risque thromboembolique (formation de caillots sanguins), d'assurer un suivi médical régulier et d'espacer les grossesses grâce à une méthode contraceptive adaptée. Selon eux, il est préférable d'attendre au moins un an avant une nouvelle conception afin de permettre une bonne cicatrisation de l'utérus.
Par ailleurs, une femme ayant déjà subi une césarienne peut, lors d'une grossesse ultérieure, accoucher par voie basse (AVAC). Cette possibilité dépend toutefois de plusieurs critères, notamment le fait de n'avoir eu qu'une seule césarienne antérieure, son indication, le type d'incision utérine, l'intervalle entre la césarienne et la nouvelle grossesse ainsi que les conditions de la grossesse en cours.
En RDC, la gratuité de la maternité, lancée en septembre 2023 dans le cadre du premier volet de la mise en œuvre de la couverture santé universelle (CSU), l'un des axes prioritaires du premier quinquennat de Félix Tshisekedi, prend également en charge la césarienne.
Christel Insiwe