Le Dr Denis Mukwege condamne la suspension des activités académiques dans plusieurs régions de la République démocratique du Congo, ainsi que les nominations de nouvelles autorités académiques dans les établissements d’enseignement supérieur et universitaire situés dans les zones occupées par l’AFC/M23 et leurs alliés.
Dans une déclaration publiée ce mercredi, le prix Nobel de la paix estime que « l’éducation de nos jeunes est sacrée et non négociable ».
Il dénonce, d’une part, les nominations opérées par les mouvements armés AFC/M23/RDF dans les zones sous leur contrôle et, d’autre part, la décision de Kinshasa portant suspension des activités académiques.
Pour Denis Mukwege, ces mesures aggravent les difficultés auxquelles sont confrontées les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Il évoque notamment la fermeture des aéroports et des banques, les restrictions de l’aide humanitaire et de la circulation des populations.
« Après la fermeture des aéroports, la fermeture des banques, la restriction de l’aide humanitaire et des mouvements de la population, la fermeture des universités vient resserrer l’étau sur 12 millions de nos compatriotes du Nord et du Sud-Kivu abandonnés à leur triste sort », déplore-t-il.
Le gynécologue congolais estime que les jeunes sont déjà durement affectés par « le chômage, les détournements présumés de fonds destinés à leur épanouissement, le recrutement forcé dans des groupes armés et les violences qui endeuillent les familles ».
Il considère dès lors que la privation d’accès à l’éducation constitue une « ligne rouge inacceptable », qui risque de compromettre davantage leur avenir et leurs aspirations.
Denis Mukwege s’interroge également sur les circonstances entourant ces différentes mesures. Il évoque « des coïncidences troublantes » et estime qu’elles soulèvent des interrogations sur une possible coordination entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre les autorités congolaises et les mouvements armés.
Le prix Nobel de la paix redoute également ce qu’il qualifie d’« épistémicide lent », après ce qu’il décrit comme un « génocide silencieux ». Selon lui, une telle situation pourrait affecter durablement les capacités des générations futures à penser, rechercher et produire des connaissances.
Face à cette situation, Denis Mukwege appelle les acteurs étatiques et non étatiques engagés dans la recherche d’une solution à la crise congolaise à faire de l’éducation des enfants une priorité dans les différents processus en cours. Il demande également une participation significative des jeunes Congolais aux discussions portant sur les questions qui les concernent directement.
Enfin, Denis Mukwege exige la fin de ce qu’il qualifie d’« instrumentalisation et d’ingérence dans la gestion des établissements scolaires et universitaires par les militaires ». Il appelle à la reprise sécurisée des cours sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les zones occupées.
Le gouvernement congolais a suspendu, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques pour l’année 2026-2027 dans onze établissements publics d’enseignement supérieur situés à Goma (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu). Cette décision fait suite à la dénonciation, par Kinshasa, de nominations jugées illégales et parallèles opérées par la rébellion de l’AFC/M23 au sein des comités de gestion de ces institutions.
Raphaël Kwazi