Le Laboratoire d’anthropologie politique, du développement et d’analyse de la vulnérabilité a organisé, ce jeudi 28 octobre 2026 à Kinshasa, un colloque consacré aux politiques publiques en matière de vulnérabilité et de développement inclusif en République démocratique du Congo (RDC).
Invitée à ces assises, la ministre déléguée en charge des Personnes vivant avec handicap et autres personnes vulnérables (PVH-APV), Me Irène Esambo Diata, a présenté les réformes engagées depuis 2019, tout en mettant en lumière les défis persistants et les perspectives d’avenir.
Intervenant autour du thème de la transformation sociale en RDC, entre mythe et réalité, elle a dressé un état des lieux de la vulnérabilité et de l’action gouvernementale menée de 2019 à ce jour.
Me Irène Esambo a souligné que la question du handicap occupe progressivement une place plus importante dans les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir du président de la République, Félix Tshisekedi, en 2019. Cette orientation s’est traduite par des réformes juridiques, institutionnelles et administratives destinées à promouvoir les droits, l’autonomie et l’inclusion sociale des personnes vivant avec handicap.
Selon la ministre, la mise en place d’un cadre légal et réglementaire consacré à la protection et à la promotion des droits des personnes vivant avec handicap, dans le prolongement du processus de mise en œuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, figure parmi les principales réalisations présentées.
Elle a également évoqué les mesures d’application de la loi organique n° 22/003 du 3 mai 2022 portant protection et promotion des droits des personnes vivant avec handicap, qui ont contribué à structurer davantage l’action publique dans ce domaine.

Ces réformes ont également permis la mise en place d’une administration publique spécifiquement dédiée aux PVH-APV, avec, selon les éléments présentés, l’intégration de plus de 1 000 personnes vivant avec handicap au sein de la fonction publique. L’installation progressive des divisions provinciales constitue, elle aussi, une étape importante dans le rapprochement de l’administration des bénéficiaires à travers le pays.
Abordant la dimension économique de l’inclusion, Me Irène Esambo Diata a mis en avant la création du Fonds national d’appui à l’autonomisation et à l’accessibilité des personnes vivant avec handicap et autres personnes vulnérables (FONA-PVH).
Cet établissement public est appelé à mobiliser des ressources pour soutenir les initiatives d’autonomisation, les projets générateurs de revenus et l’entrepreneuriat des personnes vivant avec handicap.
La ministre a également évoqué le projet de mise en place du Centre africain d’apprentissage des métiers de handipreneuriat et d’innovations (CAMHI). Cette initiative ambitionne de renforcer les compétences professionnelles et entrepreneuriales des personnes vivant avec handicap, de favoriser leur accès aux opportunités économiques et de promouvoir leur participation aux marchés publics aux niveaux national, régional et international.
À travers ces mécanismes, l’objectif est de faire évoluer le secteur du handicap d’une approche essentiellement humanitaire vers une dynamique fondée sur les droits, la formation, l’autonomie économique, l’innovation et la participation active au développement.
Malgré ces avancées, la ministre a relevé plusieurs obstacles qui continuent de freiner la pleine inclusion des personnes vivant avec handicap en RDC.
Elle a notamment pointé la faiblesse des allocations budgétaires consacrées au secteur, le poids de certaines coutumes défavorables aux personnes handicapées, ainsi que les discriminations persistantes au sein de la société.
La ministre déléguée en charge des Personnes vivant avec handicap et autres personnes vulnérables a également attiré l’attention sur certaines insuffisances du cadre constitutionnel, notamment la manière dont les personnes du troisième âge et les personnes vivant avec handicap sont regroupées dans les dispositions relatives à la protection des personnes vulnérables, alors que leurs besoins et les réponses à y apporter nécessitent une prise en compte spécifique.
Selon elle, ces défis appellent à un engagement renforcé des pouvoirs publics, des chercheurs, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de l’ensemble de la société.
À l’issue des échanges, les organisateurs du colloque ont exprimé leur volonté d’accompagner les initiatives engagées dans le secteur du handicap à travers un partenariat axé sur la recherche scientifique.
D’après ces derniers, les axes stratégiques de la Politique nationale du secteur du handicap pourraient ainsi constituer des domaines de recherche, d’analyse et de production de connaissances susceptibles d’éclairer les décisions publiques et d’améliorer l’efficacité des politiques d’inclusion.
Linda Lusonso