Feuille de route du comité préparatoire au dialogue : L’alternance renvoyée aux calendes grecques 

Lundi 29 août 2016 - 09:51
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Le comité préparatoire au dialogue a clos ses travaux, le samedi 27 août 2016, par l’adoption d’une feuille de route qui fixe la trajectoire de ce forum. Retourné dans tous les sens, ce document qui vole sa souveraineté au peuple congolais contient des pièges qui font la part belle au chef de l’Etat, Joseph Kabila. Se servant d’Edem Kodjo et d’une opposition aveugle, la Majorité présidentielle a réussi son coup, renvoyant l’alternance démocratique tant espérée aux calendes grecques.

 

On sait désormais de quoi sera fait le dialogue politique national et à quoi il va aboutir. Samedi à Béatrice Hôtel, les délégués aux travaux du comite préparatoire au dialogue ont finalement adopté La feuille de route qui sert de plan de vol au forum national. Le fameux document en fixe le cadre et le format tout en circonscrivant ses objectifs.

 

Les concepteurs de cette feuille de route, aussi subtils qu’ils puissent être, ont oublié l’adage qui dit qu’à malin, malin et demi. Ils ont fait endosser au facilitateur un scénario écrit plusieurs mois à l’avance. Pour l’essentiel, Edem Kodjo et ses complices émettent des principes généraux et les détruisent au même moment. Dans leur démarche, lis pensent rouler tout le monde dans la farine. Mal leur en a pris car, par principe, une supercherie ne peut résister à l’épreuve du temps et de l’analyse.

 

Le dialogue a été voulu comme un cadre idéal pour « améliorer le processus électoral, régler les contradictions et pré venir les crises politiques pouvant en découler». Les délégués au comité préparatoire ont exprimé le désir de voir leur feuille de route aider à « mettre en place un cadre clair pour le lancement dans les meilleurs délais, et le déroulement, dans les meilleures conditions d’échanges entre les parties prenantes congolaises dans le but d’un dialogue politique inclusif sur des bases claires et consensuelles ».

Cet énoncé pèche par le fait que jusqu’à la clôture des travaux du comité préparatoire, la question de l’inclusivité n’a pas été réglée. Ce point d’ancrage risque de compromettre le reste de discussion en ôtant du dialogue son caractère « cadre clair» tant espéré.

 

DES « PRINCIPES CONDUCTEURS » PROTECTEURS

Quid ? Dans les principes directeurs, la Majorité présidentielle a réussi à introduire des dispositions qu’elle pourrait certainement brandir à tout moment comme dés piques en cas de discorde persistante.

 

Le comité préparatoire s’est fixé le devoir de se plier au «respect de la Constitution de la République démocratique du Congo de 2006, telle qu’amendée en 2011, et des lois de la République; ainsi que la mise en œuvre de la résolution 2277(2016) du Conseil de sécurité des Nations unies et des autres résolutions et textes pertinents».

 

Quels sont ces textes pertinents dont fait mention la feuille de route du dialogue? N’est-ce pas, entre autres, l’ordonnance du chef de l’Etat d’octobre 2015 convoquant le dialogue de même que l’arrêt en interprétation de l’article 70 de la Constitution rendu en son temps par la Cour constitutionnelle ? A bon mentir, qui vient de loin. La majorité au pouvoir a tout mijote afin d’assurer à son autorité morale la prolongation de son deuxième et dernier mandat dont le terme arrive le 20 décembre 2016.

 

Dans leur feuille de route, les délégués au comité préparatoire ont pris « l’engagement de promouvoir le dialogue et la résolution pacifique des différends dans un esprit de compromis, en accordant la primauté à l’intérêt national bien compris ». L’on se moque de qui? En quoi consiste la primauté de l’intérêt national quand tout est fait pour permettre à Joseph Kabila de rempiler, quand on sait qu’il existe au niveau du bureau de la Chambre basse du Parlement un projet de constitution. La MP ne fait pas mystère sur l’organisation prochaine d’un référendum pour le changement de la Constitution actuelle.

 

LA DÉCRISPATION COMPROMISE

La MP a recouru à un bluff pour flouer l’opinion nationale et internationale. Cela en procédant à une déclaration super médiatisée relative à la libération des prisonniers politiques et d’opinion. Sur le terrain, rien n’est venu confirmer cette déclaration qui pue la démagogie à mille lieues. La feuille de route a révélé les vraies intentions de la MP en faisant dire aux participants qu’ils affirment leur détermination « à renforcer l’Etat de droit par le respect des valeurs de la démocratie, notamment la tolérance, la solidarité …, le respect des décisions de justice, la soumission aux lois et règlements, la redévabilité, la bonne gouvernance et l’alternance démocratique résultant des élections ».

« Respect des décisions de justice », qu’est-ce à dire ? Tout simplement ceci que les mesures de libération décrétées ces derniers temps par le ministre de la Justice - qui n’en a d’ailleurs pas qualité selon les spécialistes du droit - peuvent être balayés à tout moment. Autrement, les condamnations des activistes de Lucha, Filimbi et d’autres tels que Christopher Ngoy restent en vigueur.

 

C’est à se demander si les participants comprennent quelques chose à ce qui a été lu en leur nom. « L’alternance démocratique résultant des élections ». Cette disposition renvoie au fait que Joseph Kabila peut rester au pouvoir tant qu’il n’y aura pas d’élections. C’est très habile mais la mayonnaise ne prend pas aussi facilement !

 

En outre, la chronologie même de l’ordre du jour du dialogue proprement dit en rajoute à cette supercherie de la MP. Celui-ci commence par l’évaluation du processus électoral, suivi du fichier électoral. La séquence des élections ne vient qu’en troisième position. Autrement dit, la Céni qui a été embrigadée par la MP, prendra tout son temps pour boucler l’évaluation du processus et du fichier électoral. En clair, les élections ne sont plus une urgence et, par conséquent, l’alternance démocratique est renvoyée aux calendes grecques.

 

UNE INCLUSIVITÉ AU RABAIS

‘ Les délégués au comité préparatoire affirment le principe de « l’indusivité du dialogue dans toute la mesure du possible de sorte qu’il puisse tenir compte des préoccupations pertinentes de toutes les composantes de la nation congolaise, notamment les femmes, les jeun es et la diaspora ».

Cet énoncé veut dire que le dialogue peut se tenir avec des délégués disponibles, soit « dans la mesure du possible ». Ainsi, qu’importe si les autres, à l’instar du « Rassemblement», devaient jouer aux abonnés absents. Belle astuce de la Majorité pour isoler Tshisekedi et ses alliés.

 

KODJO, UN FACILITATEUR TOUT PUISSANT

Avec cette feuille de route, la majorité au pouvoir a gagné son pari. Elle a fini par imposer son rythme. Il ne pouvait pas en être autrement, ayant déjà dans sa poche le facilitateur Edem Kodjo. Pour preuve, la feuille de route renforce le pouvoir du facilitateur reléguant le groupe de soutien international à la facilitation au rôle de simple observateur.

«Le facilitateur est l’animateur principal de l’ensemble du processus de dialogue national », « les membres du groupe de soutien apportent au facilitateur l’appui dont il a besoin dans l’accomplissement de sa tâche, et ce, à sa demande ».

 

Edem Kodjo est fait roi du Congo au point où il lui a été octroyé le pouvoir de désigner 25 personnalités au dialogue « après les consultations d’usage, pour assurer une indispensable péréquation ». Il est plus qu’un régent, il est tout puissant.

 

UN LIÈU À PROBLÈME

 

L’autre intrigue, c’est le lieu d’e la tenue du dialogue. « Les travaux du dialogue proprement dit se tiennent à Kinshasa. Les lieux où se tiennent les travaux du dialogue proprement dit sont soustraits à la présence du public et de toute personne non invitée. Ils sont inviolables ». Selon certaines indiscrétions Edem Kodjo pencherait plutôt pour la Cité de l’Union africaine ; un site quadrillé par la Garde républicaine. Ce qui, selon des observateurs, constitue un frein à la sincérité des débats.

 

A tout prendre, la MP est parvenue à imposer son tempo au dialogue. Elle en a totalement le contrôle, aidée dans la mise en place de son plan de maintien au pouvoir de son autorité morale, Joseph Kabila, par un facilitateur acquis à sa cause. Quoi qu’adoptée, la feuille de route est une passerelle pour la pérennisation du pouvoir du Raïs.

Le « Rassemblement » a jusqu’au 1er septembre 2016, date d’ouverture du dialogue, pour se décider.

LE POTENTIEL

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