«L'accord trouvé me satisfait car il répond à l'exigence d'une alternance démocratique pacifique» J-L Bussa

Publié jeu 15/09/2016 - 09:21

Le député nationalJean-Lucien Bussa est au coeur des négociations politiques qui se déroulent à la cité de l'OUA pour mettre fin à la crise politique. Le président du CDER et de la plate-forme FDE s'est confié le mercredi 14 septembre tard dans la nuit à la rédaction de 7SUR7.CD. Évidemment, il est revenu sur les péripéties qui ont conduit à surmonter le blocage politique suite à la divergence entre majorité et opposition sur la question de la séquence électorale. L'accord trouvé selon lui permet d'envisager une alternance démocratique pacifique dans un délai raisonnable. Il ne voit pas une autre alternative pour sauver le pays et préserver la constitution. Il ne veut pas non plus d'une insurrection car celle-ci n'offre pas de garantie quant au respect de la loi fondamentale. Cependant, il veut que les responsables de la crise dont la solution se dessine peu à peu soient sanctionnés. La démission du gouvernement s'impose dit-il. Autant que la restructuration de la Ceni d'après lui. Sur la question des préalables, Bussa pense qu'ils sont importants mais ne sont pas ne sont pas l'enjeu majeur des Congolais: une alternance pacifique. Ci-dessous l'interview dans son intégralité.

1. L'Accord trouvé le mercredi 14 septembre entre majorité et opposition sur la séquence électorale vous satisfait-il?

J-L Bussa : pour l'opposition, la présidentielle était prioritaire. On ne pouvait pas accepter qu'elle soit renvoyée aux calendes grecques. Or accepter de commencer par les Locales et municipales comme le suggérait la majorité revenait à donner un 3è mandat au président Kabila au regard de toutes les contraintes que posent ce scrutin. Nous avons dit que cette séquence était la ligne rouge qu'il ne fallait pas franchir et qui nous avaient conduit à suspendre notre participation au dialogue.
L'accord trouvé me satisfait car il répond à l'exigence d'une alternance démocratique pacifique, la première de notre Histoire, elle se profile à l'horizon. Les termes de cet accord sont les suivants: «l'organisation des élections présidentielle, législatives et provinciales en une séquence. Les élections locales sont organisées concomitamment avec les trois premières si les moyens techniques et financiers le permettent». Il appartient désormais à la Ceni et à l'OIF de nous proposer un calendrier.
L'accord n'est pas parfait mais c'est le seul qui pouvait être obtenu au regard des positions divergentes. Mais nous considérons que les élections municipales et locales sont aussi importantes et constitutionnelles mais la complexité de leur organisation et les défis techniques et financiers qu'elles posent nous a amenés à ne pas les lier à la présidentielle, aux législatives et aux provinciales qui elles, sont exigibles.
L'accord respecte la constitution en ce qu'il ne viole pas l'article 220. Il respecte aussi la résolution 2277 les principes directeurs contenus dans la feuille de route adoptée au comité préparatoire. Accepter de commencer par les locales comme le souhaiter la majorité auraient vider le sens de l'alternance démocratique car l'attente populaire est focalisée sur la présidentielle. Accepter les locales revenait aussi à violer la constitution et la résolution 2277.

2. Qu'en est-il finalement du délai constitutionnel de la présidentielle?

JLB: nous sommes dans une impasse et tout le monde le sait. Et nous savons d'où ça vient. Maintenant il faut une réponse. Nous considérons que nous ne pouvons pas aller au delà de 2017. Si l'on considère que la refonte totale du fichier prendra 10 mois et demi à partir de juillet 2016, il est clair que le délai à convenir doit être le plus court possible pour que l'élection se tienne à la date nécessaire. La période d'intérim doit être la plus courte possible. Les experts doivent nous dire au vu de toutes les contraintes techniques et non politiques quand pourra se tenir la présidentielle. Le délai ne doit pas être déterminée pour des raisons politiques. L'idéal est donc que la présidentielle se déroule l'année prochaine au vu des contraintes.

3. Quid du financement des élections? Êtes-vous rassurés?
JLB: en 2006, lorsque la volonté politique y est, au niveau national, et lorsque la communauté internationale s'implique, les moyens suivent. Il est vrai qu'on ne va pas dépendre de l'extérieur. Mais l'enjeu aujourd'hui de la présidentielle est tellement important que la communauté internationale va s'impliquer à côté de la RDC. La raison est simple: la rébellion, les troubles, l'insurrection coûtent chères sur le plan financier, humain et matériel que l'accord politique.
4. Quel est le rôle de la communauté internationale dans l'accord trouvé? Les pressions y sont- elles pour quelque chose?

JLB: ce que je sais, nous avons discuté sous la facilitation de Edem Kodjo. L'expertise internationale nous a servis. Je pense que les conseils des délégués de la communauté internationale nous ont aidés.
Mais ce qui est vrai la solution ne pouvait pas être trouvée si les congolais ne s'étaient pas mis d'accord. Parce qu'à un moment donné le facilitateur nous a enfermés. Il nous a dit de discuter entre nous et de lui sortir une réponse qui permet au peuple congolais d'espérer. Une

Une réponse qui respecte la Résolution 2277 et la constitution. On étaient seuls. Face à face. D'un côté la majorité représentée par Alexis Thambwe Mwamba, Néhémie Mwilanya, She Okitundu, Aubin Minaku et André Kimbuta, et de l'autre côté pour le compte de l'opposition: Vital Kamerhe, Jean-Lucien Bussa, Samy Badibanga et José Makila.
Il n'y avait pas un seul occidental dans la pièce. Ils nous ont dit c'est une affaire congolo-congolaise. «Trouvez un accord nous vous avons tracé juste un cadre: résolution 2277 et constitution ainsi que feuille de route. Mais la solution doit venir de vous» a dit la communauté internationale. Nous avons discuté toute une nuit le 12 septembre sans y parvenir. Puis l'étincelle est venue le 14 septembre après 5 heures des discussions franches, chaudes, argument contre argument entre intellectuels mais surtout comme des citoyens. La réponse est venue par nous-mêmes. La majorité nous a démontrés que les locales étaient aussi importantes. On a donc trouvé un accord possible. Oui aux locales dans la mesure du possible sans les coupler nécessairement à la présidentielle qui elle est prioritaire du fait que c'est elle qui est à l'origine de la crise actuelle pour sa non-tenue dans le délai constitutionnel.

4. Quelle est la garantie que vous avez que l'accord trouvé sera appliqué?

JLB: on a pas encore signé un accord. Le dialogue se poursuit. On était bloqué sur un point seulement: la question de la séquence.
Les garantie de bonne application de l'accord une fois signé doivent être trouvées. Le groupe de soutien international peut se muer en comité d'accompagnement comme ce fut le cas sur le régime 1+4 de 2003 à 2006. Tout le monde contrôlait tout le monde. Et chacun veillait a la réalisation des objectifs communs. Cela va nous aider à donner des dates et à les respecter.

5. Y avait-il une autre alternative à côté de cet accord?

JLB: je n'en vois pas! Je ne pense pas que la révolution populaire ou l'insurrection va nous permettre de préserver la constitution dans ses dispositions intangibles. Un coup d'État encore moins, solution extrême à prohiber. Celui-ci ne peut garantir l'alternance démocratique et ne peut hisser au sommet de l'Etat un démocrate. Est-ce que ceux qui ne sont pas d'accord avec nous alors qu'ils sont d'accord avec la Résolution 2277, peuvent-ils nous donner une alternative crédible par rapport à notre schéma?

6. Que fait-on des «coupables» de la non tenue de la présidentielle dans le délai constitutionnel?

JLB: Nous avons été très clairs! Le président ne doit pas être primé pour cela. Le gouvernement doit démissionner. La Ceni doit être recomposée, c'est une question de management qui ne prendra pas beaucoup de temps. Les institutions responsables de cette situation doivent payer le prix. C'est logique.

7. Quid des préalables ( libération des médias et prisonniers)?

JLB: Nous allons nous battre pour les préalables. Mais l'enjeu principal c'est l'alternance démocratique. Je veux que les prisonniers soient libérés, c'est l'essentiel. Je veux la réouverture des médias, c'est essentiel. Mais c'est pas ça l'enjeu principal. Les congolais veulent un autre président: l'alternance. Ne désorientons pas le débat. L'enjeu politique majeur demeure le changement pacifique à la tête de l'Etat.

Propos recueillis par Israël Mutala