Prof André Mbata : «Désarroi et angoisse existentielle au PPRD/FCC : le "Carton rouge à vie" décerné par le constituant au Sénateur Joseph Kabila empêché de revenir à la Présidence de la République»

Publié lun 11/11/2019 - 11:02
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Contexte

Depuis la tenue à Lubumbashi de la réunion d’évaluation de l’ancien parti au pouvoir, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (?) (PPRD), après sa débâcleà l’électionprésidentielle du 30 décembre2018 qui avait été gagnée par Felix Antoine Tshisekedi, plusieurs responsables de ce parti sont montés au créneau et ontmultiplié des déclarations selon lesquelles Mr Joseph Kabila, l’ancien président de la République et « Autorité morale » de ce parti et du Front commun pour le Congo (FCC) devenu « Sénateurà vie » pouvait candidaterà l’électionprésidentielle de 2023.

Aussi curieux que cela puisse paraître, la première personne à monter au créneau a été MrRamazani Shadary, SecrétairePermanent du PPRD qui avait été le dauphin de Joseph Kabila et le candidat malheureux du PPRD et du FCC à l’électionprésidentielle de 2018. Il avait été suivi par Prof Néhémie Mwilanya, le dernier Directeur de Cabinet de l’ancien Président et par Mr Atundu Liongo, le porte-porte-parole du FCC.

Au PPRD et au FCC, il n’y a pas de plus grand constitutionnaliste que Prof Evariste Boshab envers qui Prof André Mbata a toujours eu le plus profond respect en dépit de leurs divergences au plan scientifique. Le monstre sacré du droit constitutionnel du camp de l’inanition de la Nation ne s’était pas encore exprimé en dehors des communicateurs et des constitutionnalistes autoproclamés qui y sont légion. Il fallait donc se réserver. Cependant, la réserve n’avait plus de raison d’être après des signaux qui montraient clairement qu’il n’y avait aucun ouvrage en gestation qui s’intitulerait Entre le retour à la présidence du Sénateur à vie (JKK) et l’inanition de la Nationet que les propos de ses trois camarades précités exprimaient la volonté de l’écrasante majorité de leur parti et de leur regroupement politique de revoir Joseph Kabila à la tête du pays.

Comme au temps du débat sur le troisième mandat présidentiel pourtant constitutionnellement interdit par l’article 220 de la Constitution de la République Démocratique du Congo (RDC) du 18 février 2006, le peuple congolais se trouve désabusé par une élite obscurantiste qu’AiméCésaire ou Frantz Fanon aurait simplement qualifiéed’«élite décérébrée ». En prétendant qu’aucune disposition constitutionnelle n’interdit au Sénateur à vie Joseph Kabila de revenir au pouvoir, cette élite confirme les propos du romancier nigérian Chinua Achebe dans The Anthills of the Savannah (les termitières de la savane) selon lesquels « les dictateurs ne sont pas nés. Ils sont plutôt fabriquéspar les courtisans » qui ne cessent de leur dire qu’ilssont « nés pour régner, et régner pour toujours ». L’on n’est donc pas surpris que Joseph Kabila soit réclamé moins de dix mois seulement après son départ de la présidence de la République.

Le problème posé relève essentiellement du droit constitutionnel qui est une branche à part entière du droit public. Toutefois, en DRC, la popularité de ce droit est telle que n’importe quel juriste, avocat, chercheur, professeur de droit, journaliste, et même un mécanicien peut se proclameret se faire applaudir comme constitutionnaliste sur base de quelques interventions sur les réseaux sociaux ou dans les médias alors qu’il n’a jamais enseigné, publié un seul article ni présenté une seule communication scientifique à une conférencede droit constitutionnel.

Pourtant, « le peuple périt faute de connaissance ». Un monde sans docteurs de la loi - les vrais ! – est un monde condamné à disparaître de façon particulièrement violente « (Claude Leclercq). C’est donc pour éclairer la Nation que l’Institut pour la démocratie, la gouvernance, la paix et le développement en Afrique (IDGPA) et l’Association congolaise pour l’accèsà la justice(ACAJ) avaient convenu de l’organisation d’une conférencesur l’éligibilité du sénateur à vie à la présidence de la République en droit constitutionnel congolais. Cette conférence a eu lieu le vendredi 9 novembre 2019 au siège de l’ACAJ à Kinshasa. La formulation du thèmede cette conférence ne laissait aucun doute sur le fait qu’il s’agissait d’une matière dedroit constitutionnel à ne pas confondre avec le droit commercial, le droit économique, le droit de la famille, le droit pénal ou toute autre branche du droit.

Les questions de droit constitutionnel ne peuvent être mieux appréhendées que par les constitutionnalistes et puisque la Nation congolaise connaît par leurs noms chacun de rares professeurs de droit constitutionnel à la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa, l’IDGPA et l’ACAJ avaient résolu de mettre autour d’une même table, face à la presse, deux deces constitutionnalisteséminentsqui comptent parmi les plus grands du continent et qui peuvent être considérés comme des doctrinaires ainsi qu’un avocat célèbre dans la défense des droits humains qui sont un important chapitre du droit constitutionnel.

Prof Jean-Louis-Esambo avait fait partie des experts qui avaient rédigé l’avant-projet de la Constitution pour le compte du Sénat. Il avait ensuite été désigné membre de la Cour constitutionnelle. L’histoire retiendra que les juges Profs Esambo et Banyaku Luape auront été les premiers – et jusque-là les seuls - àdémissionner de la Cour constitutionnelle en réaction à son instrumentalisation par l’ancien Président de la République au mépris flagrant de son indépendance affirmée dans la Constitution. Directeur exécutif de l’IDGPA, membre du Réseau des constitutionnalistes africains, expert de l’Union africaine pour la promotion du constitutionnalisme et de l’Etat de droit démocratique sur le continent, personne-ressource de l’Association des présidents des juridictions constitutionnelles africaines, Prof André Mbata avait suivi de très près les travaux de l’adoption de cette Constitution et celles de plusieurs autres pays africains. Quant à Me Georges Kapiamba, Président de l’ACAJ, il s’est investi depuis des années dans la défense du droit d’accès à la justice, y compris la justice constitutionnelle. L’on ne pouvait pas trouverde meilleur panel d’experts pour réfléchir sur la question de l’éligibilité du sénateurà vie à l’électionprésidentielle en droit constitutionnel congolais. Ci-dessous les grandes lignes de la communication du Prof André Mbata qui était l’orateur principal de la conférence.

 

Interprétation constitutionnelle et vrais-faux débats constitutionnels en RDC

Il est déplorable que l’écrasante majorité des étudiants, des avocats, des juges et des professeurs de droit qui s’improvisent constitutionnalistes en RDC ne soient pas outillés pour bien comprendre les questions de droit constitutionnel du fait des limites de leurs connaissances des méthodes d’interprétationconstitutionnelle. Ils ignorent généralement les principales méthodes en vogue en droit constitutionnel contemporain telles que les méthodes contextuelle, systémique, holistique et téléologique pour ne s’accrocher qu’à l’exégèse, l’interprétation littérale ou grammaticale. Pourtant, le constitutionnalisme moderne s’accommodemal d’une telle interprétation.

 

En outre, la plupart de nos juristes ont certes lu Montesquieu dans « L’Esprit des Lois ». Souvent, ils n’en n’ont retenu que le titre ou le principe de séparation des pouvoirs au lieu de l’esprit des lois ou des constitutions. Cet esprit ne réside pas dans une seule disposition. L’esprit des lois ou de la Constitution peut aussi se dégager du silence du législateur ou du constituant.

Pour mieux comprendre les questions à la base du faux débat imposé à la Nation par les « marchands du droit constitutionnel » et pouvoir y répondre, il convient d’aller au-delà de la lettre pour examiner l’esprit de la Constitution en partant de son préambule et de l’Exposé des Motifs qui consacre «l’alternance démocratique » parmi les principes devant régir l’organisation et le fonctionnement des institutions de la République jusqu’aux dispositions intangibles qui ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitionnelle.

S’agissant du statut de sénateur à vie, référence devrait également être faiteau Règlement intérieur du Sénat, à la loi no 18/021 du 26 juillet 2018 portant statut des anciens présidents de la République éluset au droit constitutionnel comparé.

 

Sénateurà vie, un sénateur bien particulier

Le Parlement congolais est un parlementbicaméral dans ce sens qu’il est constitué de deux chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat (Article 100). Les membres du Sénat portent le titre de Sénateur (Articles 104). Une distinction peut être faite entre les sénateurs à temps et les sénateurs à vie. Le titre de Sénateurà vie est un titre spécial reconnu aux anciens Présidents de la République élus. Le sénateurà vie diffère d’autres sénateurs sur plusieurs points.

  • Il est un ancien Président de la Républiqueélu ;
  • Son mandatn’est pas limité dans le temps (5 ans)et ne peut pas être suspendu ;
  • Il n’est pas élu par une Assemblée provinciale, n’a pas de suppléant  et ne peut pas êtreremplacé ;
  • Ilne représente pas une province;
  • Il n’est pas présenté par un parti ou un regroupementpolitique ;
  • Il n’est pas soumis aux conditions d’éligibilitéfixées par la loi électorale.

La Constitution du 1eraoût 1964 dite de Luluabourg avait été la première à prévoir le statut de sénateur à vie pour les anciens présidents de la République dans l’histoire constitutionnelle de la RDC (Article 75 in fine). Elle fut cependant de courte durée et personne n’en bénéficia puisqu’il n’y avait pas d’ancien Président de la République.Joseph Kabila est le premier et jusque-là l’unique à en jouir sous l’empire de la présente Constitution. La Constitution italienne de 27 décembre 1947 fait aussi des anciens Présidents de la République des membres de droit à vie du Sénatitalien (Article 59).

 

Peut-on renoncer au statut de Sénateurà vie en droit constitutionnel congolais ?

En adoptant la Constitution du 18 février 2006, le constituant congolais était déjà informé des dispositions pertinentes de la Constitution française de 4 octobre 1958, de la Constitution italienne du 27 décembre 1947et de la Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 au sujet des anciens présidents de la République.

La Constitution étrangère la plus citée dans le débat actuel au Congo est celle de la République française qui dispose en son article 56 que les anciens Présidents de la République sont de droit membres à vie du Conseil constitutionnel.

 

Certains anciens Présidents de la République ont dû y renoncer. L’autorité d’une telle référence est contestable car le Conseil constitutionnel, dont lesmembres sont nommés par le Président de la République, n’est pas l’équivalent du Sénat congolais et il diffère aussi de notre Cour constitutionnelle.

Par ailleurs, contrairement aux juristes congolais qui ne jurent que par la France et la Belgique en raison de leur formation dans ces pays, la lecture du Préambule, de l’Exposé des Motifs, des dispositions constitutionnelles telles que l’article 1erqui institue un Etat de droit démocratique, l’article 64 qui impose à tout Congolais le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution, l’article 220 qui énumère les matières ne pouvant faire l’objet d’aucune révision constitutionnelleet celle de plusieurs autres dispositions constitutionnelles, l’on ne saurait parler de mimétisme. La Constitution congolaise n’est pas la petite sœur de la constitution française de 1958. Elle n’est pas non plus une copie de la Constitution belge telle que révisée à ce jour. La Belgique est une monarchie constitutionnelle et non une République comme la RDC. Il existe évidemment des similitudes dues à l’internationalisation du droit constitutionnel mais parler de mimétisme relèverait d’un formatage français ou belge de certains esprits.

Que le porte-parole du FCC ait évoqué le cas de l’abdication volontaire ou de la démission momentanée du Roi qui ne voulait pas être associé à une certaine législation qui irritait sa conscience et sa croyance et qui repris aussitôt la plénitude de ses pouvoirs lève un coin de voile sur l’esprit qui avait toujours animé ces tambourinaires qui préconisaient une « monarchie présidentielle » sous Joseph Kabila.

Au sujet de la renonciation des anciens Présidents de la République, la meilleure référence aurait été la Constitution ivoirienne et la Constitution italienne qui disposent qu’un ancien Président est membre de droit à vie du Conseil constitutionnel (Cote d’Ivoire) ou du Sénat (Italie), « sauf renonciation de leur part » (Article 128 de la Constitution ivoirienne et Article 59 de la Constitution italienne).Le Constituant congolais du 18 février 2006 qui en était informé aurait pu s’inspirer de ces dispositions des constitutions italienne et ivoirienne s’il voulait reconnaître aux anciens Présidents de la République le droit de renoncer à leur statut de membre de droit à vie du Sénat, mais il a rejeté une telle option. En l’absence d’une disposition expresse qui l’autorise, un ancien Président de la République ne peut renoncer à son statut de sénateur à vie en droit constitutionnel congolais.

 

LeSénateur Joseph Kabila peut-il suspendre son mandat et se faire élire de nouveau Président de la République ?

            Afin de répondre à cette question, nos « vrais-faux constitutionnalistes » mettent également leurs jambes aux cous pour aller rapidement apprendre « La marseillaise du droit constitutionnel » et consulter la Constitution ainsi que la pratique constitutionnelle de « Nos ancêtres Les Gaulois » (?). De la France, ils rentrent avec des centaines de copies de « L’Esprit des Lois » de Montesquieu, mais sans avoir eux-mêmes l’esprit des lois. C’est aussi en dansant au rythme de leur chanson-fétiche « Vive le Raïs » ou « Mingi Mingi Raïs » qu’ils nous reviennent plus français que les Gaulois et se trompent naturellement d’audience lorsqu’ils croient convaincre en évoquant le cas de Nicolas Sarkozy qui après avoir siégé au Conseil constitutionnel comme membre de droit et à vie tenta de se présenter à une autre élection présidentielle.

Si ce n’est pas à la pratique politique française, les défenseurs du droit de retour à la vie politique des anciens Présidents de la République évoquent comme jurisprudence le schéma russe qui permit à Vladimir Putin de revenir à la présidence après une interruption au terme des deux mandats.

Pourtant, même pour ceux qui n’en ont amassé que des connaissances livresques et pour les moins travailleurs de nos étudiants, le droit constitutionnel français ou russe ne saurait servir de référence car il interdit uniquement à un Président de la République de rester au pouvoir pendant plus de deux mandats successifs ou consécutifs (Article 6 de la Constitution française ; Article 81 de la Constitution de la Fédération de Russie).

En adoptant la Constitution actuelle, « Nous, Peuple congolais » avions carrément rejeté un quelconque retour au pouvoir d’un Président de la République qui aurait accompli deux mandats présidentiels. C’est la raison pour laquelle le qualificatif « successif(s) » ou « consécutif(s) » n’est pas repris aux articles 70 et 220 de notre Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Si nous avions voulu revoir à la présidence nos anciens Présidents revenant après avoir accompli deux mandats à un moment ou un autre de notre vie politique, nous aurions fait comme les Français et les Russes mais nous avions totalement exclu qu’une personne puisse exercer la fonction présidentielle pendant plus de deux mandats.]

Toutefois, selon la Constitution qui fait de la RDC un état de droit démocratique respectueux des droits humains, nul ne peut être privé de son droit de danser, de chanter ou de rêver, endormi, assis ou même debout. Joseph Kabila, notre sénateur à vie ne reviendra plus jamais au pouvoir. Il est définitivement parti. Il est entré dans l’histoire et n’en sortira plus comme Président de la République. Lors du dernier sommet de la SADC auquel il avait pris part comme Président de la République, Joseph Kabila rêvait lui-même d’un « au revoir » alors qu’il s’agissait d’un « adieu » !

 

La Constitution : une épée de Damoclès sur la tête du Sénateur Joseph Kabila gratifié d’un « carton rouge inoxydable d’inéligibilité à vie »

C’est par un recours à plusieurs techniques d’interprétations, holistique, contextuelle, systématique, téléologique, holistique et mêmeexégétique qu’il est permis d’affirmer que le Sénateur Joseph Kabila ne peut plus jamais se présenter à une élection présidentielle en RDC. Il suffit de considérer le principe de l’alternance démocratique érigé en principe de gouvernement dans l’Exposé des Motifs, l’Etat de droit considéré comme le qualificatif fondamental de l’Etat à l’article 1er, le régime des incompatibilités consacrées par l’article 108 ainsi que la limitation de la durée (cinq ans) et le nombre (deux) des mandats fixés par les articles 70 et 220 de la Constitution. Le Sénateur à vie a définitivement emprunté « la route de non-retour » et n’assumera plus jamais de mandat présidentiel de son vivant. La Constitution qu’il avait lui-même promulguée constitue une impitoyable Epée de Damoclès contre toute éventualité de retour.

Enfin de compte, comme lors du débat sur le troisième mandat constitutionnel, l’article 220 de la Constitution s’apparente à un inoxydable « Carton Rouge » brandi à Joseph Kabila par l’arbitre constituant. Ce carton rouge est « à vie » comme son mandat de sénateur à vie lui-même. Il s’agit d’un carton rouge pour l’éternitéqui lui barre la route de retour à la fonction présidentielle.Il y a une vie après la présidence.

 

 

Le Sénateur Joseph Kabila qui avait fait valider son mandat ne peut revenir au pouvoir qu’en remplissant une simple condition: accepter de mourirpour ressusciter le troisièmejour ! Et même alors, il ne lui serait toujours pas permis de revenir parce qu’il en seraitalors à un troisième mandat formellement interdit par l’article 220 de la Constitution. C’est la raison pour laquelle il devrait ressusciter avec une nouvelleidentité pour être de nouveau éligible !

Une telle position est conformeà l’esprit et mêmeà la lettre de la Constitution qu’il avait juré d’observer et de défendre dans le serment qu’il avait prêté en 2006 et en 2011 lors de son élection et de sa réélection comme Président de la République.

Le sénateur à vie n’appartenant à personne. L’on aurait donc tort d’y voir un quelconque « acharnement » ou un discours de haine contre sa personne comme le prétendent certaines personnes qui s’autorisent àparler en son nom sans titre ni qualité et qui croient l’aimer plus qu’il ne s’aime lui-même.

Nombreux sont les politiciens qui auraient souhaité avoirle Sénateur Joseph Kabila comme concurrent ou adversaire à une électionprésidentielle au cours de laquelle il viendrait défendrele bilan qu’il avait réalisé lorsqu’il était aux affaires. Malheureusement pour eux et heureusement pour lui,  la Constitution en a décidéautrement en lui refusant un troisième mandat présidentiel.

 

Le sénateur à vie n’appartient pas à un parti ou à un regroupement politique

            Ses nombreux sympathisants devraientsavoir que le titre lui ayant été accordé par le constituant originaire (le peuple), le sénateur à vie qui ne représente pas une seule province, qui n’est pas élu et n’a pas de mandat limité dans la durée fait partie du patrimoine national quel qu’ait été la lourdeur du passif de son bilan. Il n’appartient à aucun parti ni regroupement politique qui puisse se l’approprier. Il n’appartientmême pas àlui-même, mais plutôt à la Nation tout entière. Dans ce contexte, il ne saurait même pas accepter ni exercer une responsabilité politique comme président ou même comme « autoritémorale » au risque de trahir tout un peuple.

Pour revenirau cas du Sénateur Joseph Kabila, les membres du FCC et surtout du PPRD devraient le laisser paisiblement jouir de la vie après la présidenceà laquelle il l’a droit surtout lorsque l’on raconte qu’il aurait sacrifié sa jeunesse pour servir son pays ! L’inciter à renoncer au statut de sénateur à vie reviendrait à le pousser à un suicide politique. Les instigateurs seraient tenus responsables d’un tel acte irresponsable qui ferait perdre au sénateur à vie tous les droits et avantages d’un ancien Président de la République élu, la protection politique et pénale que lui assure son successeur ainsi que les immunitésde poursuite contre les nombreux crimes autres que le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qu’il aurait commis ou qui auraient été commis sous sa présidence. Renoncerà son statut pour se lancer dans la reconquête de la présidence de la République ne serait pas dans l’intérêtdu Sénateur à vie, de sa famille ni des membres du PPRD et du FCC qui avaient œuvré sous son autorité et sont encore à ses côtés.

 

Le PPRD et le FCC appelés à considérer leur avenir politique sans Joseph Kabila

Le PPRD est le premier parti politique à revendiquer l’héritage idéologique de Mzee Laurent-Désiré Kabila qui ressemble à certains égards à celui d’Etienne Tshisekedi à l’UDPS. Les deux dirigeants demandaient constamment au peuple de « se prendre en charge » dans la reconstruction du pays.

Au lieu de se complaire dans la distraction et d’énerver continuellement notre peuple qui n’a pas oublié les nombreux cas de viols, vols, détournements de deniers publics, corruption, concussion, meurtres, assassinats et autres violations graves des droits de l’homme sous la présidence de leur « Autorité morale », les cadres du PPRD et du FCC devraient dorénavants’investir dans l’éducation politique de leurs membres et se prépareractivement aux élections de 2023 si jamais ils tiennentà reprendre une présidence de la République qui s’éloigne chaque jour davantage à cause de l’engagement nationaliste  du Président Félix Tshisekedi dont le mot d’ordre est de servir « Le peuple d’abord ».

Ils devraient se prendre en charge et se rendre à l’évidence que Joseph Kabila a fait son temps comme Président de la République et ne sera plus jamais candidat à une élection présidentielle. Ilsdevraienturgemment se donner de nouveaux leaders qui puissent les amener au pouvoir au lieu de continuer à être distraits par les mêmes personnes qui leur avaient fait perdre la présidence en 2018 et qui sont incapables de mieux faire en 2023. Cette question - et non celle d’une improbable réélection de Joseph Kabila à la présidence de la République – qui devait constituer le point le plus important à l’ordre du jour du séminaire d’évaluation et d’auto-évaluation du PPRD ne l’a malheureusement pas été. Lubumbashi aura ainsi été un rendez-vous manqué et un énorme gâchis politique et financier.

Le Président Joseph Kabila s’était toujours plaint qu’il y avait trop d’aventuriers dans son entourage et qu’il n’avait pas autour de lui une dizaine de collaborateurs sur qui il pouvait compter pour changer le pays. Les faits lui donnent raison. Par ailleurs, dans le chef des membres du PPRD ou du FCC, c’est une insulte, un outrage à l’endroit de notre peuple et une honte pour le pays que de continuer à dire à l’Afrique et au reste du monde, qu’aprèsenviron 20 ans de pouvoir et malgré la présence de nombreux porteurs de diplômes et de plusieurs professeurs d’universités dans leurs rangs, il n’y a toujours personne parmi eux qui soit compétent, capable et politiquement mûrpour prendre la place de Joseph Kabila.L’on comprend la piètre qualité d’hommes et de femmes dont il s’était entouré et qui ne pouvaient que contribuer à l’échec de son double mandat présidentiel. Les compatriotesne peuvent que compatir avec le sénateur Joseph Kabila qui aura été « un homme seul » pendant tout le temps qu’il était à la tête du pays.

En RDC, le ridicule ne tue pas. Les partisans de l’ancien Président auraient pu nous épargner et s’épargner eux-mêmes du ridicule causé par leur campagne médiatique sur sa rentrée politique qui révèle leurs propres insuffisances et l’échec de leur Autorité morale. En effet, le plus grand échec du Président honoraire est de n’avoir pas préparé la relèvependant ses deux mandats, probablement parce qu’il ne pensait pas abandonner le pouvoir. Aussi, malgré la rhétorique et l’exhibition des diplômes, le PPRD et le FCC semblent avoir beaucoup de mal à trouver quelqu’un qui puisse combler le vide créé par son admission au statut de sénateur à vie. Cette situation engendre un terrible désarroi chez les hommes et les femmes que l’ancien Raïs avait «fabriqués» et qui lui doivent leur existence ou leur survie politique et même matérielle et financière. Le débat soulevé par les cadres du PPRD et du FCC qui réclament son retour aux affaires à cor et à cri traduit en réalité l’angoisse existentielle des hommes et des femmes qui n’existent que par lui et pourront difficilement survivre sans lui.

 

 

 

 

Fin d’un vrai-faux débat sur retour du Sénateur Joseph Kabila

Le constitutionnaliste ayant fourni l’argument scientifique tant attendu par la Nation et le monde en réponse aux propos malencontreux des ténors du PPRD et du FCC sur le retour au pouvoir de l’ancien président Joseph Kabila, l’on pourrait modestement considérer que les parenthèses autour du vrai-faux débatinitiéet entretenu par les constitutionnalistes autoproclamés ont été hermétiquement fermées et que ce débat est clos, du point de vue du droit constitutionnel.Si Joseph Kabila doit faire une «  rentrée politique », c’est au Palais du Peuple, siège du Sénat où son mandat de sénateur à vie avait été validé et plus jamais au Palais de la Nation comme Président de la République. Il est heureux de constater que la plupart des universitaires congolais qui sont reconnus comme constitutionnalistes au pays et en dehors de la RDC partagent la même position.

Le reste ne serait plus un débat scientifique de droit constitutionnel entre ou avec des spécialistes du domaine, mais plutôt un débat de morphologie, de syntaxe, de basse poésie, de rhétorique, de politologie, de chimiothérapie de la politique congolaise ou de kabilogie alimenté par une sorte de masturbation intellectuelle des pseudo-constitutionnalistes, des thuriféraires, des tambourinaires du pouvoir, des politiciens ou des universitaires du ventre, des « communicateurs » des partis politiques, des guignols scientifiques, des « marchands d’idées» et des intellectuels complaisants. Un tel débat qui se focaliserait sur le sort d’un seul individu considéré comme providentiel au détriment de tout un peuple n’intéresse nullement les véritables docteurs de la loi constitutionnelle ni les intellectuels organiques opposés à l’inanition de la Nation.