Tribune - Rwakabuba chassé en 1990 de la CNS pour ''nationalité douteuse'', pleura : les Banyamulenge sont ils congolais ? 

Publié mar 21/01/2020 - 21:13
7sur7

Le cardinal Ambongo avec des notables Tutsi et Hutu, à Kinshasa le 16 janvier

 

« Les Banyamulenge sont des Congolais… »La petite bombe lâchée par Félix Tshisekedi à Londres n’en finit pas de susciter des réactions épidermiques, voire enflammées.

Ceux qui se disent « Banyamulenge » (et qui, à ma connaissance, ne constituent pas un groupe ethnique répertorié officiellement en tant que tel sur le sol congolais depuis l’EIC) sont-ils tous des Congolais, comme le pense le président ? Vraiment ? Hum… 

Les soubresauts de l’Histoire ont fait qu’en 1910, pour ne citer que cette année là, la frontière a bougé entre le Rwanda et le Congo, en vertu d’une convention conclue entre la Belgique et l’Allemagne. Le Congo a ainsi effectué des gains territoriaux au détriment du Rwanda – avec les conséquences que cela implique en termes de populations. 

Certains de ces « Banyamulenge » sont bel et bien des Congolais à part entière depuis des lustres. De nombreux locuteurs du kinyarwanda ne sont donc pas des sous-Congolais ou moins congolais que ceux qui s’imaginent, à tort, qu’être congolais est une question de morphologie. Certains vrais Congolais ont une « gueule de Rwandais », contrairement à ce que pensent ceux qui veulent enfermer une partie de leurs compatriotes dans des cases. 

Je me souviens de Rwakabuba Shinga, qualifié de « rwandais » et exclu de la conférence nationale pour « nationalité douteuse ». Les yeux embués, le regard hagard, la voix chancelante, il m’avait montré à l’époque, dans l’intimité d’une chambre de l’hôtel Intercontinental, loin des regards indiscrets, des documents jaunis par le temps et établis par l’administration coloniale qui, pour moi, prouvaient sa « congolité » sans l’ombre d’un doute.  

Il suffit de sillonner ce merveilleux pays pour se rendre compte de son extraordinaire diversité. Cette diversité, qui est une richesse inouïe, se traduit, par exemple, dans les arts (musiques, statuaire, etc.). 

Non, les Congolais ne se ressemblent pas physiquement et culturellement. Les habitudes alimentaires de Mbandaka sont nettement différentes de celles de Kolwezi. Le mariage d’un mukongo pur sucre et celui d’un vrai murega n’obéissent pas forcément aux mêmes exigences rituelles. 

Il me semble que la méfiance – si pas le rejet - que génère une infime ( ?) composante de la population congolaise plonge ses racines dans le rôle diabolique joué par Paul Kagame ces dernières années en suscitant des mouvements rebelles au sein desquels des « Banyamulenge » occupaient des postes importants. 

Pour autant, ceux qui sont allés se prosterner devant le maître de Kigali, le plus grand criminel de la deuxième moitié du XXème siècle, sont-ils exclusivement des « Banyamulenge » ? Que dire des autres ténors de l’AFDL, du RCD, du M23, etc. ? 

Les traîtres à la nation seraient-ils tous issus d’une certaine catégorie de la population ? La double allégeance serait-elle l’apanage de cette même communauté ?

Le débat incandescent sur la nationalité doit être ouvert. Et ce n’est pas en poussant des cris d’orfraie ou en mettant la tête dans le sable, pour ne pas voir la réalité dans toute sa nudité – si moche soit-elle –, que cette question, qui empoisonne la vie de certains d’entre nous depuis des décennies, sera résolue. 

Faut-il s’en tenir aux textes en vigueur ou les faire évoluer ? Faut-il que tous les « Banyamulenge » paient pour les crimes commis par certains d’entre eux ? Hum…

L’angélisme et la xénophobie n’ont pas leur place dans cette affaire qui est, de mon point de vue, à la fois juridique et politique, mais aussi… banalement humaine.  

Calmons-nous, soufflons une minute et ouvrons ce débat froidement, avec une bonne dose de lucidité et sans une once de passion. Assurément, ce n’est pas un débat sur le phénotype des uns et des autres.

Arthur Malumalu, écrivain et journaliste

NB: tiré du mur Facebook de l'auteur. Titre de 7SUR7.CD