Tribune - Viabilité du secteur aérien : Comment répondre à la fois à la vision du chef de l’Etat et aux charges d’exploitation des transporteurs ?

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Lors de son audition le 11 juin 2022 au sénat, le ministre des
transports, voies de communication et Désenclavement a reconnu que depuis la révision à la baisse du prix du billet d’avion l’année passée par le gouvernement, les exploitants aériens travaillent à perte compte tenu de leurs multiples charges d’exploitation.

Cette situation découle de l'arrêté ministériel du 7 août 2021 portant fixation des tarifs des services aériens sur le réseau domestique en RDC pris par le ministre ayant l'économie dans ses attributions qui visait à promouvoir la mobilité des personnes et de leurs biens sur l’ensemble du territoire national, conformément à la vision du président de la République.

Alors que les exploitants aériens se battent pour un léger
réajustement du prix du billet d’avion, la raréfaction suivie de la
hausse du prix du carburant aérien sont venues perturber le modèle économique, déjà fragile, du secteur du transport aérien.

Conséquence : Congo Airways (CAW), société commerciale à capitaux publics, n’est plus en mesure de desservir correctement certaines destinations car moins rentables que d’autres. Ceci pour ne pas creuser davantage son déficit d’exploitation. Ainsi,
cette compagnie d’aviation publique dessert dans la mesure du possible KANANGA à cause du prix trop bas du billet d’avion (115$) et du faible taux de remplissage des aéronefs qui s’y posent.

D’où, la demande formulée par les autorités de CAW de bénéficier des subsides de l’Etat. Des subsides qui se font toujours attendre.

La solution pérenne serait que l’Etat, dont les moyens financiers sont limités face à des besoins importants, recrée les conditions de viabilité économique et financière dans le  secteur des transports aérien.

Cela passe inéluctablement par une révision de l’arrêté sur les tarifs des services aériens en RDC. Sans toucher à l’esprit de l’arrêté, la révision doit tenir compte des augmentations récentes du prix du carburant, qui constitue une charge d’exploitation importante pour les transporteurs aériens.

Il y a donc moyen de concilier la vision du chef de l’Etat (se
déplacer par avion au moindre coût) et la viabilité économique des exploitants aériens.
Selon des experts du secteur aérien, un réajustement de 20 à 30$ du prix du billet d’avion en classe économique, peut permettre aux exploitants aériens de retrouver à moyen terme un certain équilibre financier et de stopper les pertes qu’elles enregistrent actuellement qui mettent en danger de survie le secteur dans son intégralité.

Jean Paul Kakule, expert secteur aérien