RDC : Félix Tshisekedi, patriote dans la peau de Lumumba (Tribune de Thierry Monsenepwo)

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La journée de ce samedi 04 mars dernier, restera dans la mémoire collective comme un moment de réminiscence dans cette même mansarde ou le 30 juin 1960, un jeudi, notre héros national, Patrice Emery Lumumba, a réhabilité la race noire entière face au paternalisme suranné d'une Belgique astreinte à ouvrir les écluses de la liberté à la RDC.
63 ans après, le Chef de l’Etat Congolais, Felix TSHISEKEDI TSHILOMBO, a ramené son homologue français dans la realpolitik en mettant à nu l'hypocrisie des anciens empires coloniaux qui surfent habilement sur les rivalités interétatiques pour conserver leur influence. 

Ramenant à lui les frustrations de ses compatriotes qui voient au quotidien la France se tenir au chevet de la principauté militaire de Kigali, qui ne tire sa légitimité que de l'usage de la violence et par la négation de la démocratie. Ces dernières années, la France a été aux petits soins du régime sanguinaire rwandais ayant endeuillé l'Est de la RDC avec pas moins de dix millions de mort. Le Rwanda, pays membre de la Commonwealth ayant définitivement rompu les amarres avec la langue française, a pourtant vu son ancienne ministre des Affaires étrangères rempiler au poste de numéro 1 de la Francophonie, sous l'instigation d'Emmanuel Macron. 

Le Rwanda de son côté joue le gardien des intérêts des entreprises pétrolières françaises au Mozambique notamment, mais aussi au Bénin, au Darfour ou encore en République Centrafricaine. Pour lever le malentendu ayant obscurci par le passé l'horizon des relations entre la France le Rwanda, une commission d'historiens a même pu être autorisée à avoir accès aux documents classifiés afin de réécrire l'histoire du génocide rwandais au goût de Kagame. De quoi faire rougir le juge français Bruguière qui était pourtant sur une piste judiciaire menant à l'implication de l'actuel homme fort de Kigali, dans l'attentat contre l'avion du Président hutu Habyarimana, perçu comme l'élément déclencheur du génocide rwandais.
 
Pleinement conscient de la difficulté à arracher une condamnation de l'agresseur rwandais par le Président français dont les atomes crochus n'ont fait que se multiplier avec Kagame ces dernières années, le Président Félix-Antoine Tshisekedi s'est vu obliger de se passer des circonlocutions protocolaires pour dire les vérités qui choquent à son hôte de marque.

La position française, a fait remarqué le fils d'Étienne Tshisekedi, est restée déclamatoire alors que les Congolais attendaient que la France pointe l'agresseur derrière les morts, les violations massives des droits de l’homme, les viols, les déplacements massifs des populations, le démantèlement des zones minières, agricoles et pastorales.

Quant à l'aide humanitaire de l'Union Européenne dont se gargarise la France, Félix Tshisekedi a clairement expliqué que le temps est révolu de penser que les populations congolaises ont besoin d'une manne qui vienne de l’Occident. L'aide n'a de sens, selon le Président congolais, que si elle met un terme à l'ingérence militaire rwandaise, ou à tout le moins, si elle aide au retour des déplacés dans leur bercail pour y vivre du travail de leur front.
 
Débordant la bienpensance française de ruer dans les brancards sur les délais des mandats électifs, le Président Tshisekedi a une fois de plus placé la France devant ses responsabilités lorsqu'elle s'acoquine avec le despote rwandais dont le bellicisme à l'Est du pays est de nature à hypothéquer le processus électoral pourtant bien embarqué. Et sapant ainsi nos projets de développement et de santé.
Une riposte musclée, claire et précise, qui ne peut que donner de la joie a tous ces congolais meurtris par cette énième agression, mais aussi faire comprendre enfin aux occidentaux que l’heure du paternalisme est révolu, que la RDC se veut être un partenaire respecté.

A l'analyse, la venue de Macron en Afrique est à interpréter à l'aune de l'activisme russe ou chinois qui ne fait que s'amplifier en Afrique. Dans l’espoir de renouer ses liens politiques, économiques et sécuritaires avec certains pays africains dont la RD Congo, Emmanuel Macron essaie de remettre le grappin sur le pré-carré français dont il tente de renouer les liens sur fond de reniement de la françafrique.

Il sied de noter que même à l’époque de Foccard, la françafrique n’avait jamais fait d’elle une existence institutionnelle. Le terme désignait plutôt ces mêmes accointances incestueuses de la France avec des dictateurs africains transformés en gendarmes des intérêts français aux dépens du mieux-être de leurs compatriotes. Et avec le Rwanda, la France s’en approche dangereusement.

Quoi de plus normal que les déclarations d’intention de Macron ressassant l'abécédaire du droit international et du droit humanitaire ne puissent pas convaincre l’opinion congolaise qui attend plutôt voir la France à l'œuvre des sanctions. La politique de deux poids deux mesures par rapport à l'agression russe en Ukraine, risque de faire du pays de Patrice Emery Lumumba un terreau fertile de ce qu'on appelle en Afrique de l’ouest ‘’sentiment anti-français''.

Au demeurant, il n'est guère dans l’intérêt de la France de toujours se défausser de ses propres responsabilités dans ses ingérences en terre africaine. L’on se souviendra de la déstabilisation de la jamariya libyenne par la France qui a occasionné l’occupation du Sahel par des terroristes armés jusqu'aux dents, poussant la France à jouer au sapeur pompier du terrorisme sans résultats probants. De même en République Démocratique du Congo, Macron a eu tort de soutenir que la RDC est responsable de n'avoir pas protégé ses frontières depuis 1994. La vérité qui contredit le cynisme affligeant du président français est que son pays est le seul initiateur de l’opération turquoise à l'issue de laquelle le Maréchal Mobutu grabataire sur la côte d'Azur, fut contraint par la France à accueillir la soldatesque rwandaise hutu. La France est donc comptable du prétexte que le régime rwandais post-génocide ne cesse de brandir pour justifier le pillage et le razzia dans les profondeurs des terres congolaises du Kivu.

Il est donc à déplorer que le Président français ait tourné autour du pot sans régler le contentieux et le passif vis-à-vis du plus grand pays francophone au monde.  
 
Là où le bât blesse, est qu’au lieu de porter depuis Kinshasa une condamnation ferme en l’endroit de Kigali, le Président Français se permet de pointer du doigt les congolais qui selon lui, n’ont pas su en 29 ans, asseoir la paix dans cette partie du pays. A la limite, de tels propos pourraient être pris pour des injures quand on sait que notre pays a souffert depuis, jusqu’à récemment d’un embargo sur les armes. Sans oublier que même la mission onusienne se dit dépassée du haut niveau des équipements militaires de ces terroristes.

La RDC ne va pas accepter d’être un pays souffre-douleur pour une France qui évite de froisser Kigali, qui ne cesse de brandir sur la France sa responsabilité dans le génocide de 1994. Que le Rwanda et la France se tiennent par la barbichette dans leur passé commun, la RDC n'est pas prête à en payer la facture, même si elle doit être amenée à se passer du parapluie français au Conseil de sécurité ; parapluie qui jusqu’ici ne sert que la cause de l'agresseur rwandais, tant que ce pays partenaire du notre ne condamne pas ouvertement Kigali et le negrier des temps modernes, Kagamé.

Tribune de Jean Thierry Monsenepwo, communicateur de l’Union Sacrée