Steve Mbikayi : "En 5 ans, le président Tshisekedi a fait bien plus que gérer. Il a cru que le désert éducatif n’était pas une fatalité. Les preuves sont là, visibles, tangibles"

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Carte blanche No 169

L’enseignement sous Tshisekedi, entre audace réformatrice et défis persistants

L’éducation, pierre angulaire de toute nation aspirant à son émancipation, constitue le champ de bataille le plus décisif pour l’avenir de la République Démocratique du Congo. Si les constats d’échec accumulés sur des décennies sont amers, il serait injuste de ne pas reconnaître, avec objectivité, les inflexions notables portées par le mandat du Président Félix Tshisekedi. En effet, sa gouvernance a imprimé une dynamique volontariste dans ce secteur vital, mue par un principe cardinal : celui de l’égalité des chances.

L’acte le plus marquant et le plus courageux fut, sans conteste, la mise en œuvre effective de la gratuité de l’enseignement de base, pourtant promise par la Constitution et longtemps éludée. Cette décision, à la portée profondément sociale, a ouvert les portes de l’école à des millions d’enfants issus des milieux les plus défavorisés. Le chemin, semé d’embûches, fut ardu : pénurie criante d’enseignants, d’infrastructures et de matériel, avec pour corollaire un risque de dilution qualitative. Pourtant, contre vents et marées, le président de la République a tenu bon. Les progrès, bien que graduels, sont tangibles. Ils démontrent qu’une volonté politique ferme peut initier une rupture salutaire.

Néanmoins, rendre l’école accessible n’est qu’un premier pas. La rendre juste et performante en est un autre, tout aussi essentiel. Ici, le défi du contenu se pose avec acuité. Un programme scolaire souvent dépassé creuse un fossé abyssal entre nos élèves et ceux d’autres nations, voire entre les établissements publics et privés les mieux organisés du pays. Pousser la logique de l’égalité des chances à son paroxysme exige donc une réforme curriculaire ambitieuse. Si les urgences sécuritaires et logistiques peuvent en ralentir l’aboutissement, son impérieuse nécessité commande d’en engager sans délai le processus.

Dans l’enseignement supérieur, le saut qualitatif est aussi manifeste. Durant plus d’un demi-siècle, le paysage universitaire national était demeuré figé autour des trois universités principales héritées de la colonisation, structures vétustes et saturées, transformant le parcours de l’étudiant en une odyssée kafkaïenne. La politique inaugurée sous cette mandature brise ce carcan. Elle ne se contente pas de moderniser et d’équiper les institutions historiques ; elle étend le réseau universitaire à travers le pays, œuvrant pour que chaque province dispose d’un pôle d’excellence aux standards internationaux. Cette décentralisation du savoir est un levier puissant de développement et d’équité territoriale.

Cette vision doit être doublée d’initiatives ciblées pour former les talents de demain.
Les programmes de bourses pour l’excellence et la solidarité nationale, ou pour l’émergence du Congo, instaurés par nous en 2017 visaient à soutenir les brillants esprits et à exporter nos meilleurs éléments vers des formations scientifiques et technologiques de pointe à l’étranger. Inspirées des modèles qui ont propulsé des nations comme la Corée du Sud, ces politiques ont permis à plus de quatre milles étudiants, issus essentiellement des familles modestes, de terminer le cycle de licence (bac+5) sans payer un seul dollar. Ils étaient attendus dans des meilleures universités d’outre-mer. C’était l’illustration d’ une compréhension lucide des enjeux de la mondialisation du savoir. Il est crucial que de tels projets, hélas souvent menacés par l’amnésie administrative consécutive aux remaniements, soient pérennisés et amplifiés.

Pour autant, la volonté réformatrice du Chef se heurte à des obstacles structurels qu’il serait malhonnête de taire. La gangrène de la corruption, qui siphonne les deniers publics, mine les fondations mêmes du système. La question des enseignants, leur nombre, leur formation, leur rémunération, reste entière.

La fraude endémique lors de l’Examen d’État, qui inonde les universités de diplômés illégitimes, appelle une réponse sans complaisance, incluant la restauration d’examens d’admission universitaires exigeants. Pour assurer la sélection, les universités doivent cesser d’accueillir tout celui qui peut payer les frais. Le manque des frais de fonctionnement les y contraint pour pouvoir fonctionner.

Enfin, la répartition déséquilibrée des étudiants entre les sciences sociales surpeuplées et les filières scientifiques en manque d’effectifs révèle un mal plus profond dans notre rapport aux disciplines structurantes pour l’avenir. C’est le renversement de cette situation qui était l’objectif des bourses que nous avions instituées.

La concrétisation pleine et entière de la grande ambition pour l’éducation exige donc une vigilance et une persévérance de tous les instants. Elle requiert de regarder avec lucidité les écueils, pour mieux les surmonter.

En tout état de cause, une forêt murmure son avenir. Le président Tshisekedi, en cinq ans, a donc fait bien plus que gérer. Il a replanté. Il a cru que le désert éducatif n’était pas une fatalité. Les preuves sont là, visibles, tangibles. Ce bilan, je le porte sans ambages, car il dépasse le clivage pour toucher à l’essentiel : la construction de l’intelligence congolaise.

Le chantier, immense, est loin d’être achevé. Mais pour la première fois depuis longtemps, on entend distinctement, dans le vent qui passe entre les nouvelles écoles et les jeunes universités, le murmure prometteur d’une forêt qui pousse. Et ce murmure-là est le plus beau des silences brisés. La nation de demain s’y enracine.

Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste