RDC : besoin d’ une opposition forte
En République démocratique du Congo, l’opposition politique n’est pas une ombre tolérée, mais un pilier constitutionnel. L’article 8 de la Constitution en consacre l’existence ; la loi organique No 07/007 du 04 Décembre de 2007, portant statut de l’opposition politique est censée lui forger une armature : elle doit élaborer son règlement intérieur, se choisir librement un porte-parole au rang de ministre d’État, relais jusqu’à l’échelon local, légalement nourris par le Trésor public. Le législateur a conçu les instruments d’un authentique contrepoids. Le cadre est posé, robuste sur le papier. Pourtant, entre la lettre et le terrain, s’est ouvert un abîme. Notre opposition, distraite, laisse cette opportunité légale s’effriter sans la saisir.
Plutôt que de s’emparer de ces outils, elle cultive l’émiettement. Elle est multiple quand elle devrait être une, vociférante quand elle devrait être structurante. Elle ressemble à ces armées sans stratège, promptes à chercher un sorcier une fois la bataille perdue, mais incapables d’en dessiner le plan.
La présidentielle de 2023 fut la tragique illustration de cette impuissance : une myriade de candidats, chacun régnant sur un petit lopin politique, l’ un fief enraciné dans le Katanga , l’autre cantonné dans un district de Kinshasa , face à une majorité hydre à mille têtes, présente dans la moindre parcelle du territoire. Comment, dans ces conditions, ne pas voir la défaite inscrite dans les urnes avant même qu’elles n’ouvrent ? Quel crédit accorder aux cris de tricherie, lorsque l’échec fut d’abord un suicide stratégique ?
Aujourd’hui, à l’orée des prochaines échéances, le constat est plus accablant encore. Certains leaders, en exil ; d’autres, fantômes numériques, noyant leur absence dans le flux des réseaux sociaux. En 2023, il y avait ceux ne croyaient pas à l’organisation du scrutin. Ils avaient pris le train à mi-chemin, sans relais dans le Congo profond. Les plus distraits avaient tout boycotté, sans capacité d’influencer le cours de l’histoire par la rue. Conséquence : à l’hémicycle, elle est l’ombre d’elle-même. Sur le terrain, elle n’ est que fantôme.
Aucune ancre nationale, aucun projet fédérateur, aucune chair sur l’ossature légale. L’opposition est un spectre qui hante les débats sans habiter le pays. Face à elle, l’Union sacrée de la nation avance, compacte et disciplinée, tel un glacier inéluctable. Le décor semble scellé pour une répétition du scénario passé en 2028, suscitant une interrogation cruelle. Si l’opposition boycotte sa propre raison d’être, sur quel fondement pourra-t-elle contester sa défaite ?
Pour la vitalité de la Nation, cet état est un toxique. Une démocratie ne vit pas du seul rituel électoral. À l’Assemblée nationale, un budget lui est pourtant réservé chaque année. Il dort, intact, jamais réclamé. Jamais consommé. Comme le disait Cicéron, l’action politique naît de la capacité à "dire le nécessaire avec clarté et force".
L’urgence n’est pas dans la plainte stérile, mais dans un travail de racines : construire, mailler, proposer.
Il est temps que l’opposition congolaise cesse d’être le spectre de la démocratie pour en incarner la vigie et la voix. La République a besoin, non d’un contre-pouvoir fantomatique, mais d’un pilier de pierre.
Pour la beauté du jeu démocratique lui-même, nous avons besoin d’une opposition forte en face de nous.
Nous avons besoin d’un équilibre dans nos assemblées. Nous avons besoin d’une compétition digne de ce nom. Car triompher sans gloire n’est que l’ombre d’une victoire.
Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (Carte blanche No 170)