Soutien des RDF au M23 : les sanctions américaines isolent financièrement le Rwanda et compliquent ses achats d’armes (analyse)

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L’Office of Foreign Assets Control (OFAC), relevant du Département du Trésor américain, a imposé ce lundi des sanctions contre les Forces de défense rwandaises (RDF), l’armée nationale du Rwanda.

Ces mesures répondent aux accusations de soutien du Rwanda aux rebelles du M23/AFC qui occupent une partie du Kivu en RDC.

Au-delà de leur impact immédiat, ces sanctions pourraient entraîner des conséquences économiques et opérationnelles importantes, susceptibles d’isoler davantage le Rwanda sur la scène internationale.

Gel des avoirs et interdiction de transactions

Les sanctions prévoient le gel de tous les avoirs des RDF qui relèvent de la juridiction américaine. Cela concerne tout actif financier ou matériel détenu aux États-Unis ou contrôlé par des entités américaines.

Concrètement, l’armée rwandaise ne peut plus accéder à ces ressources, qu’il s’agisse de comptes bancaires, d’investissements ou de biens.

Par ailleurs, toute personne ou entreprise américaine, banques, sociétés ou citoyens, a désormais l’interdiction de réaliser des transactions avec les RDF, qu’il s’agisse de ventes d’équipements, de services financiers ou de partenariats commerciaux.

Selon le Département du Trésor, ces mesures visent à priver l’armée rwandaise de tout soutien financier ou logistique provenant des États-Unis.

Un effet domino dans le système bancaire international

L’un des effets les plus importants de ces sanctions pourrait être leur impact indirect sur le système financier mondial.

Même si le Rwanda ne dépend pas massivement du commerce direct avec les États-Unis, le rôle central du dollar dans les échanges mondiaux amplifie les conséquences.

De nombreuses banques internationales pourraient interrompre leurs relations avec les RDF afin d’éviter tout risque de sanctions américaines.

Cet effet domino pourrait toucher des institutions européennes, asiatiques ou africaines, souvent connectées au système financier américain.

Par prudence, certaines banques pourraient ainsi exclure de facto les RDF des circuits financiers internationaux.

Le risque de sanctions secondaires

Les partenaires étrangers des RDF sont également exposés.

Les sanctions dites « secondaires » permettent aux autorités américaines de pénaliser toute entreprise ou tout gouvernement continuant à collaborer avec l’armée rwandaise.

Fournisseurs d’équipements, prestataires logistiques ou partenaires diplomatiques pourraient ainsi faire face à des amendes, à des restrictions financières ou à un gel d’avoirs aux États-Unis.

Cette situation pourrait pousser plusieurs pays ou entreprises à revoir leurs relations avec Kigali, notamment lorsqu’ils utilisent le dollar ou dépendent du marché américain.

Des effets au-delà des relations directes avec Washington
Même sans échanges directs avec les États-Unis, les sanctions compliquent le fonctionnement quotidien des RDF.

Les achats d’équipements militaires, souvent libellés en dollars ou passant par des chaînes d’approvisionnement internationales, deviennent plus difficiles.

L’acquisition de pièces détachées ou de matériel pourrait être bloquée si les fournisseurs craignent des répercussions financières.

Plus largement, l’accès à certains mécanismes de coopération financière internationale pourrait être affecté, les grandes institutions évitant généralement toute interaction avec des entités sanctionnées.

Alphonse Muderwa