La Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a présidé mardi 26 mai au Fleuve Congo Hôtel le lancement des travaux de la Commission nationale chargée de l’élaboration des normes de construction. Cette initiative, qualifiée de majeure pour le secteur des infrastructures, intervient plus de six décennies après l’indépendance du pays et vise à mettre fin à des pratiques jugées trop empiriques dans le domaine du génie civil.
Portée par le ministère des Infrastructures et Travaux publics (ITPR), dirigé par John Banza Lunda, cette réforme est présentée comme une étape structurante dans la modernisation des standards techniques nationaux.
Dans son allocution, la cheffe du gouvernement a insisté sur la portée stratégique de ce chantier, qu’elle considère comme une affirmation de souveraineté et une orientation fondée sur une vision à long terme. Elle a souligné que la RDC doit désormais être en mesure de concevoir elle-même les référentiels qui encadrent la construction de ses infrastructures, qu’il s’agisse des routes, ponts, aéroports, ports, bâtiments ou réseaux d’assainissement.
« Nous devons désormais affirmer notre capacité à penser, à définir et à encadrer nous-mêmes les normes qui guideront la construction de nos routes, de nos ponts, de nos aéroports, de nos ports, de nos bâtiments et de nos réseaux d’assainissement », a martelé la Première Ministre.
Cette réforme s’inscrit dans les objectifs du Programme d’action du gouvernement 2024-2028, qui met l’accent sur la modernisation de l’administration publique, la réduction des pertes financières liées aux malfaçons, ainsi que la prévention des accidents et défaillances observés dans plusieurs projets d’infrastructures à travers le pays.
De son côté, le ministre John Banza Lunda a dressé un constat critique de la situation actuelle, estimant nécessaire la mise en place urgente de normes nationales adaptées. Il a dénoncé la dégradation prématurée de nombreux ouvrages publics et l’absence de standards de certification compatibles avec les réalités locales.
« Nous ne pouvons plus accepter que des ouvrages publics se dégradent prématurément, que des routes se détériorent à peine livrées, ou que des matériaux circulent sans certification adaptée à nos réalités », a déclaré le Ministre avec fermeté, saluant au passage la vision impulsionnelle du Chef de l'État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Il a également insisté sur la nécessité d’un cadre normatif ancré dans les réalités du territoire congolais, prenant en compte la diversité des sols, les contraintes climatiques tropicales ainsi que les spécificités hydrographiques du pays. La valorisation des matériaux locaux a aussi été évoquée comme un levier potentiel de développement économique.
Les travaux de cette commission seront organisés en plusieurs sous-groupes spécialisés, une approche saluée par les autorités pour sa méthode structurée. Le gouvernement attend désormais des résultats concrets dans des délais relativement courts, afin d’accélérer la mise en œuvre de ce nouveau référentiel national.
Alain Saveur Makoba