Joseph Kabila, Moïse Nyarugabo et consorts : les pyromanes devenus pompiers
Les incidents survenus lors du sit-in organisé par la C64 sont déplorables. Les bavures policières le sont tout autant. Une enquête sérieuse s’impose afin d’établir les faits et de sanctionner les responsables. Les images diffusées montrent des manifestants munis de pierres et d’armes blanches, visiblement préparés à l’affrontement plutôt qu’à un sit-in pacifique.
Les recruteurs de ces groupes, ainsi que leurs commanditaires, doivent être identifiés et traduits en justice. Les auteurs des dérapages policiers doivent l’être également.
Mais nous ne saurions laisser l’ancien président Kabila en faire ses choux gras. À travers sa plateforme « Sauvons la RDC », il tente de récupérer ces événements dans un communiqué du 13 juin dernier, estampillé Moïse Nyarugabo, tous deux issus de l’AFDL.
Dans leur feuille de chou, ils s’emploient à faire porter la responsabilité des incidents du 12 juin au Président de la République. La démonstration est aussi expéditive que fantaisiste.
Certains vont jusqu’à affirmer que Tshisekedi aurait ordonné à ses policiers de tirer sur les manifestants. Une assertion pour le moins infondée.
Dans toutes les démocraties, des dérapages policiers peuvent survenir. Les États-Unis ont connu les affaires George Floyd, Ferguson ou Baltimore. La France, la crise des Gilets jaunes, avec son lot de controverses sur l’usage de la force publique. Nulle part, une faute individuelle n’a été érigée en responsabilité personnelle du chef de l’État.
Le plus surprenant reste l’identité des accusateurs : Joseph Kabila, Moïse Nyarugabo et consorts.
Qu’ils aient au moins l’honnêteté de regarder dans le rétroviseur. Car la mémoire congolaise, elle, n’a rien oublié.
Ni les 424 corps découverts dans la fosse commune de Maluku.
Ni les répressions de janvier 2015, septembre 2016 et décembre 2017, aux bilans humains lourds selon de nombreuses organisations de défense des droits humains.
Ni Floribert Chebeya, retrouvé mort après une convocation auprès de hauts responsables de la police.
Ni Fidèle Bazana, disparu dans les mêmes circonstances, dont la famille attend toujours la vérité. Ni Rossy Mukendi, tué lors d’une manifestation à Kinshasa. Ni Thérèse Kapangala, tombée lors de la marche des chrétiens du 21 janvier 2018. Ni les journalistes Serge Maheshe, Didace Namujimbo, Franck Ngyke et Aimée Kabila, dont les assassinats ont profondément marqué la conscience nationale. Ni les arrestations arbitraires visant militants de la LUCHA, de Filimbi et de nombreux opposants politiques.
Et la mémoire remonte plus loin encore. Jusqu’à la marche de leur AFDL vers Kinshasa.
Aux réfugiés hutu traqués et massacrés à travers les forêts congolaises. Aux fosses communes jalonnant le parcours de cette guerre. Aux milliers de morts documentés par le rapport Mapping des Nations unies.
Autant de villages meurtris où des centaines de civils furent massacrés. Des femmes enterrées vivantes, des familles brûlées dans leurs maisons, des enfants exécutés ou abandonnés à leur sort, au nom d’une guerre, la leur, qui prétendait apporter la libération.
Autant de victimes anonymes dont les familles attendent encore justice. Le rapport Mapping des Nations unies est, à cet égard, sans équivoque. Face à un tel héritage, un peu de retenue s’impose à l’ancien président et à son « Sauvons la RDC ».
Les Congolais n’ont nul besoin de leçons de morale venant de ceux dont les parcours restent associés à certaines des pages les plus sombres de notre histoire.
Carte blanche n°278 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste