Les Forces démocratiques alliées (ADF) restent parmi les groupes armés les plus dangereux dans l'est de la République démocratique du Congo. C'est ce qu'affirment les experts des Nations Unies dans leur nouveau rapport sur la RDC, publié en juin 2026. Selon ce document, les ADF ont tué plus de 1 000 civils en 2025 et sont devenus le 2e groupe affilié de l'organisation État islamique (Daech) ayant causé le plus de morts dans le monde.
Le rapport explique que les ADF ont poursuivi leurs attaques contre les populations civiles malgré les opérations militaires menées par les armées congolaise et ougandaise dans le cadre de l'opération Shujaa en cours depuis le 30 novembre 2021. Le groupe djihadiste a continué à commettre des massacres, des enlèvements et des violences sexuelles dans les zones où il a étendu sa menace.
« Les Forces démocratiques alliées (ADF), qui sont visées par des sanctions, sont restées l'un des groupes armés les plus meurtriers de l'est de la République démocratique du Congo, ayant fait plus d'un millier de victimes civiles en 2025. Les attaques systématiques et à grande échelle contre la population civile ont pris la forme de meurtres, d'enlèvements et de violences sexuelles et ont touché particulièrement les femmes et les enfants. Les ADF ont continué d'opérer sous la bannière du groupe « Province d'Afrique centrale de l'État islamique » et ont maintenu des liens idéologiques et des communications avec l'État islamique (Daech), devenant ainsi le 2e affilié de Daech ayant fait le plus grand nombre de victimes en 2025 », mentionne le document.
Les experts des Nations unies estiment que les ADF ont su s'adapter à la pression militaire. Ces terroristes restent principalement actifs dans les territoires de Beni et de Lubero, au Nord-Kivu, ainsi qu'à Irumu et Mambasa, en Ituri. Toutefois, le rapport indique également une présence discrète des ADF dans l'est de la province de la Tshopo, laissant craindre une nouvelle extension de leurs activités.
« Les ADF ont consolidé leur modèle de déploiement structuré, organisé autour d'un système de positions fixes, d'unités mobiles et de points de rassemblement ou de sites logistiques désignés. Elles ont continué d'opérer principalement dans les territoires de Beni et de Lubero (province du Nord-Kivu) ainsi que dans ceux d'Irumu et de Mambasa (province de l'Ituri), une présence discrète dans l'est de la province de la Tshopo laissant également entrevoir la possibilité d'une future expansion", préviennent les experts onusiens.
Le document souligne qu'après une période d'accalmie, les ADF ont repris des attaques de grande ampleur à partir de juillet 2025. Plusieurs massacres de civils ont été enregistrés, notamment lors de funérailles dans le village de Nturo et dans une église à Komanda. En mars 2026, le groupe a encore déplacé ses combattants vers l'ouest du territoire de Mambasa avant d'étendre la menace le long de la frontière avec les provinces du Haut-Uélé et de la Tshopo.
Les experts expliquent que cette stratégie permet aux ADF de se replier dans des zones où la présence des forces de sécurité est plus faible, tout en poursuivant leurs attaques contre les populations civiles.
Le rapport révèle également que le groupe finance de plus en plus ses activités grâce aux ressources locales. En plus des pillages, des enlèvements contre rançon et des vols, les ADF imposent des taxes aux habitants, notamment aux producteurs de cacao, dans plusieurs territoires de l'est du pays.
« Pour compenser la baisse des financements extérieurs, en sus des pillages, des vols à main armée et des enlèvements contre rançon, les ADF se sont attachés à accroître leurs revenus locaux, notamment par le prélèvement de taxes dans les territoires d'Irumu, de Mambasa et de Lubero. Le groupe a créé des jetons servant d'autorisation de circuler ou de preuve de paiement des taxes par les producteurs de cacao. Dans la plupart des cas, ces taxes étaient perçues de manière coercitive », poursuit le rapport.
Au regard de ce constat, le Groupe d'experts conclut que les opérations militaires menées depuis plus de 5 ans maintenant n'ont pas permis d'écarter la menace les ADF. Le mouvement continue de s'adapter, d'étendre sa présence géographique et de représenter une menace majeure pour les populations civiles dans l'est de la RDC.
Isaac Kisatiro