États généraux de la République : une alternative aux dialogues politiques
Dans nos deux précédentes cartes blanches, 292 et 293, nous avons montré que la crise que traverse la RDC ne relève pas d’un simple différend politique entre majorité et opposition. Elle s’inscrit dans une dynamique systémique où les dimensions sécuritaires, diplomatiques, économiques, humanitaires, sanitaires et institutionnelles sont étroitement imbriquées.
Nous avons également soutenu qu’ en vue de nous faire respecter dans la sous-région d’ Afrique centrale, la reconstruction de la capacité de l’État, notamment à travers la redynamisation de nos forces de défense et de sécurité est prioritaire.
Vu sous cet angle, une question demeure : par quel mécanisme engager une véritable sortie de crise ?
L’expérience congolaise montre que les dialogues politiques ont parfois permis d’apaiser des tensions immédiates. Mais ils ont aussi, trop souvent, débouché sur des compromis de circonstance, des gouvernements de partage du pouvoir ou l’intégration de groupes armés dans les institutions et dans l’armée, sans traiter durablement les causes profondes de la crise. Quelques années plus tard, les frustrations réapparaissent, de nouveaux exclus émergent et un autre dialogue est convoqué. C’est le cycle de l’éternel recommencement.
La RDC gagnerait aujourd’hui à explorer une autre voie : l’organisation des États généraux de la République.
À l’initiative du Président de la République, ils constitueraient un cadre exceptionnel de réflexion, véritablement inclusif, limité dans le temps et dans sa composition. Ils ne seraient ni une Conférence nationale souveraine bis, ni un parlement parallèle. Ils n’auraient aucune vocation à se substituer aux institutions de la République ni à remettre en cause leur légitimité.
Réunissant les principales forces vives de la Nation, institutions, provinces, forces de défense et de sécurité, acteurs politiques, universités, secteur privé, autorités coutumières, confessions religieuses, société civile, organisations de jeunes et de femmes ainsi que la diaspora, ils auraient pour mission d’élaborer un Pacte national de reconstruction autour des principaux défis du pays : sécurité, diplomatie, gouvernance, justice, économie, santé, éducation, infrastructures et cohésion nationale.
Ils pourraient également examiner les réformes institutionnelles et constitutionnelles susceptibles d’améliorer le fonctionnement de l’État. Leurs conclusions auraient valeur de recommandations, dont la mise en œuvre relèverait des institutions républicaines en place.
Contrairement aux dialogues politiques, les États généraux n’auraient ni pour objet de redistribuer le pouvoir ni de négocier des postes. Leur vocation serait de construire une vision stratégique commune autour des intérêts supérieurs de la Nation.
Ils contribueraient également à renforcer la cohésion nationale en favorisant l’émergence d’un consensus sur les questions essentielles : la souveraineté, l’intégrité territoriale, la sécurité nationale, le développement du pays et, le cas échéant, les réformes institutionnelles. Une telle convergence renforcerait la crédibilité de la RDC et la cohérence de son message auprès des partenaires régionaux et de la communauté internationale face à l’agression dont notre pays est victime.
Le dialogue politique conservera naturellement toute sa place dans une démocratie. Mais lorsque la crise est avant tout systémique, la réponse ne peut être exclusivement politique. Elle doit être nationale, globale et tournée vers l’avenir.
Notre pays n’a pas seulement besoin d’un nouveau compromis politique. Elle a besoin d’un cap, d’une vision commune et d’un engagement collectif pour reconstruire un État fort, capable de protéger ses citoyens, de défendre son territoire et de conduire durablement son développement.
Les États généraux de la République pourraient constituer le point de départ de cette nouvelle ambition nationale.
Carte blanche no 294 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste