Le gouvernement congolais rejette l'idée d'intégrer le M23 au dialogue interne initié par le président Félix Tshisekedi et confié aux confessions religieuses. Le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a affirmé mardi 28 juillet à Kinshasa que le mouvement rebelle est déjà concerné par un autre cadre de négociation, en réponse aux appels de certains opposants de la coalition C64.
S'exprimant lors d'un briefing de presse, le porte-parole du gouvernement a expliqué que les processus de Washington et de Doha répondent à la crise sécuritaire dans l'Est de la RDC, tandis que les consultations nationales poursuivent un objectif différent : consolider un front intérieur face à ce qu'il qualifie d'agression rwandaise.
« Les accords de Washington constituent le premier dialogue, avec le père. Le deuxième dialogue est l'accord-cadre de Doha, avec le fils, le M23. Cet accord comporte huit protocoles, dont celui sur la libération des prisonniers et celui sur la mise en œuvre du cessez-le-feu. Six autres protocoles complètent ce cadre. La crise que nous connaissons est avant tout sécuritaire, due à l'agression rwandaise, menée directement par l'armée rwandaise et à travers ses supplétifs », a déclaré Patrick Muyaya.
Le ministre a insisté sur le fait que le M23 fait déjà l'objet d'un processus spécifique et qu'il n'y a donc pas lieu de l'associer aux consultations nationales engagées par le chef de l'État.
« Les processus de Washington et de Doha sont censés apporter une réponse à cette crise sécuritaire. Mais il existe aussi un besoin interne : les consultations initiées par le président de la République visent à créer un front intérieur contre l'agression. Le M23 est déjà pris en charge dans un protocole en cours de mise en œuvre. Les gesticulations du père et du fils n'ont rien à voir avec les dialogues attendus ici. Le point d'intersection de ces consultations internes est la dénonciation de l'occupation de notre pays par le Rwanda », a-t-il soutenu.
Patrick Muyaya a également remis en cause la logique d'une éventuelle participation du mouvement rebelle aux consultations internes, estimant qu'il demeure indissociable du Rwanda.
« Alors, est-ce que le fils, dont le père revendique la filiation en affirmant que la survie du Rwanda est liée à celle du fils, peut être séparé de ce cordon ombilical ? Ou veut-on que nous acceptions d'amener le Rwanda dans un dialogue entre Congolais, censé créer un front intérieur contre l'agression rwandaise ? Où est la logique ? », a-t-il interrogé.
Revenant sur la marche organisée le même jour par le M23 à Goma, le porte-parole du gouvernement a estimé qu'il s'agissait d'une tentative de manipulation des populations vivant sous occupation afin de contester les sanctions internationales visant le mouvement rebelle et le Rwanda.
« Il est paradoxal de voir aujourd'hui le bourreau, le père et le fils — le Rwanda et le M23 — vouloir recourir à la victime, nos populations, pour demander à la MONUSCO de lever les sanctions contre ceux qui nous font du mal, ceux qui gouvernent par le crime. Certaines sources rapportent même l'arrivée de renforts venus du Rwanda afin de grossir artificiellement les rangs des manifestants à Goma. Récemment encore, un rapport du groupe d'experts a montré comment ils règnent par les viols et les tortures. Comment expliquer qu'ils demandent aujourd'hui à la population de dire : "Ne nous sanctionnez plus pour le mal que nous faisons" ? Il est évident qu'il s'agit d'une supercherie », a-t-il déclaré.
Patrick Muyaya a enfin salué le « courage » et le « patriotisme » des populations vivant dans les territoires sous occupation, estimant qu'elles restent attachées à l'intégrité territoriale du pays malgré les pressions exercées par le M23 et le Rwanda.
Raphaël Kwazi