Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a ouvert, mardi 11 août 2026, à la prison militaire de Ndolo, le procès sur l’assassinat du professeur de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), Mathieu Abata Diabar Sona. L’enseignant avait été abattu dans la nuit du 7 au 8 janvier 2026, à son domicile situé au quartier Rutens, dans la commune de Lemba, non loin du Plateau des professeurs.
Constituée partie civile, la famille du professeur Abata était représentée à cette audience par son fils, témoin direct des faits. Devant les juges, ce dernier a relaté les circonstances dans lesquelles les assaillants ont fait irruption dans leur domicile et ont abattu son père.
« Il était 23 heures. Nous étions en famille, moi, Papa et ma grande sœur. Après un échange au cours duquel Papa m’avait demandé d’appeler les autres membres de la famille pour une réunion familiale, nous sommes allés dormir. Avant d’aller me coucher, je me suis assuré que toutes les portes étaient bien fermées. Lorsque je suis allé me soulager, j’ai entendu Papa et Maman en train de prier dans leur chambre. Une nièce était restée au salon pour repasser ses habits. Vers 1 heure du matin, elle est venue m’appeler pour me dire qu’il y avait des gens à la porte », a-t-il témoigné devant les juges.
Et de poursuivre : « Je suis venu voir et j’ai constaté qu’il y avait des gens devant la porte. Malgré nos menaces et nos cris, ils sont restés là. Ils ont affirmé qu’ils étaient des criminels. Alors que nous frappions sur les casseroles pour donner l’alerte, Papa et Maman se sont réveillés. Pendant que nous cherchions à renforcer la sécurité à l’intérieur, j’ai entendu une voix que je n’oublierai jamais donner l’ordre d’ouvrir le feu. J’ai entendu des coups de feu et je me suis retiré. Ce sont ces balles qui ont atteint Papa au thorax et à d’autres parties du corps. Ils ont ensuite cisaillé les antivols, les ont soulevés, cassé la vitre et sont entrés dans la maison. »
Selon le fils du professeur Abata, certains assaillants étaient vêtus d’uniformes de la Police nationale congolaise. Il affirme que les malfaiteurs n’ont jamais clairement indiqué ce qu’ils étaient venus chercher. Malgré la volonté de la famille de leur remettre un sac contenant de l’argent en francs congolais, les assaillants ont poursuivi leur opération avant de prendre la fuite.
« Certains de ces criminels étaient en uniforme de la Police. Ils ont pris soin de barricader chacune des portes de nos voisins. Une fois dans la maison, ils sont entrés dans toutes les chambres pour nous faire sortir. Dans ma chambre, un criminel a commencé par prendre mon téléphone. Entre-temps, Papa leur demandait : “Vous cherchez quoi ? Vous n’aurez rien ici.” L’un des criminels lui a donné un coup de crosse à la bouche et Papa s’est écroulé. Pendant qu’il saignait, Maman a commencé à pleurer en disant : “Vous avez tué mon mari.” C’est alors que ma grande sœur a commencé à exhorter les enfants qui s’étaient enfermés dans le couloir à leur donner tout l’argent, notamment les recettes de son épicerie. À notre arrivée aux Cliniques universitaires, après leur départ, les médecins nous ont appris que Papa n’était plus », a-t-il ajouté.
Le moment le plus poignant de l’audience est intervenu lorsque le fils du professeur Abata, en larmes, a déclaré : « Notre Papa a fait 32 ans d’études. Hélas, aujourd’hui, il est abattu par un criminel incapable d’écrire son propre nom. »
Faute, pour les avocats de la défense, d’avoir pu consulter les pièces du dossier, le Tribunal a renvoyé l’affaire au mardi 18 août 2026 pour la poursuite de l’instruction.
Le professeur Mathieu Abata Diabar Sona enseignait à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UNIKIN. Quelques jours après son assassinat, le bourgmestre de Lemba avait indiqué qu’un policier avait été interpellé dans le cadre de l’enquête.
Quelques jours plus tard, la Police avait annoncé l’arrestation de trois présumés suspects à Matete, lors d’une autre opération de braquage. Ils avaient été mis à la disposition de la justice afin de permettre aux enquêteurs de déterminer notamment leur éventuelle implication dans l’assassinat du professeur Abata.
Ce meurtre avait suscité une vive indignation au sein de la communauté universitaire. L’Association des professeurs de l’Université de Kinshasa (APUKIN) avait annoncé la suspension des activités et envisagé un sit-in pour réclamer davantage de sécurité et que toute la lumière soit faite sur cet assassinat.
Le gouvernement, par l’intermédiaire de la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire ainsi que du vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, avait condamné cet assassinat et assuré que les services de sécurité et la justice avaient été saisis afin d’identifier les auteurs et de les traduire en justice.
Le début de ce procès est ainsi accueilli avec intérêt par l’opinion publique, qui souhaite voir toute la lumière faite sur cette affaire et que les éventuels auteurs, complices et commanditaires soient identifiés et, le cas échéant, sévèrement sanctionnés conformément à la loi.
ODN