RDC : Les M23 ont tué 18 mineurs et forcé d'autres à acheminer l’or et le coltan vers le Rwanda (Rapport)

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Au moins 18 mineurs travaillant dans les mines de Rubaya, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), et de Lomera, dans le territoire de Kabare (Sud-Kivu), 2 zones minières contrôlées par le M23, ont été tués par la rébellion. 

Dans un rapport publié le 20 septembre, l’organisation accuse le groupe armé d’exécutions sommaires, de tortures, de détentions arbitraires, de travail forcé, de recrutements forcés et de pillage de minerais. Elle affirme aussi avoir documenté des éléments sur l’acheminement clandestin de l’or et du coltan vers le Rwanda.

L’enquête repose sur 26 entretiens avec des mineurs artisanaux, des propriétaires de puits, des experts du secteur minier, des proches de victimes, des acteurs de la société civile et un professionnel de santé. 

Amnesty international dit également avoir consulté des rapports de défenseurs locaux des droits humains, ainsi que des photos et vidéos prises dans les zones minières concernées. Selon l’organisation, les 18 morts recensées comprennent 10 mineurs battus à mort, 2 tués par balle et 6 autres enlevés avant d’être retrouvés morts.

Le rapport revient notamment sur le cas d’Evariste, un jeune homme de 22 ans, marié et père d’une fillette d’un an. Un témoin affirme l’avoir retrouvé après les violences, le corps couvert de sang et sans force pour parler ou lever les pieds. 

Dans un autre témoignage, un mineur raconte avoir vu son frère frappé à la poitrine avec une pioche. Après avoir désigné celui qu’il accusait du meurtre, il dit avoir été emprisonné et privé de son salaire pendant 2 semaines. Le corps de son frère aurait ensuite été enterré dans le puits minier.

Amnesty rapporte également les témoignages de 16 mineurs ou civils vivant près des sites miniers, qui affirment avoir été torturés ou maltraités par des combattants du M23 ou par des gardes travaillant avec eux. Certains disent avoir été frappés jusqu’à perdre connaissance. 
Les coups auraient notamment été infligés à des travailleurs qui demandaient une pause, refusaient de remettre des minerais ou étaient accusés d’avoir commis une faute.

À Rubaya, 3 conteneurs maritimes ont servi de lieux de détention. Un témoin cité par Amnisty affirme avoir entendu les cris des personnes enfermées lors de leur torture à l’intérieur. Le rapport parle aussi des "ndake", des cellules souterraines où plus de 20 mineurs auraient été enfermés. 

Selon les témoignages recueillis, ces travailleurs étaient battus 3 fois par jour par des combattants du M23.

À Lomera, 4 hommes auraient été arrêtés après avoir été accusés de communiquer avec les autorités de Kinshasa et soupçonnés d’avoir des liens avec les Wazalendo. L’un d’eux affirme que le responsable de son lieu de détention l’aurait menacé de mort, avant de lui remettre une arme et de vouloir ensuite le présenter comme un combattant Wazalendo.

Selon le même document, plusieurs mineurs auraient aussi été contraints de travailler. Amnesty rapporte que certains travailleurs étaient obligés de rester sous terre et de creuser pendant plusieurs jours. Sept mineurs interrogés affirment par ailleurs avoir été détenus par le M23 et menacés d’être envoyés dans des centres d’entraînement militaire s’ils ne payaient pas une rançon pour être libérés.

À Lomera, l’organisation s’est également penchée sur le transport de l’or vers le Rwanda. Plusieurs mineurs et personnes qui ont travaillé dans le site décrivent le déplacement de sacs contenant de la terre aurifère. Selon leurs témoignages, ces sacs étaient chargés sur des bateaux au port de Lomera avant d’être transportés vers un point de réception situé à Kamembe, dans la province occidentale du Rwanda.

Un mineur raconte avoir vu, la nuit, des groupes se rendre dans différents puits pour récupérer du sable contenant du minerai. Le sable était ensuite amené près du lac, chargé dans de petites embarcations et envoyé vers le Rwanda. Un autre témoin dit avoir vu tôt le matin des bateaux chargés de sacs de terre aurifère, en présence de commerçants venus du Rwanda. 

Amnesty indique avoir également soumis certains éléments à son laboratoire d’analyse des preuves pour vérifier les informations recueillies sur ce trafic.

Le rapport fait aussi état de la présence de ressortissants rwandais à Rubaya et à Lomera. Certains auraient travaillé comme mineurs ou responsables de puits. Des témoins affirment aussi que d’autres participaient aux opérations du M23. Des gardes de sécurité qui se seraient présentés comme Rwandais et parleraient kinyarwanda auraient également travaillé avec le groupe armé et auraient été impliqués dans ces violences contre des mineurs.

L’organisation estime que le pillage de l’or et du coltan par le M23 pourrait constituer un crime de guerre. Elle affirme également que les minerais acheminés vers le Rwanda, avec ce qu’elle décrit comme la complicité des responsables du M23 et des responsables rwandais, pourraient également engager la responsabilité du Rwanda.

Amnesty s’intéresse aussi aux entreprises qui achètent de l’or et du coltan provenant du Rwanda. L’organisation estime que ces sociétés doivent vérifier davantage l’origine des minerais qu’elles achètent, notamment suite au risque que certains proviennent des zones de l’est de la RDC contrôlées par le M23. 

Elle avertit que l’achat de minerais rwandais, y compris auprès de fonderies ou de raffineries qui s’approvisionnent dans ce pays, pourrait contribuer aux violations commises dans les mines de Rubaya et de Lomera.

L’organisation demande ainsi aux États et aux entreprises de suspendre les achats de coltan et d’or provenant du Rwanda, ou de transformateurs et raffineries de pays tiers qui s’approvisionnent auprès de fournisseurs rwandais, jusqu’à ce que Kigali apporte des preuves que ces minerais ne proviennent plus des zones touchées par le conflit en RDC. Elle demande également que les ressortissants rwandais armés ne soient plus présents dans les sites de Rubaya et de Lomera.

Amnesty appelle enfin les États-Unis et les pays membres de l’Union européenne à ne pas conclure d’accords miniers concernant Rubaya ou d’autres mines contrôlées par le M23 tant que des observateurs internationaux des droits humains et des organismes indépendants de contrôle ne peuvent pas accéder librement à ces sites. 

L’organisation demande également que les personnes responsables des violations documentées puissent rendre des comptes.

Alphonse Muderwa