RDC : les armes peuvent-elles remplacer les urnes ? [ Tribune ]

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Face au positionnement de Joseph Kabila à la tête d’une coalition politico-militaire, les partenaires du Congo doivent lever toute ambiguïté : aucune ambition politique ne peut justifier la conquête du pouvoir par les armes.

Un ancien président peut-il prendre la tête d’une coalition comprenant une rébellion armée, annoncer une confrontation avec les institutions de son pays et espérer être traité comme un simple opposant politique ? Cette question dépasse Joseph Kabila. Elle engage la crédibilité des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Union africaine et des organisations régionales qui affirment défendre la souveraineté congolaise.

Le 12 octobre 2026, à Goma, Joseph Kabila a été présenté à la tête du Front pour la refondation de la nation, une coalition politico-militaire comprenant le M23. Selon les déclarations rapportées par Associated Press, cette formation envisage notamment le recours à la force pour atteindre ses objectifs. Il ne s’agit donc plus seulement d’une contestation du gouvernement, mais d’un projet politique adossé aux armes.

La réponse internationale doit être à la hauteur de cette clarification.

Washington a déjà sanctionné : il faut désormais assurer la cohérence

Une précision s’impose : affirmer que les États-Unis n’ont jamais condamné Joseph Kabila serait inexact. Le 30 avril 2026, le Trésor américain l’a sanctionné pour son soutien à l’AFC et au M23. Washington lui reproche notamment un appui financier à cette coalition et des encouragements à la défection de militaires congolais. Ces sanctions constituent une prise de position officielle, même si elles ne sont pas une condamnation pénale internationale.

La véritable question est donc celle de la suite : comment les États-Unis entendent-ils répondre à la prise de direction publique d’une coalition armée par une personnalité qu’ils ont déjà sanctionnée pour son soutien à cette rébellion ?

Des sanctions perdent leur force dissuasive si leurs destinataires peuvent poursuivre leur stratégie sans rencontrer d’obstacles supplémentaires. Washington doit préciser les conséquences politiques et financières de cette nouvelle étape, vérifier l’application de ses mesures et empêcher leur contournement.

Les partenariats économiques avec la RDC rendent cette cohérence particulièrement nécessaire. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une garantie automatique d’intervention militaire. Mais un partenaire qui veut investir durablement au Congo doit comprendre qu’aucun contrat ne remplace la sécurité des populations, l’autorité des institutions et la stabilité du territoire.

L’Europe doit relier ses principes à ses décisions

L’Union européenne n’est pas davantage restée entièrement silencieuse sur la guerre. Elle a condamné le soutien rwandais au M23 et la présence militaire rwandaise en RDC. En mars 2025, elle a également adopté des sanctions contre plusieurs responsables liés au conflit.

Ces précédents rendent une clarification sur la nouvelle coalition d’autant plus nécessaire.

Changer le nom d’un mouvement ou lui donner un ancien président pour dirigeant ne devrait pas effacer les responsabilités de ses composantes. Une organisation impliquée dans une insurrection ne devient pas démocratique par une opération de communication.

L’Europe doit dire clairement si ses exigences de cessation des hostilités, de respect de l’intégrité territoriale et de responsabilité individuelle s’appliquent avec la même fermeté à cette nouvelle configuration.

L’Union africaine face à ses propres engagements

L’Union africaine porte une responsabilité particulière. Son Acte constitutif consacre le rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement, ainsi que le respect des principes démocratiques et de l’État de droit.

Elle ne peut donc laisser s’installer l’idée que la conquête du pouvoir par une coalition rebelle serait plus acceptable qu’un coup d’État militaire. Les méthodes diffèrent ; le danger pour l’ordre constitutionnel demeure.

La SADC, la Communauté d’Afrique de l’Est et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs doivent, elles aussi, formuler une position intelligible. La proximité géographique rend les conséquences de la guerre plus immédiates ; elle doit également rendre les responsabilités plus concrètes.

La médiation est nécessaire. Elle ne devrait jamais dispenser de rappeler les règles.

Le danger du silence : rendre la violence rentable

À ce stade, les sources consultées ne permettent pas d’affirmer qu’aucune réaction spécifique n’a été formulée par chacune de ces institutions depuis l’annonce du 12 octobre. Une absence de déclaration identifiée ne prouve ni une approbation ni une complicité.

Mais une réaction tardive, vague ou dépourvue de conséquences comporte un risque politique évident : faire croire que les armes procurent davantage d’influence que l’engagement pacifique.

Quel message reçoit alors le citoyen qui participe aux élections, milite sans violence ou accepte une défaite ? Et quel calcul peut faire celui qui dispose d’hommes armés, de financements et de soutiens extérieurs ?

Lorsque la rébellion devient un raccourci vers la reconnaissance diplomatique, les institutions sont affaiblies et la prochaine insurrection trouve son encouragement.

Le précédent dangereux est celui-ci : prendre les armes, imposer un rapport de force, puis obtenir une place privilégiée à la table où se décide l’avenir du pays.

Négocier la paix sans récompenser la guerre

Négocier avec un acteur armé peut être indispensable pour protéger des vies. Mais obtenir un cessez-le-feu ne signifie pas reconnaître un droit à gouverner.

Toute médiation devrait viser des engagements vérifiables : arrêt des attaques, protection des civils, désarmement, fin des administrations parallèles et traitement des responsabilités individuelles selon les procédures applicables.

Le Conseil de sécurité a déjà fixé des exigences dans sa résolution 2773 de février 2025, notamment la cessation des hostilités du M23 et le retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Le problème n’est donc pas l’absence de règles : c’est leur mise en œuvre.

Cette exigence de légalité vaut également pour Kinshasa. Défendre les institutions implique de protéger les libertés publiques, de garantir une justice équitable et de réformer l’armée pour qu’elle protège effectivement les populations et le territoire. Aucun abus du pouvoir ne justifie une rébellion ; aucune rébellion ne dispense le pouvoir de ses obligations.

Les partenaires du Congo doivent maintenant rendre leur position explicite et leurs décisions cohérentes. Condamner la conquête armée du pouvoir, faire appliquer les sanctions et refuser toute prime politique automatique à la violence constituent un minimum.

Le Congo n’est pas un territoire où chacun peut transformer son ambition en rébellion. Le pouvoir appartient au peuple ; les armes ne donnent aucun mandat pour le lui confisquer.

Par Éric Kamba
Géostratège et analyste des relations internationales