Libération de B. Wenga et M. Makabuza : "Congo n'est pas à vendre" appelle à la démission du vice-ministre de la justice

Matumo

Devant la presse ce jeudi 14 janvier 2021, la campagne "Le Congo n'est pas à vendre" a appelé les autorités nationales à remettre en prison Benjamin Wenga et Modeste Makabuza, respectivement ex-directeur général de l'Office des Voiries et Drainage (OVD) et directeur général de la Société Congolaise de Construction (SOCOC). 

Libérés, la semaine dernière, par grâce présidentielle, ces deux personnalités avaient été condamnées, en juin dernier, pour des faits de détournement des fonds alloués au programme de 100 jours du chef de l'État, dans son volet infrastructures.

Pour le CNPAV, leur libération est une entorse à la lutte contre la corruption que mène la République démocratique du Congo. À cet effet, il a appelé à la démission du vice-ministre de la justice qui, en libérant Benjamin Wenga et Modeste Makabuza, a commis des fautes lourdes. 

"Donc, nous ; LUCHA, et c'est le cas pour la campagne Le Congo n'est pas à vendre, on estime que ces personnes condamnées pour ce fait doivent absolument être recherchées partout où elles se trouvent pour qu'elles puissent rentrer en prison. De même que, le vice-ministre de la justice qui a mis en œuvre cette mesure devait, à notre sens, démissionner parce qu'il a commis des fautes lourdes de compromettre toute la campagne de la lutte contre la corruption dont la RDC est porteuse aujourd'hui. Nous estimons que le président de la République, les institutions judiciaires vont se mobiliser pour corriger cette erreur de la part de la justice et de l'institution président de la République", a déclaré Bienvenu Matumo du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), membre de la campagne CNPAV. 

Il est revenu aussi sur le recrutement par l'Inspection Générale des Finances (IGF), du directeur général a.i et du directeur financier de la société Transco, cités dans des dossiers de "malversations financières". À ce sujet, ce membre du CNPAV a exhorté la Présidence à suspendre la procédure de recrutement de ces deux personnes mais aussi à ouvrir une procédure disciplinaire contre leurs recruteurs qui ont "induit l'IGF en erreur".

Autre dossier évoqué par le CNPAV lors de cette activité, c'est le projet Yabiso que compte lancer incessamment l'homme d'affaires israélien Dan Gertler. Pour cette structure qui regroupe plusieurs ONG de la société civile congolaise, il n'y a rien d'innovant dans ce projet. 

"Pour nous, le projet Yabiso évoque des malversations financières et des soupçons d'actes de corruption liés aux acquisitions des actifs par Dan Gertler et ses sociétés en RDC", a lâché Jean-Pierre Okenda, membre de Ressources Matters qui fait partie du CNPAV. 

Par conséquent, le CNPAV a invité le gouvernement à diligenter une enquête sur les activités de Dan Gertler au Congo-Kinshasa, ordonner aux entreprises KCC, Mumi et Metalkol de suspendre les versements de royalties à cet opérateur économique en attendant les conclusions de l'enquête, car "cet argent est celui de la Gecamines et donc, du peuple congolais".

Par ailleurs, le CNPAV a réitéré son plaidoyer pour la réhabilitation et la redynamisation de la Cour des comptes qui est un élément clé de la lutte contre la corruption. "La lutte contre la corruption doit avoir un contenu et ce contenu là, ce n'est pas une simple déclaration mais (...) ce contenu, c'est réhabiliter la Cour des comptes parce que la Cour des comptes, c'est l'institution qui a d'abord le pouvoir d'avertir. La Cour des comptes joue à la prévention, elle prévient aux décideurs ; il ne faut pas frauder, la Cour des comptes vient réprimer et la Cour des comptes corrige certaines fautes", a indiqué Jean-Michel Mvondo, secrétaire exécutif du Réseau d'Éducation Civique au Condo (RECIC), structure membre de ladite campagne.

S'agissant du dossier de l'Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) dont certains agents ont été accusés de corruption dans le cadre de l'enquête sur le blanchiment des capitaux à Access bank, Jimmy Kande, coordonnateur-pays du Réseau panafricain de lutte contre la corruption Unis-RDC, a invité la Présidence à prendre des décisions "fortes" contre ce service qui lui est rattaché. "La lutte contre la corruption est en train d'être sapée. Il y a plus de discours qu'une volonté réelle d'agir. Il faut qu'il y ait des décisions fortes contre l'APLC", a-t-il dit. 

En définitive, la campagne CNPAV a recommandé aux partenaires extérieurs d'accompagner la population congolaise dans son engagement contre la corruption et "non à soutenir des pratiques de corruption selon leurs intérêts propres et/ou politiques". Il a présenté aussi ses vœux de bonheur et de joie à l'ensemble du peuple congolais pour l'année 2021.

Prince Mayiro