Autopsie de la dépouille de R. Mukendi : une balle réelle, pas en caoutchouc, qui « a complètement délabré le foie » (médecin légiste)

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Invité par la Cour militaire de Kinshasa-Matete siégeant au premier degré sur le meurtre de l'activiste pro-démocratie Rossy Mukendi, le médecin légiste Paul Kabasele a, au cours de l'audience tenue le lundi 29 novembre 2021 à la prison militaire de Ndolo, interprété le rapport de l'autopsie pratiquée sur le corps sans vie de la victime quelques jours après sa mort par balle. 

À en croire cet expert médico-légal, deux indices « importants » sont à relever sur le plan de l'examen externe. Au niveau de pénétration du tir, il a fait savoir que le corps sans vie de R. Mukendi avait une plaie de type punctiforme avec collerette. Celle-ci avait été localisée à la partie gauche du thorax du défunt au niveau du huitième espace intercostal. 

« C'est une plaie qui a la forme d'un point. Elle est de dimension inférieure, soit au centimètre soit à plus de deux centimètres. L'autre caractéristique est que le pourtour de cette plaie est incrusté d'une ecchymose (infiltration de sang sous la peau). Dans le pourtour de cette plaie, il y a une coloration plus ou moins noirâtre », a-t-il fait savoir. 

En ce qui concerne l'orifice de sortie du tir, le Dr Kabasele a expliqué qu'il y avait une plaie qui a une forme ellipsoïde d'environ 1,5 centimètres de 30 diamètres qui est située à la partie droite du thorax du corps de R. Mukendi au niveau du neuvième espace intercostal et sur la ligne axillaire antérieure. 

« Les deux plaies objectivées, nous donnent une idée sur une trajectoire quelconque d'un projectile qui est entré et qui est sorti. Les caractéristiques même de ces plaies plaident en faveur d'une lésion balistique. En plus de ces deux éléments importants, nous avons noté d'autres qui sont pratiquement la conséquence des effets du projectile sur les organes internes tels que la cyanose qui est une coloration bleuâtre qui caractérise les orteils, lèvres ou le visage lorsque prédomine une hémoglobine non oxygénée dans la circulation du sang, au niveau des extrémités. Ça, c'est l'examen externe du corps », a expliqué cet expert médico-légal. 

S'agissant de l'examen interne, le Dr Kabasele a indiqué que la balle avait atteint le foie de la victime et cet organe a été déchiqueté. 

« Sur le plan interne, lorsque nous avons ouvert les cavités thoraciques et abdominales, nous avons découvert une perforation du muscle intercostal en regard du huitième espace intercostal gauche, c'est-à-dire, au niveau de l'orifice d'entrée, après avoir perforé la peau, le projectile a perforé le muscle intercostal. Le projectile a atteint le foie qu'il a délabré complètement. Le foie a été déchiqueté. Lorsque le foie est atteint, le sang se déverse dans la cavité abdominale. Vous avez une hémorragie interne. En plus du foie qui est délabré et déverse de grandes quantités du sang dans la cavité abdominale, nous avons aussi l'hémothorax qui signifie la présence du sang dans le thorax du fait que le diaphragme étant le muscle respiratoire qui cloisonne les cavités thoraciques et abdominales, a été aussi perforé ».

Et de poursuivre : « La balle en déchirant le foie, a touché le lobe inférieur du poumon et a créé une contusion. Après le poumon, nous avons noté un hématome au niveau des muscles intercostaux droits en regard des huitieme et neuvième côtes. Et c'est là où la balle est sortie au niveau du neuvième espace intercostal. Les autres organes étaient sans particularités. Ils étaient tout simplement mouillés du sang, mais il n'y avait pas des lésions organiques relevées ». 

Il a conclu en disant que R. Mukendi a succombé de suite d'un traumatisme causé par une balle tirée par une arme à feu. Au vu des dégâts énumérés, cet expert médico-légal a estimé que cette munition était létale. 

« Je me fais une opinion au regard des lésions objectivées, je ne peux pas penser que cette munition soit en caoutchouc. Je parle sous réserve de l'expert en balistique. Dans le mécanisme de la balistique interne, lorsqu'une balle réelle atteint la cible, elle crée cette collerette et cette ecchymose autour de l'orifice d'entrée du tir au niveau du corps. Chose qu'une balle en caoutchouc ne peut faire ni au niveau de la balistique interne ni au niveau de la balistique terminale. La puissance de diffusion d'une balle réelle cause les dégâts tels que nous les avons et une balle en caoutchouc ne peut causer ces genres de dégâts », a-t-il précisé. 

R. Mukendi a été tué par balle le 25 février 2018 dans l'enceinte de la paroisse Saint Benoît de Lemba, lors d'une marche du Comité Laïc de Coordination (CLC). L'autopsie de sa dépouille a été réalisée le 2 mars de la même année. 

Merveil Molo