Campagne de l’ONG CNPAV contre l'accord RDC - Ventora : POM (plateforme de la société civile du secteur minier) via Élie Kadima dénonce une main cachée à la MONUSCO (Interview)

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Le gouvernement de la RDC et le Groupe Ventora détenu par l'homme d'affaires israélien, Dan Gertler, ont conclu, le 24 février dernier, un accord à l'amiable. La signature de cet accord a consacré la restitution des actifs miniers et pétroliers de cette entreprise à l'État congolais, évalués à plus de 2 milliards de dollars américains. Cela a mis fin à une longue bataille judiciaire entre Kinshasa et Dan Gertler sur la récupération de ses actifs miniers et pétroliers, s'est félicitée la Présidence de la République.

Cependant, des organisations de la société civile congolaise, notamment celles réunies au sein de la campagne "Le Congo n'est pas à vendre" ont déploré la "non transparence" ayant caractérisé le processus de signature de cet accord. Elles ont réclamé, par ailleurs, la publication de cet accord. 

Pour lever tout malentendu, la Présidence de la République a promis de publier cet accord. Elle a également organisé, du 13 au 14 avril de l'année en cours, une table ronde en vue de restituer les discussions entre la RDC et le Groupe Ventora aux organisations de la société civile. 

Au terme des échanges de deux jours, plusieurs structures, entre autres, l'Observatoire de la dépense publique (ODEP) ont quitté le CNPAV suite au "disfonctionnement, à l'intolérance et à l'indiscipline" au sein de la plateforme. De son côté, le CNPAV, malgré qu'il ait pris part à la table ronde, a maintenu sa position contre l'accord RDC - Ventora.

Participant à ladite table ronde, Élie Kadima de la Plateforme des organisations de la société civile intervenant dans le secteur minier (POM) a, dans une interview accordée à la presse après ces assises, fait des révélations quant à cette position du CNPAV. Lui qui a affirmé avoir vu et lu l'accord signé entre la RDC et Dan Gertler, à l'instar de tous les participants, a déploré l'attitude du CNPAV qui continue de mener une campagne contre cet accord. À l'en croire, une main cachée à la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation au Congo (MONUSCO) est à l'origine du double jeu du CNPAV.

Vous venez de participer à une table ronde entre la Présidence de la République et certaines organisations de la Société civile sur l’accord signé avec le groupe Ventora. Comment vous êtes-vous retrouvé là, est-ce sur invitation ?

Quand l’information a circulé sur la signature de cet accord, il y a eu des contestations. Particulièrement « Congo n’est à vendre » a dit que cet accord était déséquilibré et il a avancé ses chiffres. Et la Présidence a voulu qu’elle se mette autour d’une table avec les organisations de la Société civile pour essayer de cogiter autour de cette question et voir qui a raison. C’est dans ce cadre là qu’on nous a invités pour assister à une table ronde sur les chiffres qui avaient été donnés dans l’accord et sur l’accord lui-même. Bien sûr que l’accord n’a pas été publié, mais pour nous qui avions assisté à la table ronde, il -accord- nous a été projeté. On l’a lu du début à la fin. 

Vous confirmez aux lecteurs que vous avez vu et lu cet accord ?

Tout le monde qui a participé à la table ronde a lu l’accord qui avait été projeté à l’aide d’un projecteur. La Présidence ne voulait pas que, comme il y a une clause de confidentialité, que quelqu’un puisse filmer même avec un téléphone cette projection parce qu’elles se sont entendues entre parties pour le garder secret comme il y a encore des démarches à faire. Notamment au niveau du gouvernement américain pour arriver à lever les sanctions qui pèsent sur Dan Gertler. C’est après ça que l’on peut publier l’accord. La Présidence n’a pas refusé de publier l’accord. Elle a dit qu’elle va le publier mais après avoir accompli certaines étapes ou certains préalables.

Quels ont été les termes de référence -TDR- de cette table ronde ?

La première préoccupation portait sur le contenu même de l’accord. C’est ce qui nous a été présenté le premier jour. Quand on l’a projeté, nous l’avons vu et lu les différentes dispositions qui l’y avait, et nous y avons discuté. Le deuxième jour, nous avons parlé des chiffres. Donc, il y a des chiffres qui avaient été avancés par « Congo n’est pas à vendre ».

Sont-ils des chiffres contenus dans l’accord ?

Non, ce sont des chiffres que «Congo n’est pas à vendre» a publiés d’après ses propres études. Mais nous avons dit que nous devons discuter sur les chiffres contenus dans l’accord signé avec Dan Gertler. Mais « Congo n’est pas à vendre » parlait de 208.000 dollars par jour que Dan Gertler va recevoir et cela pendant 20 ans. La Présidence a estimé que c’était trop exagéré. C’est ainsi que la Présidence est venue nous montrer comment les parties ont fait le calcul et que « Congo n’est à vendre » aussi puisse dire comment il a fait ses calculs afin qu’on puisse confronter pour trouver un compromis. Et le compromis a été trouvé.

Compromis trouvé, c’est-a-dire quoi ?

C’est que les représentants du « Congo n’est pas à vendre » ont accepté les chiffres avancés par la Présidence de la République. A partir de ce moment là, on a compris que nous nous sommes mis d’accord, il n’y a plus de divergence. C’est ainsi que nous avons fait cette déclaration là pour essayer d’éclairer l’opinion puisque « Congo n’est pas à vendre » avait fait une large diffusion que le contrat était déséquilibré et que Dan Gertler avait la partie la plus juteuse. Après avoir analysé ces chiffres, nous avons compris que la RD-Congo avait beaucoup à gagner dans cet accord par rapport à Gertler. 

Après la table ronde, que dites-vous à certains membres de la Société civile d’entre vous qui remettent en cause les conclusions de cette table ronde et qui vont même plus loin vous accusant d’être corrompus estimant qu’il y a eu compromission ?

Ça m’étonne ! Je déplore la malhonnêteté de certaines personnes qui ont participé à la table ronde. Je le dis parce qu’autour de la table, elles n’ont pas contesté les chiffres que la Présidence de la République a présentés. Ils ont tenté de faire leur démonstration et il s’est avéré qu’ils étaient à côté. Pour eux, ils pensaient que la redevance et les royalties que devait prendre Dan Gertler, il prenait 20 millions de dollars par mois. On leur a dit que ce n’est pas par mois mais par trimestre. Comme il y a 4 trimestres dans une année, il y a donc 80 millions de dollars que Gertler recevrait alors qu’eux parlaient par mois. Ne voyez-vous pas que les calculs étaient déjà faussés? Quand on a fait le calcul, on est arrivé à la fin, ils n’ont pas contesté. Ce qui m’a étonné, c’est quand on a terminé la table ronde, ils sont sortis et ont commencé à dire que le débat était à sens unique, ils n’ont pas eu le temps de prendre la parole… Ce qui n’est pas normal et correct. C’est vraiment déplorable de telles attitudes parce que nous avons travaillé pendant deux jours de 14 à 19 heures. Pendant tout ce temps-là, il y a eu des échanges et beaucoup de personnes de «Congo n’est pas à vendre» ont posé des questions. Vous allez constater qu’aujourd’hui qu’il y a des divergences entre eux. Certains d’entre eux qui ont compris ont même décidé de démissionner. Et cela pourquoi, parce qu’on s’était mis d’accord et quand ils sont sortis, on a compris qu’il y a quelqu’un qui est en train de leur mettre dans la bouche ce qu’ils doivent dire. 

Voulez-vous par là soupçonner une main noire qui serait derrière leur attitude ?

Exact. Je soupçonne une main noire parce que c’est vraiment surprenant que quelqu’un assiste à une table ronde, il parle et n’arrive pas à convaincre. Mais on parvient à le convaincre lui. Mais quand il sort de la table ronde, il dit : « je n’ai pas pris la parole, on m’en a empêché ». C’est quand-même curieux ! 

Certains de vos amis les plus agitateurs comme ceux du « Congo n’est pas à vendre » tiennent à la publication de cet accord alors que pendant la table ronde vous l’avez vu et lu. N’estimez-vous pas que ce soit un faux débat ?

C’est un faux débat bien-sûr mais le problème est que, pour des raisons de transparence, ce n’est pas mal que l’accord soit publié. Mais la Présidence de la République a dit qu’ils sont convenus que cet accord soit d’abord frappé d’une sorte de confidentialité pour une période, le temps qu’on même des démarches pour la levée des sanctions contre Dan Gertler. Comme Dan est sous sanction, la République ira avec l’accord aux Etats Unis pour montrer aux Américains que voilà vous avez sanctionné Dan Gertler pour le mal qu’il a fait chez nous, voilà qu’aujourd’hui nous venons de nous entendre avec lui, nous pensons que vous devez lever les sanctions contre lui.

Cela voudrait dire que tôt ou tard cet accord sera publié ?

Bien sûr, il sera publié. La Présidence a dit clairement que l’accord sera publié dès qu’elle termine les démarches auprès des Américains pour obtenir la levée des sanctions contre Gertler. La Société civile s’est toujours battue en demandant la publication des accords. C’est une histoire qu’il y a eu aussi avec BANRO et aujourd’hui cet accord est déjà publié. C’est-à-dire que la Présidence n’a pas refusé de publier l’accord mais ils sont quand convenus qu’on ne publie pas avant qu’on arrive à parler avec les Américains pour qu’ils lèvent les sanctions. 

On a comme l’impression que des divergences ont été aplanies sur l’accord entre la République et Ventora et que certainement il y a de nouvelles attentes de la Société civile ?

La Société civile, plus «Congo n’est pas à vendre», avait commencé la bataille sur les chiffres. Ils ont présenté 208 mille dollars par jour pendant 20 ans. Quand on est arrivé à la table ronde ils n’ont pas su défendre ces chiffres là et ont accepté les chiffres que la Présidence a présentés. Maintenant leur bataille reste au niveau de la publication. La Présidence nous a dit que nous vous avons appelés et vous avez vu, vous pouvez maintenant aller expliquer aux organisations qui vous ont mandatés. Mais vous sentez qu’ils ont perdu la bataille des chiffres, ils s’accrochent désormais à la publication immédiate de l’accord. Personnellement, je n’approuve pas une telle démarche. Parce que quand nous sommes allés à la table ronde, nous pensions qu’eux avaient des démonstrations à faire pour montrer dans quelle mesure dan Gertler prenait la partie la plus juteuse. Mais quand nous arrivons là-bas, nous avons trouvé que la RD-Congo va bénéficier de plusieurs choses parce qu’elle récupère tous les blocs pétroliers, tous les gisements. Il y a des études qui ont été faites sur les blocs pétroliers que la RD-Congo va reprendre. Et dans l’accord il est même dit que la RD-Congo va remettre l’argent des études mais, elle ne va pas le faire avec l’argent du trésor public mais ce sera au moment où on va trouver un repreneur de ces blocs. Et puis, la dette de la GECAMINES envers Ventora est terminée et que dans les différents paiements qui vont intervenir entre les différentes parties, la GECAMINES va même bénéficier de 58 millions de dollars et que la dette qu’elle avait envers Ventora est terminée. Il y a donc plusieurs choses. Et puis, on ne doit pas oublier qu’on est dans un arrangement à l’amiable où il y a des choses qu’on perd et qu’on gagne. La logique qu’il y a là-bas est qu’au lieu de tout perdre, on peut voir ce qu’on peut gagner et avancer. On ne peut pas rester sur un même point en train de diaboliser Dan Gerteler. Il y a de gens qui ont fait pire dans ce pays que Dan Gertler et qui ne n’ont jamais été poursuivis. Nous avons même recommandé dans notre déclaration que le processus qui vient d’être amorcé avec Dan Gerteler puisse continuer vers d’autres. Nous avons le rapport des panels qui a déjà listé plus de 50 personnes. Il y a le rapport Lutundula et tant d’autres qui ont montré noir sur blanc les entreprises ou les personnes qui ont bradé les mines en RD-Congo, mais on ne les a jamais poursuivis. On a arrangé avec Dan Gertler aujourd’hui. Nous voulons récupérer nos gisements.  

On a appris par rapport à votre participation à la table ronde que vous aviez subi des pressions. Pouvez-vous nous en parler ?

Il y a de gens qui ont appelé le PCA de notre plateforme lui demandant s’il peut accepter qu’on lui paie un billet et qu’il vienne à Kinshasa pour faire une déclaration montrant qu’il n’est pas d’accord avec la signature que j’ai posée sur le document. Alors il m’a appelé pour me prévenir. Ça nous a surpris et la personne qui l’a appelé c’était une personne de la MONUSCO qui a appelé. On se demande quel est le lien entre la MONUSCO et ce que nous avons fait. Toutefois, ils ont quand même appelé le PCA pour qu’il vienne renier ma signature. Il leur a répondu que j’ai été mandaté par le Conseil d’administration et que cette dernière a approuvé la signature que j’ai apposée au bas du document.

Interview tirée du journal Africanews.