RDC : plus de 480 condamnations à mort prononcées en 2024 (Rapport ECPM)

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La République démocratique du Congo a enregistré plus de 480 condamnations à mort prononcées au cours de l’année 2024, soit une augmentation de plus de 300 % par rapport à 2023. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré au cours des vingt dernières années.

C’est ce qu’ont révélé les abolitionnistes lors du lancement de la mission d’enquête, organisé par les associations Culture pour la paix et la justice (CPJ asbl) et Ensemble contre la peine de mort (ECPM), ce mardi 21 avril 2026 à Kinshasa.

Ce rapport a été réalisé dans une dizaine de prisons congolaises entre septembre 2024 et août 2025 par la CPJ asbl, en collaboration avec la Coalition contre la peine de mort en RDC, ainsi que les réseaux congolais de magistrats, d’avocats et de parlementaires engagés contre la peine de mort, en partenariat avec l’ECPM.

Pour la députée nationale Christelle Vuanga, cette enquête est particulière, car c’est la première fois que des députés ont pu s’entretenir avec des condamnés à mort dans plusieurs prisons du pays.

« Nous avons eu le temps d’écouter, d’examiner les dossiers et nous nous sommes rendu compte qu’il y a beaucoup de situations préoccupantes. Que ce soit à Kinshasa ou dans les provinces, les faits sont similaires. Ce sont souvent des jeunes qui sont condamnés à mort, avec également une présence féminine. Nous avons constaté qu’il s’agissait souvent de procès expéditifs, avec de nombreuses infractions liées à l’association de malfaiteurs, dans lesquelles il est difficile d’intervenir et d’en tirer des conclusions claires. À la lecture de ce rapport, on constate qu’il y a beaucoup à améliorer dans notre système judiciaire. Le but est de pousser les autorités judiciaires à s’améliorer. En tant que parlementaires, nous recommandons l’abolition de la peine de mort et la suspension des exécutions », a-t-elle déclaré.

La responsable Afrique et Asie à l’ECPM, Marie-Lina Perez, a indiqué que les données contenues dans ce rapport proviennent de la société civile.

« Il n’existe pas de chiffres officiels confirmés par les autorités. Les données que nous présentons résultent d’un travail minutieux de recoupement d’informations recueillies auprès des condamnés à mort. Notre objectif est de montrer la réalité de la peine de mort. Il est important que la population comprenne ce que cela implique. Comme nous l’avons observé récemment, depuis la levée du moratoire en mars 2024, la peine de mort a été instrumentalisée et utilisée comme un outil politique et populiste », a-t-elle expliqué.

De son côté, l’avocat près la Cour d’appel, Me Ngoto Ngoie Ngalingi, a souligné que ce rapport met en lumière des conditions de détention difficiles pour les condamnés à mort.

« Ce rapport est riche en enseignements. Il a permis de formuler de nouvelles recommandations, notamment des mesures intermédiaires avant d’aboutir à l’abolition de la peine de mort. Il est essentiel d’améliorer l’accès à la justice. Plusieurs personnes ont été condamnées à mort à l’issue de procès très courts et expéditifs, sans être défendues par des avocats expérimentés. Elles n’avaient pas non plus accès aux voies de recours, faute d’informations suffisantes sur les procédures d’appel. Cela montre la nécessité d’agir au niveau législatif pour renforcer l’accès à la justice, ainsi que l’information des personnes condamnées », a-t-il indiqué.

Ensemble contre la peine de mort, Culture pour la paix et la justice et leurs partenaires appellent les autorités congolaises à s’engager rapidement vers l’abolition de la peine de mort et à suspendre toute exécution en préparation. Ils demandent également le renforcement des normes internationales en matière de procès équitable, notamment l’assistance d’un avocat dès le début de la procédure, ainsi que la fin des pratiques de torture ou de traitements coercitifs.


Linda Lusonso