USA : un juge ordonne le rapatriement d’une Colombienne expulsée vers la RDC

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L’administration du président Donald Trump a violé la loi en expulsant une ressortissante colombienne vers la République démocratique du Congo, malgré le refus des autorités congolaises de l’accueillir, a statué mercredi un juge fédéral américain.

Selon le quotidien The New York Times, le juge fédéral Richard J. Leon, du tribunal de district de Columbia, a ordonné à l’administration américaine de ramener aux États-Unis Adriana Maria Quiroz Zapata, une Colombienne de 55 ans expulsée vers la RDC en avril dernier dans le cadre de la politique migratoire menée par Washington.

D’après la même source, cette décision « inhabituelle » n’était pas encore inscrite au registre public mercredi soir, mais elle a été confirmée au New York Times par l’avocate de Mme Zapata, Lauren O’Neal.

Selon cette dernière, Mme Zapata souffre de diabète, d’hyperlipidémie et d’hypothyroïdie. Le ministère congolais de l’Intérieur aurait informé l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), par courrier, qu’il ne pouvait pas l’accueillir, faute de structures médicales adéquates.

« Le gouvernement l’a quand même envoyée en RDC », a écrit le juge Richard J. Leon dans sa décision. « L’expulsion de la plaignante vers la RDC était donc probablement illégale », a-t-il ajouté.

La loi fédérale américaine autorise l’expulsion de migrants vers des pays tiers, mais impose que le pays de destination accepte officiellement de les accueillir.

Le département américain de la Sécurité intérieure n’avait pas « immédiatement » répondu aux demandes de commentaires. L’ambassade de la RDC à Washington n’avait pas non plus réagi.

Cette affaire rappelle celle de Kilmar Armando Ábrego García, résident du Maryland expulsé à tort vers le Salvador l’année dernière. Les tribunaux américains avaient alors ordonné son retour aux États-Unis.

Le juge Leon a évoqué ce précédent dans sa décision de trois pages.Selon le New York Times, Adriana Maria Quiroz Zapata avait fui un ancien compagnon lié à la police nationale colombienne.

Lors d’un entretien accordé au journal depuis l’hôtel où elle séjourne en RDC, elle a affirmé avoir été violée et battue par cet homme en toute impunité.

En 2025, après examen des preuves documentaires et de son témoignage, un tribunal d’immigration américain avait conclu qu’elle risquait très probablement d’être soumise à la torture si elle était renvoyée en Colombie.

Actuellement logée dans un hôtel situé à la périphérie de Kinshasa avec 14 autres migrants expulsés par l’administration Trump, Mme Zapata affirme vivre dans la peur.

« Je suis enfermée dans ma chambre 24h/24 et 7j/7. J’ai peur en permanence », a-t-elle déclaré au New York Times avant le prononcé du jugement.

Le juge Richard J. Leon a ordonné à l’administration américaine de préciser, avant vendredi soir, les mesures prises pour organiser le retour de Mme Zapata aux États-Unis.

L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et le département d’État américain subissent actuellement des pressions de la Maison-Blanche afin de trouver des pays d’accueil pour des migrants que les États-Unis ne peuvent pas renvoyer dans leur pays d’origine, généralement en raison de risques de persécution ou de torture reconnus par la justice américaine.

Dans ce contexte, l’administration américaine avait conclu des accords avec certains pays disposés à accueillir ces migrants. La RDC avait accepté d’en recevoir certains, mais avait refusé de prendre en charge Adriana Maria Quiroz Zapata pour des raisons médicales, selon des documents judiciaires cités par le New York Times.

Raphaël Kwazi