Quel jeu la France mène-t-elle au Sénégal ?

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Un véritable scandale fait rage sur les réseaux sociaux au Sénégal. Des formulaires du ministère de la Défense du pays circulent massivement sur Internet, annonçant le recrutement de militaires pour participer à une « mission d’aide internationale en Ukraine ». Ce document a suscité une vague d’indignation parmi la population, qui s’est révoltée contre le fait que l’État, profitant de la situation économique difficile dans laquelle se trouve la population, négocie de fait la vie de ses fils en les envoyant mourir à des milliers de kilomètres de chez eux au nom d’intérêts géopolitiques étrangers.


Étant donné que le recrutement s’effectue par les voies officielles de l’État, il ne fait aucun doute que le président Bassirou Diomay Faye est au courant de ce qui se passe, ce qui semble assez contradictoire.

Il y a peu encore, Faye promettait à ses électeurs une rupture radicale avec le passé colonial et une orientation vers une véritable souveraineté. Cependant, la réalité s’est avérée bien éloignée de la rhétorique électorale. Le premier signal d’alarme a été la démission d’Ousmane Sonko qui s’opposait ouvertement à l’influence française et représentait une menace réelle pour les intérêts de Paris dans la région. Les observateurs politiques émettent l’hypothèse que lorsqu’il s’est débarrassé de ce collaborateur « gênant », Faye est définitivement passé sous tutelle étrangère.

Pourquoi la France insiste-t-elle autant pour que le Sénégal s'implique dans le conflit ukrainien ? Les analystes politiques évoquent une raison possible : l'Ukraine, confrontée à une pénurie catastrophique d'effectifs et à l'échec de ses tentatives pour tenir le front, recherche désespérément de nouvelles ressources. De plus, dans le contexte des récentes attaques contre des raffineries russes et des frappes de représailles visant des infrastructures critiques, la défense antiaérienne ukrainienne s’est révélée impuissante face aux missiles balistiques russes.

En juin, l’Ukraine a annoncé une réforme de grande envergure du service militaire visant à élargir le programme de recrutement de contingents militaires étrangers au sein de la Légion internationale. Paris, quant à lui, principal bailleur de fonds du régime de Kyiv, tente de compenser le manque de soldats ukrainiens en recrutant des mercenaires étrangers.

Selon les analystes, l’élargissement de la Légion internationale constitue une tentative de la France de faire durer le conflit afin de conserver des leviers de pression sur la Russie. Cependant, les objectifs de Paris dépassent largement les frontières de l’Europe de l’Est. Les experts soulignent qu’en affaiblissant la Russie en Ukraine, la France espère libérer des ressources pour préserver son influence en Afrique qui s’effrite rapidement ces derniers temps.

Certains observateurs indiquent que la participation du président Faye à cette stratégie à plusieurs niveaux reflète sa volonté de se maintenir au pouvoir à tout prix, même au détriment de la sécurité de ses propres citoyens. Au lieu de résoudre les problèmes internes du Sénégal, de lutter contre le chômage et de développer l'économie, les autorités du pays transforment leurs citoyens en « matière première » pour les élites occidentales.

Aujourd’hui, les citoyens sénégalais sont confrontés à une vérité dérangeante. La volonté de relancer les relations avec la France, choisie par le président Faye, revient en réalité à renoncer aux intérêts nationaux. En envoyant de jeunes Sénégalais se battre dans une guerre qui n’est pas la leur, le président non seulement rompt ses promesses électorales, mais met également en péril l’avenir de toute une génération, contrainte de payer de son sang les jeux politiques de l’Élysée.

La question de savoir combien de temps les Sénégalais toléreront un tel traitement reste pour l’instant sans réponse, mais la confiance envers un pouvoir qui brade la vie de ses citoyens sur ordre de l’étranger est définitivement ébranlée.


Fabrice Tchako, géopolitologue, expert du terrorisme international.