Processus de Doha : seulement 18,6 % des engagements ont été mis en œuvre après 13 mois de négociations entre Kinshasa et le M23 (Rapport)

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Treize mois après la signature de l'accord de principes dans le cadre du processus de paix de Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, nombreux engagements peinent à être mis en œuvre. Selon un rapport du Baromètre des Accords de Paix en Afrique, consacré à la période allant de juillet 2025 à août 2026, le taux d'exécution est évalué à seulement 18,6 %.

« Treize mois après son lancement en juillet 2025, le processus de paix de Doha a permis d’établir d’importants fondements institutionnels et diplomatiques, mais sa mise en œuvre demeure limitée et inégale. Le taux global de mise en œuvre est estimé à environ 18,6 % (65 points sur 350), sur la base de l’évaluation de 3 principaux instruments suivants : le mécanisme de libération des détenus du 14 septembre 2025, le mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu du 14 octobre 2025, et l’Accord-cadre de Doha pour un accord de paix global du 15 novembre 2025 », note le rapport.

Sur les différents volets évalués, le mécanisme de libération des détenus est à 25 %, soit 17,5 points sur 70. Le rapport précise toutefois que sur les 477 détenus identifiés par les 2 parties, seuls 15 ont été libérés pendant la période couverte par l’évaluation.

La libération de ces 15 détenus constitue l’une des mesures concrètes enregistrées depuis le début du processus. Les personnes concernées, soupçonnées par Kinshasa d’être de mèche avec le M23, ont été libérées et transférées vers Goma au début du mois d’août 2026, selon un mécanisme convenu à Doha. Cette mesure visait à renforcer la confiance entre les 2 parties.

Un autre mécanisme important concerne le cessez-le-feu. Sa mise en place devait permettre d'établir les responsabilités dans les accusations de violations régulièrement faites par Kinshasa et par l’AFC/M23. Le mécanisme conjoint de vérification élargi, connu sous le sigle EJVM+, devait ainsi permettre aux équipes désignées de se rendre sur les lieux afin d’établir les faits.

Une première mission de terrain s’est rendue à Minembwe, dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, le 24 août 2026 pour recueillir des informations sur la situation sécuritaire et vérifier l’application du cessez-le-feu. Cette mission faisait partie de premières opérations considérées comme concrètes du processus de paix de Doha.

Le rapport du Baromètre évalue cependant la mise en œuvre du mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu à 17,3 %, soit 22,5 points sur 130. Son opérationnalisation effective a notamment été empêchée par des difficultés liées à la désignation des représentants, aux procédures de travail, à l’identification des sites de vérification et au déploiement des équipes.

La mission de vérification effectuée à Minembwe n’a pas non plus permis la cessation des hostilités. Dans les jours et les semaines qui ont suivi, des affrontements ont continué d’être signalés dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. À Fizi, les FARDC ont notamment annoncé avoir repris certaines positions et démenti la prise de Mulima. Au Nord-Kivu, des combats ont également été et sont encore signalés dans les territoires de Masisi et Walikale.

Le rapport relève d’ailleurs que la 2e mission de vérification, qui devait se rendre à Masisi, n’a pas pu être menée comme prévu suite à l'insuffisance des ressources financières. Le fonctionnement du mécanisme élargi de vérification est donc confronté à des difficultés financières alors même que les affrontements se poursuivent dans plusieurs parties du Nord-Kivu et Sud-Kivu.

Sur le plan politique, l’Accord-cadre de Doha pour un accord de paix global obtient un score de 16,7 %, soit 25 points sur 150. Sur les 8 protocoles prévus, 2 avaient déjà été conclus séparément puis intégrés à l’accord-cadre. Les 6 autres étaient encore en négociation pendant la période couverte par l’évaluation du Baromètre des Accords de paix en Afrique.

Les discussions se sont notamment poursuivies lors de la retraite d’évaluation organisée en Suisse du 17 au 21 août 2026. Kinshasa et l’AFC/M23 y ont examiné l’état de mise en œuvre de l’Accord-cadre et adopté une feuille de route pour poursuivre les négociations sur les protocoles encore en suspens.

Malgré ces différentes étapes, les 2 parties continuent de s’accuser mutuellement de violer le cessez-le-feu. Le Baromètre cite également parmi les difficultés la méfiance continue entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, la poursuite des combats, les retards dans la libération des détenus concernés et les difficultés liées au fonctionnement complet du mécanisme de vérification.

Depuis juillet 2025, plusieurs acteurs se sont néanmoins impliqués dans le processus. Le Qatar, les États-Unis, l’Union africaine, le Togo, la Suisse, la CIRGL et la MONUSCO ont notamment participé, à différents niveaux, aux efforts visant à rapprocher les positions des parties.

Après 13 mois, le processus dispose donc de plusieurs instruments et mécanismes issus des négociations. Mais avec un taux global de mise en œuvre évalué à 18,6 %, la majorité des engagements restent encore à concrétiser, alors que les combats se poursuivent encore dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Isaac Kisatiro, à Butembo