RDC : ouverture du procès de deux généraux poursuivis notamment pour « lâcheté » après la chute de Bukavu

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Le procès de deux hauts gradés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), poursuivis notamment pour lâcheté, démoralisation des troupes et exécution d’une mission de combat sans potentiel offensif adéquat, s’est ouvert ce vendredi 25 septembre 2026 devant la Haute Cour militaire, à Kinshasa.

Il s’agit du général-major Yav Avul Ngola Robert, ancien commandant de la 33ᵉ région militaire et de la Task-force Sud-Kivu, ainsi que du général de brigade Ehonza Uketi André, ancien commandant opérationnel a.i. du secteur Sukola II Nord/Sud-Kivu.

Les deux officiers sont poursuivis dans le cadre des événements ayant entouré la chute de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, tombée aux mains des forces de l’AFC/M23 en février 2025, après la conquête de plusieurs positions stratégiques dans la province.

Yav Avul notamment accusé de « lâcheté »

À l’ouverture de l’audience, le lieutenant-colonel René Kiembi, greffier à la Haute Cour militaire, a donné lecture du libellé des préventions retenues contre les deux prévenus.

Selon l’accusation, le général-major Yav Avul Ngola Robert est notamment poursuivi pour lâcheté, démoralisation des troupes et mise en exécution d’une mission de combat sans potentiel offensif adéquat.

Le ministère public lui reproche notamment d’avoir quitté la ville de Bukavu après la perte de plusieurs positions, parmi lesquelles Kalehe, Katana et Kavumu, alors que les forces de l’AFC/M23 avançaient dans le Sud-Kivu.

D’après le libellé lu à l’audience, l’officier aurait ensuite rejoint clandestinement la région de Nyatende, où il aurait retrouvé d’autres éléments des forces loyalistes en repli.

Le général-major est également accusé d’avoir contribué à la démoralisation des militaires placés sous son commandement.

L’accusation lui reproche, en outre, d’avoir fait exécuter une mission de combat avec un potentiel offensif jugé insuffisant. Il lui est notamment reproché d’avoir remis à son co-prévenu des obus de mortier de 82 mm avec des cartouches de lancement périmées, ainsi que des armes PKM présentées comme défectueuses.

Ces éléments constituent, à ce stade, les accusations formulées contre le prévenu devant la juridiction militaire et devront être examinés contradictoirement au cours du procès.

Ehonza Uketi également poursuivi

Le général de brigade Ehonza Uketi André, qui assumait les fonctions de commandant opérationnel a.i. du secteur Sukola II Nord/Sud-Kivu, fait face à des préventions similaires.

Selon le ministère public, il lui est notamment reproché d’avoir abandonné les troupes positionnées à Amsar, considérée comme une ligne de défense de Bukavu, pour rejoindre nuitamment le général-major Yav Avul Ngola à Nyatende.

L’accusation lui reproche également d’avoir démoralisé les militaires placés sous ses ordres en provoquant, selon elle, un climat de panique, de désordre et de confusion.

Cette situation aurait notamment été favorisée, d’après le ministère public, par une surestimation de la puissance des forces adverses.

Les deux généraux avaient, lors de précédentes auditions devant les services de renseignement militaire et l’Auditorat général, soutenu que les forces ennemies disposaient d’une supériorité en hommes et en équipements, selon les informations rapportées à l’ouverture du procès.

La défense sollicite une remise

Après l’identification des deux prévenus par la Haute Cour militaire, leurs avocats ont sollicité une remise de l’affaire afin de disposer du temps nécessaire à la préparation de la défense.

La défense du général-major Yav Avul Ngola a demandé une courte remise afin de préparer et de déposer un mémoire unique.

De leur côté, les avocats du général de brigade Ehonza Uketi ont sollicité une remise de deux semaines pour leur permettre de prendre connaissance du dossier et d’examiner les éventuelles exceptions à soulever.

« Étant donné que nous sommes à la première audience, au nom du principe du droit de la défense, une remise se justifie pour s’imprégner du dossier et enfin relever quelques exceptions. Nous sollicitons la remise à deux semaines », a déclaré Me Bokolombe, avocat du général de brigade Ehonza Uketi.La Haute Cour militaire a fait droit à cette demande.

La prochaine audience fixée au 9 octobre

À l’issue de cette première audience, le président de la composition, le lieutenant-général magistrat Paul Ilunga Dikita, a renvoyé l’affaire au 9 octobre 2026.

« Nous renvoyons contradictoirement cette cause au 9 octobre prochain », a déclaré le président de la composition.

Cette nouvelle audience devrait permettre à la défense de poursuivre l’examen du dossier et, le cas échéant, de soulever les exceptions annoncées.

Le contexte de la chute de Bukavu

La procédure judiciaire s’inscrit dans le contexte de l’offensive menée par l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC au début de l’année 2025. Après la prise de plusieurs positions stratégiques, les forces de l’AFC/M23 ont pris le contrôle de Bukavu en février 2025, contraignant plusieurs responsables militaires et civils à se replier vers d’autres zones du Sud-Kivu.

À cette période, le général-major Yav Avul Ngola Robert commandait la 33ᵉ région militaire du Sud-Kivu, tandis que le général de brigade Ehonza Uketi André dirigeait le secteur opérationnel Sukola II, couvrant notamment le Nord et le Sud-Kivu.

Le procès ouvert ce vendredi devra permettre à la Haute Cour militaire d’examiner les responsabilités individuelles susceptibles d’être retenues dans la conduite des opérations militaires ayant précédé et accompagné la chute de Bukavu.

ODN